Cameroun: une démocratie ou une dictature plutôt démocratique

Cameroun: une démocratie ou une dictature plutôt démocratique
une dictature plutôt démocratique

Kiosque Presse à Douala au cameroun

Pour peu qu’il fasse un tour dans les kiosques, l’étranger qui arrive pour la première fois au Cameroun sera très surpris par la violence des attaques contre le Chef de l’Etat « Voici comment Paul Biya viole les lois » ; « Paul Biya et la Rose Croix » etc… Autant de titres à charge pour lesquels les journaux ne sont jamais vraiment inquiétés. Sur les ondes, les émissions interactives résonnent de déclarations enflammées d’auditeurs qui se défoulent. Voilà quelques mois, l’un d’eux a même appelé l’armée à renverser le président.

Que l’on soit favorable ou non au régime en place, force est de reconnaître, comme le politologue Achille Mbembe, que « la parole est relativement libre au Cameroun et les gens ne se privent pas de dire exactement ce qu’ils pensent», contrairement à de nombreux autres pays africains.

Pour les partisans de Paul Biya, la démocratie du pays se résume d’abord au nombre très élevé de journaux privés (environ 500). Un volume pourtant trompeur, puisque rien n’est fait pour favoriser le développement d’une presse forte et libre. La convention de Florence qui permet d’exonérer les entreprises de presse d’un ensemble de taxes et de charges n’est pas appliquée et l’aide du gouvernement à la presse est dérisoire, plus une moquerie.

En fait, cette inflation fait le jeu du pouvoir puisque de nombreuses publications manquent de sérieux et décrédibilisent la profession auprès de l’opinion publique. Pour ce qui est de la liberté politique, le pays compte plus de 200 partis politiques et pas moins de 23 candidats se sont présentés à l’élection présidentielle du 09 octobre dernier. Le Président Biya n’hésite d’ailleurs pas à endosser le costume d’un homme de dialogue, qui entretient des relations conviviales avec ses opposants.

Entre décembre 2010 et janvier 2011, il a rencontré trois fois le leader de l’opposition du Front Social Démocrate(Sdf), John Fru Ndi. Mais en réalité, c’est la personnalité même de Paul Biya qui fait problème. Au pouvoir depuis 30 ans, après avoir passé 07ans premier ministre sous Ahidjo. Il vient de rempiler pour 07 ans et cumulera près de 40 ans de pouvoir à lui seul.

Classé au 23ème rang des dictateurs par le magazine américain « Foreign Policy » en 2011(derrière le Cubain Raul Castro et le Biélorusse Alexandre Loukachenko), l’inamovible chef de l’Etat est de toute façon l’unique candidat à tous les scrutins présidentiels du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) selon les textes de ce parti politique. Car si chacun peut créer son parti et marquer son désaccord avec le Président, convoiter son siège au sein du parti au pouvoir s’apparente au suicide politique.

Marafa Hamidou Yaya n’aura que ses yeux pour pleurer. Avant lui, beaucoup d’autres ont vécu les mêmes foudres du président. C’est aussi le sort réservé à plusieurs anciens hauts commis de l’Etat que la presse avait présentés comme des membres du « G11 », un groupe de personnalités voulant prendre le pouvoir en 2011. Lors du récent congrès ordinaire du parti, l’ancien ministre Réné Ze Nguélé s’est présenté comme candidat à la présidence du parti contre son père fondateur Paul Biya. Surpris, le Président de l’Assemblée Nationale qui présidait le vote a demandé que le scrutin se fasse … à main levée !

La liberté d’expression dont se vante le pouvoir de Yaoundé semble donc se limiter à la critique dans les médias (le chien abois et la caravane passe). Les manifestations de rue anti-Biya sont systématiquement interdites, « il est difficile d’expliquer pourquoi les autorités nous refusent le droit de manifester. Elles trouvent toujours des raisons.

A l’heure actuelle, la période ne serait pas propice et les mouvements de foule pourraient menacer la paix sociale », s’indigne Bernard Njonga, le leader des paysans dont plusieurs marches ont été interdites. Plus récemment, c’est Maurice Kamto qui autrefois faisait partie de ce système qui se voit interdire une conférence de presse à deux reprises. Aucune manifestation sur la voie publique sauf celle qui apporte un soutien à Paul Biya.

« Indétrônable» comme le qualifie le magazine panafricain « Jeune Afrique », Paul Biya est « Fon des Fons » et récemment « Nnom Ngui » c’est-à-dire Chef des Chefs traditionnels du Nord – Ouest et du Sud du pays. Le pré générique du journal de la radio nationale est un hymne à sa gloire. Il y a quelques temps seulement, un ministre de la place, professeur agrégé de son état avouait publiquement que tous les membres du gouvernement n’étaient que les « créatures » sinon les « esclaves » du président Biya. Il fut promu tout de suite membre du bureau politique de son
parti. C’est révélateur !

© Emergence : Magnus Biaga
 
 

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