Femmes d’Afrique : des réalités aux multiples facettes

Femmes d’Afrique : des réalités aux multiples facettes

Par Ghislaine Sathoud

Des clichés sont véhiculés sur les Africaines, quels mystères cachent-ils ?  On entend des rumeurs toujours aussi étonnantes les unes que les autres : que faut-il faire pour discerner le vrai du faux ? Promouvoir l’émancipation féminine : tel est le crédo qui résonne aux quatre coins du globe.  Qu’en est-il réellement sous le ciel d’Afrique ?

Qu’on ne s’y méprenne pas : là-bas, sur la terre de nos aïeuls, la population féminine est, à sa manière, avec les moyens du bord, préoccupée par son devenir. Qu’il s’agisse des agricultrices ou des citadines, toutes, sans exception, déploient des efforts considérables pour s’assumer, manifestant ainsi leur détermination d’écrire une histoire nouvelle de leur terroir. Qu’elles soient à la fleur de l’âge ou au mitan de la vie, ces héroïnes affichent clairement leur volonté de se prendre en charge.

Se prendre en charge : les échos de ces luttes quotidiennes résonnent, vrombissent, explosent, et les ces téméraires ne s’avouent pas vaincues. Ni l’instabilité politique, ni les diktats sociaux, ni même les discriminations sexistes, rien, absolument rien,  ne parvient à les réduire au silence. Cette « débrouillardise » légendaire est sans contexte  une lumière. Une lumière qui illumine les sentiers sinueux de l’existence. Une lumière qui ravive la flamme de l’espoir.

Des injustices vécues individuellement aux affronts endurés collectivement, en passant par les violations des droits, des obstacles, beaucoup d’obstacles, contraignent les Africaines à se confiner dans de rôles  de subordination.Cette situation inégalitairepeut s’avérer éprouvante à la fois physiquement et psychologiquement. D’où la nécessité de s’accrocher à une source d’énergie pouvant les libérer des angoisses exténuantes.

Inépuisables, elles le sont vraiment ! Pour l’attester, référons-nous aux grandes figures féminines qui s’illustrèrent de diverses manières à l’époque coloniale. Kimpa Vita, Les Amazones du Dahomey (Bénin), et bien d’autres, confirmèrent que « L’autre moitié du monde » peut et doit jouer un rôle quand vient le temps  d’aborder des problématiques sociales. Des parcours inspirants… Des tâches passionnément et brillamment exécutées pour remettre les pendules à l’heure et rappeler à l’opinion publique le rôle ô combien louable de ces « oubliées » au sein de leurs collectivités.

C’est donc bien vrai, on ne le dira jamais assez : nos  ancêtres furent dynamiques, fortes, actives. En effet, pour supporter certaines « étiquettes » désodorisantes qui collent à la peau des personnes de sexe féminin originaire de ce territoire qui est le berceau de l’humanité, il faut se forger une carapace et avoir des nerfs d’acier.

Depuis des temps immémoriaux, les violences sexuelles infligées aux victimes innocentes pendant les conflits armés retiennent l’attention. De nos jours, ce débat ne cesse de prendre de l’ampleur. Qu’on le veuille ou non, ce sujet est intimement lié à la condition féminine…

Dans le cadre des festivités entourant la célébration de Journée internationale de la femme, il nous paraît judicieux de faire un bref rappel historique sur le droit de vote des Africaines (1).

En Afrique du Sud, nos consœurs peuvent glisser des bulletins dans les urnes depuis 1994, un peu plus tard qu’en Namibie où elles acquirent ce droit en 1989. C’est une victoire car au pays de  Nelson Mandela, comme chacun le sait, la population noire endurait les effets pervers de l’apartheid. Dans ce contexte, des voix féminines, et il y en a eu plusieurs, se distinguèrent et apportèrent, au même titre que leurs congénères masculins, leur pierre à l’édifice de la construction d’une nouvelle nation. Winnie Mandela, qu’on ne présente plus, est un symbole de la lutte pour l’émancipation des peuples africains. Dans le même ordre d’idées, sa compatriote, la chanteuse Miriam Makéba fut une ambassadrice de la culture noire.

Fait surprenant : du côté des anciennes colonies portugaises (Mozambique, Angola, Cap-Vert, São Tomé et Príncipe), l’histoire du droit de vote des femmes est scindée en deux. Tandis que les diplômées de l’enseignement supérieur  l’acquirent en 1931, c’est seulement depuis 1976 que toutes les femmes peuvent voter. Quatre cinq ans de différence : quel décalage !  C’est totalement irrationnel et incompréhensible.

Difficile, en effet, de comprendre l’irrationalité qui caractérise certaines décisions visant à marginaliser la gent féminine. Ce qui est d’autant plus incompréhensible, cest que les Africaines représentent plus de la moitié de la population. Autre chose : l’instruction ne devrait pas servir d’argument pour justifier la catégorisation d’une population déjà aux prises avec des maux chroniques.

