Interview Adama Ndiaye, président de la Fanaf

Interview Adama Ndiaye, président de la Fanaf
Adama Ndiaye, président de la Fanaf

Adama Ndiaye, président de la Fanaf|DR

En marge du symposium sur la prévoyance sociale, tenu les 24, 25 et 26 juin 2015 à Abidjan, le président de la Fanaf nous fait le point sur les opportunités, les mécanismes et les typologies de modèles inclusifs des systèmes de protection sociale en Afrique. Sans langue de bois. Exclusif.

« Le Fonds de pension Fanaf permettra de donner à tous les agents du secteur de l’assurance une retraite décente »

Les Afriques : Assureurs, réassureurs, intermédiaires, régulateurs, gestionnaires de fonds de retraite et experts de la finance ont répondu à l’invitation de la Fanaf qui a organisé un symposium à Abidjan sur la prévoyance sociale en Afrique. Pensez-vous que le défi de la mobilisation à été relevé et quel bilan tirez-vous de ce raout ?

Adama Ndiaye : Je voudrais tout d’abord remercier tous ceux qui ont répondu à l’invitation de la Fanaf à ce premier symposium sur la protection sociale en Afrique. Leur confiance est pour nous le premier motif de fierté et de satisfaction dans la mesure où ils ont permis de relever avec brio le défi de la participation.
Près de cent cinquante délégués venant de vingt-cinq pays dont l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, le Maroc, la Belgique, la France, le Mexique et bien sûr d’autres Etats membres de la Fanaf ont répondu à notre invitation.
La diversité des organisations représentées, à savoir la Banque mondiale, le Bureau international du travail, l’Organisation mondiale de la santé, l’Association internationale de sécurité sociale, la Cipres, la Cima mais aussi des caisses de sécurité sociale, des compagnies d’assurances, des fonds de pension, des régulateurs, des caisses d’assurance maladie, des professionnels de la médecine, des pourvoyeurs de services de santé et des spécialistes des nouvelles technologie, est en soi un témoignage éloquent de l’intérêt porté au symposium et de la pertinence des thèmes qui y ont été abordés.
Le second motif de satisfaction est que ce symposium a posé les bases d’un dialogue quadripartite entre les assureurs privés regroupés autour de la Fanaf, leur régulateur, la Cima et les assureurs sociaux, les institutions publiques de protection sociale et leur régulateur la Cipres. C’est une rencontre que nous appelions de nos vœux depuis plusieurs années, le symposium l’a permis. Les échanges, quoique vifs par moment, sont toujours restés positifs et ont débouché sur la nécessité d’asseoir un cadre de concertation pour réfléchir sur l’articulation qu’il convient de donner aux régimes de protection sociale de nos Etats, pour en améliorer la performance et l’efficacité. C’était, pour nous, le principal défi de ce symposium et il a été relevé grâce à l’implication, au sens du devoir et à l’ouverture d’esprit de tous les responsables présents. Nous ne pouvons que les remercier et nous en féliciter.

Après trois jours d’intenses discussions, on s’aperçoit qu’il n’existe pas de modèle de sécurité sociale unanime et achevé. Quelle devra être la base du régime pour un système inclusif, fort et durable du continent ?

Comme vous le dites si bien, le débat autour de la répartition ou capitalisation est avant tout un débat philosophique tenant plus aux orientations économico-sociales des Etats. Il a pendant longtemps opposé les tenants de la logique sociale à ceux de la logique libérale. Heureusement que la réalité du terrain a fini par départager les protagonistes en révélant qu’il n’ y a de système parfait nulle part et que chaque modèle a des avantages et des inconvénients qui militent en faveur d’un mix des deux pour asseoir un système équilibré et performant. C’est cette voie que semblent désormais suivre la plupart des Etats.
Pour la Fanaf et la quasi-totalité des participants au symposium, c’est aussi sans contestation possible la voie à suivre même si des divergences de vue subsistent au niveau de l’articulation des interventions entre le public et le privé. Les assureurs sociaux qui font depuis toujours de la répartition souhaiteraient étendre leurs activités à la capitalisation après l’avoir rendue obligatoire, alors que pour la Fanaf les contraintes de ce mode de gestion en termes d’organisation, de gouvernance et de compétences technico-financières militent en faveur d’une gestion privée comme c’est le cas actuellement.
Quel que soit le système choisi, le plus important pour nous reste la capacité du régime à couvrir le plus grand nombre et à conférer aux assurés des prestations maladie et vieillesse de qualité à un coût supportable.

