8 Mars: Haro à la domination masculine… Place aux féministes!

Si à l’origine au début du vingtième siècle, les revendications liées à l’amélioration des conditions de travail ainsi qu’à l’obtention du droit de vote, constituaient le fondement même de la journée de la femme, aujourd’hui, la Journée Internationale des Femmes, consacrée par les Nations Unies en 1977, représente l’occasion de dresser un bilan de leur situation. Face à l’actualité riche que nous ont offert l’année 2016 et ce début d’année 2017, Le magazine Chocolate a décidé de mettre en lumière des actrices et des initiatives clés faisant le féminisme actuel.

L’ONU Femmes a choisi pour thème de la Journée Internationale des Femmes 2017:  » Les femmes dans un monde du travail en évolution. Une planète 50-50 d’ici à 2030″ Une thématique résolument féministe, faisant écho au décloisonnement qui entoure cet enjeu sociétal. Aujourd’hui, le féminisme n’est plus seulement l’apanage d’une poignée de femmes éduquées, il s’est démocratisé, et ses actrices opèrent dans des milieux variés. Comme dans la mode. 

Fin janvier, c’est à la Fashion Week de Paris que le féminisme a su créer l’événement. Lors du défilé Dior, derrière lequel on retrouve Maria Grazia Chiuri à la direction artistique (première femme à occuper ce poste) on a aperçu un t-shirt, blanc, flanqué de l’inscription « We should all be feminist ».Cette pièce en apparence si simple, a créé le buzz, et ce pour deux raisons. Tout d’abord parce que la fashionsphère a reconnu dans ce message un acte de résistance, une pique envoyée à Donald Trump. Investi de la fonction présidentielle seulement quelques jours avant le fashion show de Dior, le 45e président des Etats-Unis, notoirement connu pour ses multiples sorties médiatiques sexistes, ne fait pas l’unanimité. D’où les multiplications d’actions et d’initiatives visant à exprimer un rejet de l’idéologie Trump, mêlant conservatisme et repli identitaire.

L’une des manifestations les plus emblématiques à ce jour reste la Women’s March on Washington, organisée le 21 janvier. Un événement fort, inclusif, à la résonance mondiale (plus de 160 pays auraient organisés leur propre marche). Des femmes, blanches, afro-américaines, originaires du Moyen-Orient, du Maghreb, ou d’ailleurs ont défilé dans la capitale américaine, pour réaffirmer leur droits, menacés par les conservateurs au pouvoir. Cette marche était aussi l’occasion de critiquer les positions de l’administration Trump, en matière d’immigration, d’évoquer les problèmes raciaux, les problèmes environnementaux, et de parler de la cause LGBT. Egalement ouvert aux hommes, la Women’s March on Washington prouve que le féminisme sait se faire universaliste, et rappelle que la lutte ne peut se faire sans la deuxième partie de l’humanité. 

Mais revenons-en au t-shirt Dior. Certains auront tout de suite deviné que ce « We should all be feminist » a été emprunté à Chimamanda Ngozi Adichie. A 39 ans, cette femme afro-américaine d’origine nigériane est l’auteure de 4 romans à succès. Le dernier, Americanah devrait d’ailleurs faire l’objet d’une adaptation cinématographique. En 2013, Beyoncé sample sur Flawless le discours « We should all be feminist », que Chimamanda Ngozi Adichie a prononcé lors d’une conférence TEDx à Londres. Ce speech emblématique est par la suite sorti en librairie, et a été traduit dans 16 langues. Dont le français, adapté sous le titre « Nous sommes tous des féministes ».

https://www.youtube.com/watch?v=hg3umXU_qWc

http://livre.fnac.com/a7918680/Chimamanda-Ngozi-Adichie-We-should-all-be-feminists

http://www.dior.com/couture/fr_fr/mode-femme/accessoires/foulards/coton-et-lin-blanc-imprime-we-should-all-be-feminists-1-39962

Dire que « Nous sommes tous des féministes » paraît un peu prématuré en réalité. Il n’y a qu’à observer la masse salariale pour le constater. Encore aujourd’hui, on constate des différences de salaires entre les hommes et les femmes. Actuellement en France, l’écart est de l’ordre de 15%. Un chiffre face auquel le collectif féministe les Glorieuses a choisi de ne pas rester dans la passivité. Souvenez-vous, le 7 novembre dernier, à 16h34 et 7 secondes très précisément, ces féministes invitaient les femmes à se mettre en grève. Ce mouvement, inspiré par les islandaises, largement relayé par les médias a servi à remettre cette problématique à l’ordre du jour. Plusieurs collectifs ainsi que des syndicats appellent une nouvelle fois à manifester lors de la Journée Internationale des femmes à 15h40.

Dire que « Nous sommes tous des féministes » paraît également prématuré au regard des statistiques concernant les féminicides, et la violence faite aux femmes. Alors que le premier phénomène provoque la mort d’une femme tous les deux jours en France, le second fait de près de 220 000 françaises les victimes de leurs conjoints. Seule éclaircie à propos de ces thématiques funestes, la grâce présidentielle totale obtenue par Jacqueline Sauvage à la fin de l’année 2016. Année durant laquelle le roman de l’affaire judiciaire concernant cette femme, ayant abattu son mari violent à coup de fusil, s’était invité à plusieurs reprises au coeur de l’actualité. On se souviendra aussi de 2016, comme une année où la cause féminine a su triompher d’un populisme galopant en Pologne. Le gouvernement en place ayant tenté de supprimer le droit à l’avortement. Une seconde victoire a été remporté en Turquie au mois de novembre, quand les dirigeants ont décidé d’abandonner un projet de loi visant à dépénaliser le viol sur mineures.  

Et malgré ces quelques victoires, le temps n’est pas encore venu de dire que « nous sommes tous des féministes ».  Un constat que le Premier Ministre canadien Justin Trudeau semble partager. Invité à s’exprimer lors de la conférence d’ONU Femmes sur l’égalité des genres en mars dernier, il a prononcé la phrase suivante: » Je crois en l’égalité entre les hommes et les femmes. Et je crois que nous avons énormément de travail pour y arriver. »

Il faudra donc énormément de travail, énormément de militantes, énormément de collectifs, énormément de personnalités engagées comme Chimamanda Ngozi Adichie, Beyoncé, et Maria Grazia Chiuri, avant de réussir à pouvoir dresser un bilan positif de la journée des femmes.

 

Cynthia pour Chocolate Magazine


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