Bénin-Daniel Edah : « Talon doit arrêter le clientélisme et l’affairisme au sommet de l’Etat »

Daniel Edah, Ancien candidat à la présidentielle au Bénin, Président du Mouvement pour la Prospérité Solidaire (MPS)

Daniel Edah, Ancien candidat à la présidentielle au Bénin, Président du Mouvement pour la Prospérité Solidaire (MPS)

Cela fait un an que Patrice Talon a accédé à la magistrature suprême au Bénin. Depuis quelques mois, le président béninois est au centre de plusieurs critiques. Daniel Edah, président du parti Mouvement pour la Prospérité Solidaire (MPS) et ancien candidat à la présidentielle de 2016, dénonce aussi la gouvernance Talon en des termes contestataires.

L’Assemblée Nationale béninoise a rejeté mardi denier le projet de révision porté par le gouvernement de Patrice Talon. Qu’en pensez-vous ?

Le 4 avril, j’ai publié un message dans lequel je demandais à la représentation nationale de ne pas accepter d’étudier le document de projet de révision constitutionnelle introduit par le gouvernement de Patrice Talon. Et je ne peux que me réjouir du blocage politique décidé par l’Assemblée nationale. Mon parti, le Mouvement pour la Prospérité Solidaire (MPS), salue ce vote de l’Assemblée nationale qui prouve que nos députés méritent encore la considération que leur confère leur fonction et surtout la confiance des électeurs.

Et pourtant, le projet comportait plusieurs dispositions positives comme le mandat unique…

Oui, mais il y a d’autres dispositions qui compliqueraient les poursuites judiciaires contre des anciens membres du gouvernement ou des dispositions qui délesteraient l’Assemblée Nationale de certaines prérogatives. En un mot, le texte proposé par le gouvernement n’était ni bon, ni amendable. Ce projet est anachronique ! Et je suis fier des 22 députés qui ont le courage politique de rejeter l’étude du texte. Ce projet n’est pas digne du niveau de la démocratie béninoise. Et comme des milliers de Béninois, je pense que la priorité doit être accordée à la lutte contre la pauvreté, ce grand mal qui touche la majorité des populations béninoises. Patrice Talon doit se réconcilier avec son peuple, en l’écoutant davantage. Il ne peut pas continuer à donner priorité à ses business au détriment de l’intérêt général. Il est en déphasage avec les réalités et les aspirations du pays.

Mais pensez-vous qu’il faudrait quand-même réviser un jour la Constitution béninoise ?

Bien-sûr que la question se pose. Comme toute œuvre humaine, notre Constitution mérite des retouches. Cependant la révision de la Loi fondamentale doit intervenir dans un cadre consensuel et si possible respectant l’esprit de la Conférence nationale des Forces Vives de la Nation. Le moment de la révision arrivera et la démarche qui sera adoptée rassurera tout le monde. La révision de la Constitution n’est pas une priorité. Faites un tour au Bénin et les Béninois vous le confirmeront.

Durant les débats de la séance de l’Assemblée Nationale qui a rejeté l’étude du projet de révision, la députée Rosine Soglo a déclaré que ses collègues et elle avaient reçu de l’argent pour voter pour le projet. Qu’en pensez-vous ?

Je remercie d’abord Madame Rosine Soglo pour cet aveu et cette vérité. Indirectement, nous savons qu’elle indexe le gouvernement et son chef dans cette accusation pour corruption. C’est une réalité affligeante ! C’est incroyable qu’après 27 ans de pratique démocratique, que notre pays soit malade du fait de la corruption politique. Cela renseigne sur le niveau et la sincérité de notre personnel politique.
Je demande solennellement au Président de la République, Patrice Talon de cesser avec la corruption politique et le clientélisme au sommet de l’Etat. La pratique de la corruption en politique est malsaine parce que ce sont les idées qui devraient s’y imposer. Notre système politique a besoin du renouvellement des pratiques, des hommes et des ambitions.

Vous avez soutenu le candidat Patrice Talon au second tour de la présidentielle de mars 2016. Que pensez-vous de sa première année au pouvoir ?

Dans le contexte de mars 2016, le discours de rupture était le bienvenu. Ce discours a trouvé un écho favorable dans mon parti. J’ai évoqué une rupture dans les pratiques au Bénin depuis 2013… Donc, j’en ai parlé avant Patrice Talon. Au second tour de la présidentielle, mon choix objectif et politique était tout naturel. J’ai apporté mon soutien à Talon dans l’espoir qu’il concrétisera cette rupture tant attendue. Mais à ma grande surprise, après un an, je constate que le Président de la République a inversé l’ordre des priorités en mettant de côté toutes les priorités sociales et économiques. Le déguerpissement sauvage des Béninois vivant de petit commerce, l’instauration de taxes fantaisistes etc… La liste des mauvaises décisions est longue.
Je dois reconnaitre que la gouvernance de Talon est une déception. A cette gouvernance hasardeuse, j’ajoute le flou autour de la passation de certains marchés publics importants. La transparence est un vain mot pour le gouvernement du Président Patrice Talon.

On peut facilement croire que c’est parce que vous n’êtes pas associé à la gestion du pourvoir de Talon que vous êtes aussi critique et sévère envers lui…

Si j’avais été associé, il est évident que je n’accepterais pas certaines pratiques au sommet de l’Etat. Je n’ai pas soutenu Monsieur Patrice Talon contre un échange de poste politique. Dieu merci, je gagne ma vie dans l’exercice de mon métier de Consultant international. Je ne me suis pas engagé en politique pour m’enrichir… Voilà pourquoi je demande à la jeunesse de prendre ses responsabilités en travaillant pour le renouvellement de la classe politique. Il est inconcevable de continuer à faire confiance à ceux qui vivent des postes politiques depuis bientôt trois décennies et qui sont incapables de répondre aux attentes des populations.

Votre parti, le MPS, est encore minoritaire voire inconnu au Bénin. Que faites-vous pour l’imposer ?

Depuis sa création en 2014, le MPS a fait du chemin. Nous avons participé à des élections communales et locales et à la présidentielle de 2016. Je suis élu conseiller communal de la Commune de Djakotomey, une ville située au Sud-Ouest du Bénin. Nous sommes conscients que nous sommes encore au départ d’une grande aventure politique. Bientôt, nous aurons la rentrée politique de notre parti. Nous allons travailler à installer nos cellules dans toutes les communes du Bénin.

Serez-vous candidat à la présidentielle de 2021 dans votre pays ?

Nous sommes encore à quatre années de 2021. L’humilité recommande que nous demandions à Dieu de nous accorder la grâce d’atteindre cette année et de nous donner la force nécessaire. Notre parti est conscient que seul, il ne peut gagner de grandes luttes politiques. Nous ferons les alliances politiques nécessaires pour faire triompher nos idées lors des prochaines élections municipales, législatives et présidentielle. Cela dit, personnellement je ne me déroberai pas de la responsabilité qui sera la mienne en 2021. Je suis moralement et politiquement prêt pour le combat !

Propos recueillis par Abdoulaye BA


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