Opinion- Franc CFA : Dépassionnons le débat sinon nous irons droit dans le mur !!!

Bien sûr, en général, autour de nous on s’indigne, on crie, on vocifère contre cette monnaie aux relents néocolonialistes. Le Franc CFA, cette institution qui nous lie inexorablement à la France comme l’ont jadis fait les chaînes aux pieds de nos ancêtres esclaves. On veut en sortir. Et vite. Sans délai. Et bien, on a tort !

« Pourquoi ? », me direz-vous. Parce qu’une question aussi primordiale, aussi historique ne devrait pas se traiter à la légère voire à l’aveugle. Le monde entier (ou presque) voit les africains comme des « sangs chauds », qui réagissent au gré de leur humeur, au quart de tour sans réfléchir, ce qui leur vaut d’aller souvent droit dans le mur. Sortir du Franc CFA exige une réflexion poussée, objective, responsable et efficace.

Revendiquer une souveraineté monétaire est plus que louable. Vouloir sortir du Franc CFA est grandement souhaitable et en débattre l’est encore plus. C’est même de la responsabilité de notre jeune génération de mener à son terme une réflexion vieille des années post-indépendance (les années 60). Il FAUT travailler sur la question d’une Afrique unie dont rêvait Nkrumah, Cheikh Anta Diop et bien d’autres panafricanistes après eux. Et cela passe par l’anéantissement des barrières de la zone franc. Mais qui maîtrise vraiment le sujet ? On entend ça et là des arguments servis avec passion mais souvent creux. D’aucuns préconisent même d’adopter le Yuan… Mais bien sûr, après le bâton occidental, la carotte chinoise ?

Car, il faut le dire, la question du Franc CFA est un sujet ô combien technique ! Il est impératif que nos intellectuels en simplifient les concepts pour les rendre plus digestes aux yeux des populations, premières utilisatrices de cette monnaie. L’enjeu est trop important pour se lancer dans un débat sans en comprendre les mécanismes. Ce n’est plus seulement une question économique mais un besoin identitaire.

Mais plus important encore, il convient, à mon sens, de se poser les bonnes questions, au delà de la nécessité de se documenter sur les mécanismes d’une telle monnaie (cette liste de questions est évidemment non exhaustive) :

Sommes-nous capables de construire un marché commun panafricain en mettant en place une RÉELLE libre circulation des biens, des marchandises et des personnes ?

Nous nous souvenons tous de la douloureuse et honteuse opération Mbata ya Bakolo entre les deux Congo, et plus récemment de cette vague de violences xénophobes en Afrique du Sud. Et pour la libre circulation des marchandises, on repassera ! Le franc CFA d’Afrique de l’Ouest ne peut être dépensé en Afrique centrale et inversement depuis la dévaluation de 1994. Levons les barrières douanières et commerciales ainsi que tout obstacle à la mobilité des personnes et des capitaux. Il est temps pour nous de créer une entité unie en systématisant les partenariats sud – sud et en diversifiant nos partenariats nord – sud. L’Afrique est attractive, au regard de ses multiples ressources humaines (avec une jeunesse estimée à 65% de la population) et naturelles, profitons-en pour faire jouer la concurrence !

Nos dirigeants sont-ils capables de faire preuve de bonne gouvernance économique ?

Un des « avantages » du Franc CFA réside en ce qu’il confère une crédibilité sur le plan international aux yeux des investisseurs. Ce point est nécessaire voire indispensable dans une économie qui se veut performante. Dans un pays instable avec une monnaie faible qui viendrait investir ? Nous aurions beaucoup à vendre et personne pour acheter. Quand on voit certains pays, riches en ressources naturelles, et dont les populations sont parmi les plus pauvres, on est en droit de se poser des questions. Comment garantir une gestion économique saine et transparente  pour une redistribution équitable des revenus provenant de nos sols ? Il est temps pour nous, jeunes africains, de prendre nos responsabilités et de mettre à la tête de nos pays des personnes capables de répondre à nos exigences. Nous voulons quitter une monnaie avilissante ? Ok, vous femmes et hommes politiques, faites-nous des propositions, engagez-vous et voyons jusqu’où vous pouvez nous emmener. Combien d’élections l’Afrique de la zone franc a-t-elle connues en 2016 sans une seule ligne sur la monnaie CFA dans les programmes de campagne ? C’est inadmissible !

Il est vain de sortir du Franc CFA sans stratégie solide en vue d’une monnaie unique africaine

« L’abandon total du franc CFA n’a de sens que s’il s’inscrit dans le cadre du projet à long terme de la monnaie unique africaine. On avancerait alors par cercles concentriques,  en envisageant une intégration monétaire entre la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEAC) et de la Communauté économique des Etats d’Afrique australe (SADC) » – Noël M. NDOBA, économiste congolais.

Oui, il ne sert a rien de quitter le franc CFA si l’on envisage de retourner à des monnaies nationales faibles. L’union fait la force, dit-on. Il nous faut également une nation économiquement forte, capable de tirer les autres vers le haut, tout comme l’Allemagne le fait pour le reste de l’Europe.

Les amis, il est temps de faire entendre notre voix et de peser sur notre destin. Mais pour cela il nous faut garder la tête froide et résister à l’appel de l’extrémisme ardent dont usent certains et qui ne sert pas notre cause.
Bienvenue dans un monde de citoyens décideurs !!!

Marie Hélène SYLVA
Pour theafronomist.com et Oeil d’Afrique

Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


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1 commentaire

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  1. Kone Allagnan
    Kone Allagnan 12 mars, 2017, 00:03

    Totalement d’accord avec cette analyse tres sage. On les voit s’agiter comme des epileptiques. Ils sont en manque de publicite et en competition les uns contre les autres pour qui veulent etre reconnus comme les « geniteurs » de la trouvaille du siecle. Toujours le meme mepris pour la grande majorite silencieuse qu’on ne consulte jjamais!

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