Pour rappel, les Nanas-Benz au Togo, ces femmes d’affaires, qui s’illustrèrent dans les années 70 et 80, sont indiscutablement des chevilles ouvrières du principe d’autonomisation des femmes sur le continent. À la fin des années 80, j’avais effectué un voyage en Côte-d’Ivoire et les souvenirs demeurent impérissables dans ma tête. Bien sûr, je me souviens d’Abidjan, de Bouaké, de Yamoussokro et de toutes les autres localités visitées lors de mon séjour. Mais je dois avouer que ce qui m’a le plus impressionnée, ce sont les activités féminines dans le marché.

Dans la capitale économique ivoirienne, j’aimais, comme je le faisais souvent au Congo, m’imprégner l’ambiance qui prévalait dans les marchés. Donc j’ai pu découvrir les marchés de Treichville et d’Adjamé, pour ne citer qu’eux. Je me souviens des « sollicitations » incessantes qui m’étaient faites. Les tresseuses me recommandaient de refaire ma coiffure  pour découvrir leurs talents, leur savoir-faire. Avant de regagner mon Congo natal, nous passâmes de longues heures ensemble. Pendant que d’innombrables doigts chatouillaient mes cheveux, nous parlions de tout et de rien.

À bien y penser, derrière ma décision d’offrir ma tête pour constater les mérites des ces passionnées, il y avait, assurément, autre chose : mon intérêt d’approfondir mes connaissances sur la condition féminine dans le pays où la reine Pokou  se réfugia avec son peuple. Voilà ce qui arrive lorsqu’une passion dévorante nous habite…

Que ce soit à Lomé, à Cotonou ou à Libreville, lors de mes séjours, je m’arrangeais toujours à assouvir ma soif de me familiariser avec les réalités locales, de faire mes propres expériences. Car l’Afrique est, faut-il le rappeler, plurielle. Par conséquent, dans tous les domaines, nous avons aussi des spécificités qui caractérisent telle ou telle région. C’est la raison pour laquelle je suis souvent offusquée lorsque, dans mon pays d’accueil, le Canada, je rencontre des gens qui pensent que toutes les Africaines sont excisées. D’où je viens, cette pratique n’existe pas. Mais je soutiens mes consœurs qui veulent tordre le coup à cette pratique. Cela dit, dans ma culture d’origine, nous, les femmes, avons aussi nos peines, nos frustrations. C’est la raison pour laquelle nous luttons depuis des lustres pour les extérioriser …

Une chose est sûre, la connaissance du profil régional est un facteur essentiel, un coup de pouce, pour élargir les visions. Personnellement, j’aime enrichir mon bagage par le biais des contacts directs. C’est dans cette optique que j’avais assisté, à Cotonou, au Bénin, à une cérémonie qui marquait la fin de l’apprentissage des jeunes filles ayant réalisé des apprentissages dans le domaine de la couture. Cette activité se passait dans le quartier de Jéricho… 

À Pointe-Noire, en République du Congo, où je suis née, j’observais aussi la vie trépidante de mes consœurs.  Par exemple, les sécheuses de poissons passaient par différentes étapes avant d’obtenir le produit fini qui est présenté sur les étalages au grand marché ou au marché de Tié-Tié.  À Dolisie et à Brazzaville, sur toute l’étendue du territoire national, qui couvre une superficie de 342. 000 km2, les Congolaises travaillent ardemment pour faire bouillir la marmite. Et Dieu sait combien les activités qu’elles entreprennent exigent une force physique ! Sur ce point, les villageoises ont développé une grande expertise : corbeille chargée de bois dans le dos, objets pesants sur la tête, elles parcourent de longs kilomètres et réitèrent cet exploit à maintes reprises. Certaines d’entre elles vaquent à leurs occupations en portant leurs enfants. Elles font mille choses à la fois !  Ça se passe comme ça dans ma terre natale. Ça se passe comme ça dans mon continent d’origine.

Dans tous les cas, les marchés de toutes les villes « hébergent » — c’est le cas le dire — des milliers de commerçantes. Celles-ci démontrent une ingéniosité éblouissante,une créativité véritablement extraordinaire et une inspiration inépuisable pour liquider leurs marchandises. En d’autres mots, elles sont, sûrement, des contributrices au développement et devraient être traitées comme telles.

À la campagne, non seulement ces héroïnes sont actives dans les travaux champêtres, mais encore et surtout, comme c’est le cas dans les métropoles, les paysannes, également, vendent des denrées alimentaires. Toutes sont guidées par une motivation : subvenir aux besoins leurs proches, y compris ceux de la famille élargie.

J’ai eu le privilège « d’observer » les femmes à Banda, un village congolais situé proche du Gabon. Mes parents sont originaires de cet endroit. On y cultive, entre autres denrées locales, des bananes plantains. Bref, des gens, dont des Gabonais, viennent de loin pour s’approvisionner dans mon bled. Il fallait voir les femmes s’activer pour mettre au point leurs produits vivriers afin de finaliser les arrangements avant le passage des acheteurs !

En tout cas,  au fil de mes voyages, mes découvertes ont gravé dans ma mémoire des caractéristiques valorisantes des Africaines.  Je les connais ainsi. Je les aime ainsi.

Note (1)  Source : Union Interparlementaire, 2005.

 

 

 


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