Centrafrique : le vent a soufflé sur Bangui

Centrafrique : le vent a soufflé sur Bangui

Une histoire qui se répète : 15 mars 2003, l’ancien chef d’état major général des forces armées centrafricaines, sous feu le président Ange Félix Patassé, vient à bout du régime de ce dernier par la force des armes et s’installe au pouvoir « toléré » par les pays de la sous-région. Patassé semblait avoir perdu toute confiance auprès de ses pairs qui lui reprochaient en sourdine ses méthodes « sans façon » à la tête de son pays.

23 mars 2013: dix ans, jour pour jour, après le triomphe de François Bozize, la coalition rebelle de la Seleka s’empare de Bangui, la capitale centrafricaine, contraignant le chef de l’État à battre en retraite. Dépités par l’attitude de leur homologue, les dirigeants de la sous-région d’Afrique centrale sont restés sans mot dire, signant en quelque sorte l’adage « qui ne dit mot consent ».

À la vérité, les observateurs de la scène centrafricaine prédisaient des changements plus ou moins radicaux dans le pays de Barthélémy Boganda au lendemain de la signature, le 11 février, des accords de Libreville, au Gabon, entre le gouvernement de Bangui et les rebelles de la Seleka. Ils étayaient leurs appréhensions par le fait que le président François Bozize était foncièrement opposé à l’idée de partager le pouvoir avec des gens qui le marquaient à la cheville depuis son accession à la magistrature suprême de son pays, une décennie auparavant.

Les mêmes observateurs savaient aussi que depuis des années, une bonne partie du territoire centrafricain échappait au contrôle du pouvoir central de Bangui. Ils estimaient, néanmoins, au regard de la sollicitude des pays voisins à son égard, que la République Centrafricaine pouvait recouvrer la paix et la quiétude, puis se donner les moyens de mettre ses citoyens à l’abri du désarroi. Peine perdue comme viennent de le démontrer les événements.

Après seulement quelques semaines de répit procurées par l’Accord de Libreville, les Centrafricains ont réappris à se lamenter, à pleurer, à courir, à se faire tuer et à se faire déposséder de l’essentiel des biens précaires qu’ils avaient pu conserver dans leurs habitations dorénavant hantées par la peur.

L’arrivée au pouvoir des rebelles s’est en effet accompagnée de pillages ajoutant à la misère ambiante. Pour un peuple traumatisé depuis des décennies, la prière peut être de se demander pourquoi le signe indien poursuit tant son pays?

Le vent qui a soufflé sur Bangui dans la nuit du 23 au 24 mars laisse-t-il se profiler un peu d’espoir pour la suite ? La question se pose dans la mesure où chaque fois qu’ils prennent les armes pour combattre un régime, les meneurs du jeu exposent leurs bonnes intentions. Lorsqu’ils parviennent à leurs fins, un bout de temps suffit pour que la population qui les a accueillis par des hourras déchante.

En reconduisant dans ses fonctions le Premier ministre choisi à la faveur des accords de Libreville, les nouveaux maîtres de Bangui ont fait part de leur volonté de poursuivre le dialogue à l’intérieur des frontières de leur pays. Ils ont en même temps adressé un message de reconnaissance à l’endroit des États et des dirigeants de la sous-région dont ils ne veulent pas s’aliéner le soutien. Cela ne suffira pourtant pas à les ériger en « sauveurs de la Nation » tant qu’ils ne le prouveront pas par la pratique de tous les jours.

Aujourd’hui les Centrafricains ont besoin que leur pays ne serve plus de refuge à toutes les milices transnationales qui sillonnent l’Afrique centrale. Ils n’ont pas besoin que, de si loin qu’ils se constituent, les illuminés ougandais de l’Armée de résistance du seigneur prennent leurs quartiers en Centrafrique. L’enjeu est bien celui de la sécurité régionale car devant la montée des extrémistes, du terrorisme et des trafics de tous genres, rien n’est plus dangereux que de laisser un territoire aussi vaste à la merci des marchands d’illusions. Rien n’est plus dramatique que d’expliquer aux Centrafricains qu’ils n’ont pas le droit de vivre en paix dans le pays qui les a vus naître.

 

Gankama N’Siah/ LDDB


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