A Madagascar, le combat de coqs, entre tradition et démesure

Un combat de coqs dans la banlieue d’Antananarivo, le 3 décembre 2016 à Madagascar afp.com – GIANLUIGI GUERCIA

Éreinté par les violents coups de bec de son adversaire, un des duellistes vacille et abandonne, l’oeil crevé, sous les huées d’une foule en délire. A Madagascar, le combat de coqs déchaîne les passions et brasse des sommes énormes, malgré la pauvreté des habitants.

Dans la banlieue de la capitale Antananarivo, le stade couvert d’Ambohimangakely est aux affrontements entre gallinacés ce que le Madison Square Garden est à la boxe: un temple. En ce jour d’été, la clameur y est assourdissante.

Au centre de l’attention, deux combattants à crête s’écharpent au milieu des plumes et des taches de sang qui jonchent la pelouse synthétique leur servant de ring. La sono crache de la « house » locale et l’ambiance est électrique.

Des éleveurs sont venus de toute l’île pour participer avec leurs meilleurs spécimens à ce grand tournoi, où les paris engagés atteignent des niveaux record.

Sur ce seul combat, plus de 12 millions d’ariarys (3.400 euros) ont été misés, une véritable fortune sur la Grande Ile où le salaire mensuel moyen dépasse à peine 45 euros.

Dans les gradins, des centaines de spectateurs s’échangent des liasses de billets.

« Chaque équipe mise des sommes sur ses coqs avant le combat, puis les spectateurs misent aussi. Ce sont de grosses sommes mais ici, c’est une passion. Les gens aiment ça, c’est comme aller au casino », explique Rija, un des éleveurs en compétition.

Si une joyeuse pagaille règne dans les tribunes, le combat est lui rigoureusement encadré par un arbitre qui siffle des temps morts.

A chaque interruption, les éleveurs emmènent les coqs dans le coin du ring pour minutieusement panser leurs plaies avec une petite éponge gorgée d’eau.

– Une tradition venue d’Asie –

Très couru en Asie et prisé également en Amérique du Sud, le combat de coqs est une pratique qui remonterait en fait à l’Antiquité, selon des spécialistes du sujet.

Elle est rare en Afrique, mais à Madagascar c’est une tradition ancestrale héritée de l’immigration asiatique il y a plus de 700 ans.

Longtemps appréciés par les souverains de l’île, ces combats sont peu à peu devenus un sport national. Et à Madagascar, les critiques à leur encontre sont quasi inexistantes.

« Chez nous, c’est une tradition avant d’être une compétition. C’est même plus populaire que le foot », assure Setra Rabarinandrianina, l’organisateur du tournoi.

Loin du tumulte du stade, dans son élevage d’une trentaine de têtes, Lovathina Ravoavy prend soin de Pierrot.

Avec un chiffon humide, dans son élevage d’une trentaine de coqs, il « douche » soigneusement le gallinacé, avant de donner des morceaux de banane fraîchement coupés à Neymar, Legolas et Flash, trois autres de ses meilleurs gladiateurs.

« On prépare les coqs à la compétition. Il faut bien les nourrir, les soigner physiquement » et les entraîner, explique ce jeune homme de 25 ans.

« S’occuper des coqs, ça vous déstresse, c’est une passion. Même les voir grandir, ça vous rend heureux », poursuit-il.

Malgré le bilan de son champion, digne de Mohamed Ali (35 victoires, 1 défaite), Lovathina ne vit pas du combat de coqs: les gains, souvent partagés entre plusieurs éleveurs, sont loin de suffire à couvrir le coût des vaccins, de la nourriture et du temps passé à entraîner les animaux.

« Avant un combat, tu peux dépenser jusqu’à 150 euros par coq », soupire l’étudiant en économie.

Les prix des meilleures bêtes, de race thaïlandaise, peuvent être vertigineux: un simple œuf encore non éclos vaut jusqu’à 60 euros, l’équivalent d’un mois et demi de salaire moyen. Celui d’un coq prêt à combattre dépasse les 5.000 euros.

– En France aussi –

Au stade d’Ambohimangakely, les combats se poursuivent.

Un des coqs, salement amoché sous l’œil, subit une opération chirurgicale plutôt rustique: avec un couteau suisse, son éleveur lui coupe un lambeau de peau et laisse repartir l’animal au combat, groggy.

A ceux qui assimilent la discipline à une forme de torture, les amateurs répondent tout simplement qu’il s’agit d’un « sport ».

« Ces coqs sont comme des boxeurs et ils sont très bien entretenus avant de se battre. Et de toute façon, ils ont l’instinct de se battre », tranche Lovathina Ravoavy.

« Le combat de coqs était là bien avant la civilisation qui veut interdire tout ça, ce n’est pas plus sanguinaire que la corrida ! », insiste Setra Rabarinandrianina, l’organisateur du tournoi, en ajoutant: « Brigitte Bardot n’est pas la bienvenue ici ».

Légal à Madagascar, le combat de coqs l’est aussi en France « dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie », selon le code pénal français, ce qui est le cas du nord de la France et de l’île de la Réunion. Le Conseil constitutionnel avait en revanche prohibé en 2015 l’ouverture de nouveaux gallodromes en France.

Aux Etats-Unis et dans la plupart des pays occidentaux, ces combats sont en revanche interdits.

AFP

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