Le très ambitieux projet de Fonds de pension Fanaf prend forme. Pouvez-vous revenir sur son processus d’adjudication à Syravie et Sia Partners suite à l’appel d’offres international, son schéma de financement retenu et le délai du timing pour son démarrage ?

Le projet est ambitieux et répond à un besoin primordial, c’est celui de donner à tous les agents du secteur de l’assurance une retraite décente, car il est inacceptable, de mon point de vue, que le cordonnier soit mal chaussé.
Pour en venir au processus de sélection du cabinet retenu, le bureau exécutif a mis en place un comité ad hoc composé de quatre (4) actuaires. Ce comité a d’abord élaboré les termes de référence de l’avis d’appel à candidature, puis analysé rigoureusement les offres reçues sur la base de critères objectifs, pour proposer un classement des meilleures offres. Leur classement a été validé par le bureau de la Fanaf.
Le cabinet retenu est à pied d’œuvre et devrait rendre ses conclusions dans les prochains mois. C’est pour nous, le lieu d’inviter nos membres à réserver un accueil favorable à ce projet majeur de la Fanaf qui ne peut que renforcer la crédibilité de notre profession et l’engagement de nos employés.

Au terme du symposium, des recommandations ont été formulées pour la mise en place rapide de cadres de concertation Cima-Cipres-Fanaf-administrations fiscales, inclusifs pour concilier les différentes positions en s’inspirant des expériences de part et d’autre. Qui sera le chef de file des discussions et à quand peut-on prévoir la restitution des travaux ?

Je voudrais tout d’abord me féliciter de ce partenariat dont nous avons jeté les bases à Abidjan. Les têtes de fil seront bien sûr les acteurs publics, les privés que nous sommes ne peuvent que les accompagner dans cette volonté partagée de poser ensemble les bases d’une protection sociale performante en tirant profit de toutes les possibilités offertes par le partenariat public-privé. Le fait que ces partenaires de la Cipres, de la Cima et des caisses d’assurance maladie et de protection sociale aient proposé la Fanaf comme pilote du projet est le témoignage fort de l’adhésion de tous à notre projet. Nous tâcherons de mériter leur confiance en y consacrant toute notre énergie et notre entregent. Dans les prochains jours, on sera amplement informé de l’évolution de ce projet.

En février 2016, la Fanaf va fêter son quarantenaire à Abidjan durant les travaux de son assemblée générale autour du thème « l’Assurance au cœur de l’émergence en Afrique ». Quels seront les temps forts et les axes sous-thématiques de cette assemblée spéciale ?

Les temps forts seront la célébration du 40ème anniversaire qui sera pour nous un prétexte pour rendre un hommage mérité à tous ceux qui ont accompagné la naissance et l’émergence de notre industrie. Ce sera aussi pour nous l’occasion de contribuer à la réflexion sur l’émergence économique en Afrique, en ouvrant la réflexion sur la place que des investisseurs institutionnels, tels que les compagnies d’assurances, pourraient y jouer. Ainsi, nous aurons en lieu et place d’une conférence inaugurale animée par une personnalité de renom un débat inaugural entre deux ou trois personnalités de l’économie, de la finance et de l’assurance. Comme c’est un anniversaire, nous allons interroger le passé en dressant le bilan des 40 ans de la Fanaf au service de l’assurance, pour mieux nous projeter sur l’avenir de notre industrie et l’exploration de ses nouveaux chalenges.
Nous entendons également, après trois ans d’éclipse, relancer la journée de la finance, en lui donnant un autre format.

(Les Afriques)


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