Étienne Tshisekedi : « Prenez-vous en charge »

Etienne Tshisekedi le 9/8/2011 au stade des martyrs à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

« Prenez-vous en charge ». Ceux qui répètent souvent ce slogan pour justifier la « politique du vide » d’Étienne Tshisekedi ne réalisent pas à quel point ce slogan, en lui-même, symbolise l’échec même du leadership du président de l’UDPS. Jamais dans l’histoire du monde, on a vu un leader demander à son peuple de se prendre en charge. Jamais. Un vrai leader ressemble à ce bon berger qui conduit ses brebis (le peuple), les sécurise et les défend.

Le jour où il les abandonnera à la merci des brigands ou leur demandera de se prendre en charge, on ne l’appellera plus berger. Autant on reconnaît ses vrais amis, dit-on, dans les moments de douleur, autant on reconnaît un vrai leader dans les moments d’adversité. C’est notre comportement face à l’adversité qui détermine le genre de personne que nous sommes. C’est la réaction de Lumumba face à la Belgique colonialiste et méprisante et son sens du sacrifice qui ont fait de lui notre héros national; c’est la réaction de Fidel Castro à l’impérialisme américain qui a fait de lui le grand leader qu’il était; c’est le refus de Mouammar Kadhafi de se soumettre aux exigences du « capitalisme sorcier », quitte à se faire bombarder, qui a fait de lui le grand leader charismatique adulé des Africains; c’est le rejet du néocolonialisme français qui a fait de Thomas Sankara l’idole d’une certaine jeunesse africaine, etc.

Nous parlons souvent de ces gens sans véritablement connaître l’histoire des luttes qu’ils ont menées. Combien de Congolais connaissent-ils Ruben Um Nyobe, l’une des figures emblématiques de la lutte pour l’indépendance du Cameroun? Pour savoir si un peuple est réellement prêt pour une révolution ou encore mûr pour être esclavagé, regardez simplement le type de leader qu’il soutient et vous aurez la réponse. Le comportement de la plupart des Congolais est avant tout lié à leur manque de conscience historique. Ils ne savent pas grand-chose des luttes conduites ailleurs; ils parlent souvent de Lumumba sans comprendre le véritable sens de son combat. On ne peut pas se réclamer de Lumumba, en soutenant en même temps les prises de position de M. Étienne Thisekedi. Ce que Tshisekedi a accepté de son vivant, Lumumba (voire même Mobutu) ne l’aurait jamais accepté.

On ne peut pas demander à un peuple politiquement immature de se prendre en charge. C’est irresponsable. On entend souvent dire que Tshisekedi se battait pour la démocratie et l’État de droit. Mais qu’est-ce que cela veut dire dans un pays sous occupation et sous-tutelle ? Se battait-il pour que nous soyons des gens libres comme l’exigeait Lumumba, ou simplement les esclaves heureux d’un pays dominé par des forces étrangères ?

Étienne Tshisekedi n’est plus. Nous ne pouvons nous empêcher d’adresser nos sympathies à sa famille biologique et politique. Nous ne pouvons non plus nous empêcher de réfléchir à son héritage, parce qu’après tout, il fut un personnage politique important de notre pays. L’heure n’est donc pas aux polémiques et autres imbécillités du genre; l’heure doit être à la réflexion. De la mort de Lumumba, nous n’avons tiré aucune leçon. De celle de Mobutu et de Laurent-Désiré Kabila, nous n’avons rien retenu. Je crains que ça soit le cas avec la disparition du vieux Tshitshi. Cette histoire triste et pénible qui est la nôtre se répétera aussi longtemps que nous ne tirerons aucune leçon de ce qui nous arrive depuis près de 135 ans. C’est juste un avis, le mien.

Par Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.


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