«Biens mal acquis»: Le procès de Teodorin Obiang à Paris reporté en juin

Teodorin Nguema Obiang, le 24 janvier 2012 à Mbini-Rio Benito

Teodorin Nguema Obiang, le 24 janvier 2012 à Mbini-Rio Benito © AFP/Archives Abdelhak Senna

La justice française a accepté mercredi de reporter au mois de juin le procès à Paris de Teodorin Obiang, fils du président de Guinée équatoriale et lui-même vice-président de son pays, accusé de s’être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable.

Le premier procès dans l’affaire des « biens mal acquis » se tiendra finalement du 19 juin au 6 juillet, a décidé mercredi le tribunal correctionnel de Paris, accédant à la demande de report de la défense de M. Obiang. Il a souligné notamment que ses avocats n’avaient bénéficié que d’un délai de huit semaines pour préparer l’audience. Neuf audiences sont prévues devant la 32e chambre du tribunal.

Interrogé sur la présence du prévenu au futur procès, l’un de ses avocats, Emmanuel Marsigny, a expliqué qu’il ne disposait pas de l’agenda officiel du vice-président équato-guinéen, absent lundi à l’ouverture des débats qui devaient initialement se tenir jusqu’au 12 janvier.

Ancien ministre de l’Agriculture et des forêts, promu fin juin vice-président par son père Teodoro Obiang Nguema, le prévenu est poursuivi pour blanchiment d’abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d’abus de confiance et de corruption.

Il encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement et une amende qui pourrait atteindre quelque 50 millions d’euros, mais conteste les infractions qui lui sont reprochées.

A l’ouverture des débats lundi, en l’absence du prévenu, ses avocats ont demandé le renvoi du procès, estimant que les délais étaient trop courts pour préparer « effectivement » sa défense.

Le parquet national financier, comme l’avocat de l’association Transparency International, William Bourdon, ont fait part de leur opposition, voyant dans cette demande un nouvelle « manoeuvre dilatoire ».

Et ce dans une procédure où Teodorin Obiang a multiplié les voies de recours, principalement pour soutenir, jusqu’à la Cour de cassation, qu’il serait protégé par une immunité diplomatique. En vain.

– Une procédure internationale en cours –

Mais c’est une autre question que la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, avait mis en exergue lundi. Elle s’interrogeait sur les conséquences d’une procédure encore en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye (Pays-Bas).

Saisie par la Guinée équatoriale, qui conteste les poursuites françaises contre son vice-président, la CIJ a rendu le 7 décembre une ordonnance à l’issue de laquelle la France doit assurer, pour l’instant, l’inviolabilité d’un luxueux immeuble saisi par la justice française. Malabo présente cet immeuble dans l’un des quartiers les plus huppés de Paris comme des locaux diplomatiques.

L’ordonnance de la CIJ empêcherait l’exécution d’une éventuelle mesure de confiscation, dans l’attente d’une décision sur le fond du dossier.

Néanmoins, le tribunal a finalement décidé de ne pas attendre la décision sur le fond de la Cour internationale de justice.

Cet immeuble de l’avenue Foch, qui appartenait à Teodorin Obiang, a illustré les dépenses fastueuses du vice-président de ce petit pays pétrolier d’Afrique centrale. Un luxe hors du commun, un train de vie bien éloigné du quotidien de son pays du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Dans ces appartements, les robinets sont recouverts de feuilles d’or, le maître des lieux dispose d’un hammam, d’une salle de sport, d’une discothèque, d’un salon de coiffure, d’une salle de cinéma.

Plusieurs voitures de luxe et de sport (Porsche, Ferrari, Bentley, Bugatti) ont également été saisies et vendues aux enchères.

Quand il est à Paris, Teodorin Obiang, éternel célibataire au look savamment étudié (lunettes noires, cheveux gominés, barbe taillée), dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l’avenue Montaigne.

Au terme de l’instruction, les juges ont estimé que son patrimoine, évalué à plus d’une centaine de millions d’euros, ne peut avoir été financé par ses seuls revenus officiels, mais est issu « des détournements de fonds publics », de la corruption.

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