Campagne électorale atone en Haïti à l’approche de la présidentielle

Des affiches électorales sur un mur à Petionville, près de Port-au-Prince, le 8 octobre 2015 Photo HECTOR RETAMAL. AFP

Des affiches électorales sur un mur à Petionville, près de Port-au-Prince, le 8 octobre 2015 Photo HECTOR RETAMAL. AFP

La légitimité du futur président haïtien, dont le premier tour de l’élection est prévu dans deux semaines, semble déjà menacée par une campagne électorale terne et un risque d’abstention massive.

Loin d’être un signe de bonne santé démocratique, l’abondance record de candidats pour diriger le pays le plus pauvre des Amériques révèle la fragilité du tissu politique haïtien.

«Les partis politiques n’existent qu’au moment des élections et les candidats ne font pas leur travail de mobiliser les électeurs», déplore un diplomate étranger.

Parmi les 54 prétendants à la succession de Michel Martelly, certains sont totalement inconnus du grand public. Une dizaine de candidats se détachent mais sans susciter un engouement manifeste de la population.

«Dans l’ambiance actuelle, on ne voit pas la chaleur, l’enthousiasme de la population à discuter des élections», constate Marie-Yolène Gilles, du réseau national de défense des droits humains. «Nous sommes en démocratie, c’est ce que l’on dit toujours, et les élections sont un passage obligé pour renouveler le personnel politique du pays, mais on ne voit pas la détermination des électeurs».

Médias et associations de professionnels s’efforcent d’organiser des débats pour informer les habitants des enjeux mais ces rendez-vous sont boudés par les principaux candidats.

Dans ce pays de 10 millions d’habitants, la campagne électorale tend à n’être qu’un concours de popularité. Les candidats qui ont réussi à collecter l’argent nécessaire pour sillonner la province conduisent des défilés proches du carnaval pour se présenter devant les électeurs.

Les affiches des prétendants à la présidence inondent les murs des villes mais les professions de foi manquent à l’appel et les rares programmes disponibles sont très peu détaillés, notamment en terme de budget.

– ‘Projets mirobolants’ –

Frantz Duval, rédacteur en chef d’un des deux quotidiens d’Haïti, dénonce vertement le manque de réalisme qui prévaut dans les discours de campagne. «Si vous prêtez attention deux minutes aux propos de la majorité des candidats à la présidence, vous pouvez être convaincus qu’ils nous viennent de la planète Mars», dénonce l’éditorialiste.

«Comment comprendre que des candidats à la présidence d’Haïti accouchent des énormités si surprenantes sur les capacités de notre pays à financer les projets mirobolants qu’ils disent détenir dans leurs cartables ?», se demande le journaliste.

Car Haïti, considéré par la Banque mondiale comme l’un des pays les plus inégalitaires au monde, ne dispose pas de rentrées fiscales suffisantes pour financer les réformes annoncées par les candidats.

Comme exemple de l’extrême dépendance d’Haïti envers l’aide étrangère, la Banque mondiale rappelle que la moitié des dépenses de santé sont assurées par des ONG.

Et les défis qui attendent le futur chef de l’Etat sont colossaux. Quelque 60.000 personnes sinistrées par le séisme de janvier 2010, qui a tué plus de 200.000 personnes, survivent toujours dans des camps de fortune, selon le dernier recensement réalisé par l’organisation internationale des migrations (OIM). Près de 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté et l’Unicef s’inquiète du fait que 40% des Haïtiens souffrent d’insécurité alimentaire.

Les habitants survivant d’économie informelle et de débrouille sont désabusés vis-à-vis du monde politique. «On nous promet des emplois mais quand ils seront élus, on les verra juste passer dans leur gros 4X4 avec leurs amis», explique Saint-Anne Dorléus, qui vend des fruits depuis 15 ans dans les rues de Port-au-Prince. «Pour nous le peuple, ça ne sert à rien d’aller voter».

La première élection qu’Haïti organisait depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly en 2011 a prouvé cette fracture entre la population et la classe politique. Au premier tour des législatives le 9 août, seuls 18% des électeurs ont voté.

Traditionnellement, l’élection présidentielle enregistre une participation plus conséquente sans toutefois être massive. Lors du second tour du scrutin présidentiel en 2011, moins d’un quart des citoyens s’était prononcés.

AFP

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