Interview – Paule Renée Etogo « Le RAF appelle à une large concertation sur le défi de l’industrialisation »

Paule Renée Etogo, Déléguée Générale du RA Forum

Paule Renée Etogo, Déléguée Générale du RAF

A quelque deux mois de la tenue, les 13 et 14 octobre à Bruxelles, de la troisième édition du Rebranding Africa Forum, la déléguée générale dudit forum évoque les attentes et lève un coin de voile sur les éminentes personnalités qui seront présentes à cet important rendez-vous…

Œil d’Afrique : Pouvez-vous nous faire le bilan de la deuxième édition du Rebranding Africa Forum dont le thème était « Investir en Afrique, entreprendre pour l’Afrique » ?

Paule Renée Etogo : Il faut d’abord souligner l’importance de cette thématique dans la problématique du développement de l’Afrique, puisqu’elle met en lumière le grand potentiel économique et financier du continent pour les investisseurs. Il faut aussi saluer la bonne tenue du forum, attestée de façon unanime par les participants. Je me dois donc de remercier ici, une fois de plus, les experts, consultants et spécialistes venus des quatre coins du continent et d’ailleurs, pour la qualité de leurs réflexions et contributions. Nous tenons fermement à cette option de faire du Rebranding Africa Forum une plateforme de qualité. Cela restera une constante et constitue l’une des grandes fiertés de ce forum.

Le Rebranding Africa Forum 2015 (RAF 2015) a ainsi permis de relever, chiffres à l’appui, l’un des obstacles structurels majeurs au développement et à l’émergence du continent africain : l’important déphasage ou la disproportion paralysante entre croissance économique et croissance démographique. Mais surtout, l’édition de l’année dernière s’est attelée à déployer les enjeux de l’entreprenariat, ainsi que les différents secteurs propices à l’investissement en Afrique et pour l’Afrique. Les différents échanges ont également permis de mettre en lumière l’importance de plusieurs secteurs pour le continent. Il s’agit entre autres de la formation, des ressources naturelles, des matières premières, de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture ou encore de l’industrie…

Qu’attendez-vous de cette troisième édition du Rebranding Africa Forum dont le thème est : « Relever le défi de l’industrialisation de l’Afrique » ?

A travers ce thème, le RAF s’inscrit résolument dans une réflexion globale qui appelle à « mobiliser l’engagement de la communauté internationale » en faveur de l’industrialisation du continent. C’est une nouvelle étape dans la maturité économique et stratégique du continent. Cette année, la plateforme du RAF permettra donc aux experts, consultants et autres personnes ressources de dresser sans complaisance aucune, l’état des lieux de l’industrialisation de l’Afrique, de poser le diagnostic des maux qui la minent et d’indiquer une thérapie pertinente, susceptible de redonner du tonus à cet important volet de son développement.

De plus en plus de jeunes africains dont ceux de la diaspora reviennent dans leur pays d’origine afin d’y investir. Est-ce une victoire pour vous ?

(Rires) C’est une victoire pour le continent ! Rentrer investir… Encore faut-il que cet investissement devienne un vivier indispensable à la création de richesses, générateur d’effets émergents ou émancipateurs du continent. D’où la nécessité de promouvoir, au cœur de l’Europe, le génie africain à travers des innovations technologiques et que récompense, depuis 2015, le prix de l’innovation du Rebranding Africa Forum. L’ambition exprimée est d’encourager le « made in Africa » à travers une présentation des propositions de solutions concrètes et ingénieuses de jeunes talents africains en vue de réduire le gap entre les innovateurs (les idées) et le monde industriel (la production).

Qui sont les panélistes cette année ?

Le moins que l’on puisse dire en tout cas, est que le forum a démontré en seulement deux éditions sa grande capacité à favoriser des rencontres de haut niveau et des débats pertinents entre décideurs politiques et économiques, experts et consultants chevronnés sur les problématiques du continent. Cette année encore, le Forum mobilisera personnalités, opérateurs économiques, patrons d’institutions bancaires et divers spécialistes incontournables dans le processus de l’industrialisation de l’Afrique.

Le RAF 2016 verra ainsi la présence annoncée de personnalités de haut vol comme Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement et Haut représentant de l’Union africaine pour le financement ; Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA-ONU) ; Paul Fokam, président du groupe Afriland First Bank ; Rosine Coulibaly, ministre de l’Economie, des Finances et du Développement du Burkina Faso ; Patrick I. Gomes, secrétaire général du groupe ACP, Tahir Hamid Nguilin, vice-gouverneur de la BEAC ; Godfrey Nzamujo, directeur Songhaï Centre, etc. La liste exhaustive des panélistes est disponible sur notre site www.rebrandingafrica.com.

Par ailleurs, après le Sénégal en 2015, c’est le Burkina qui sera le pays à l’honneur du RAF 2016. La troisième édition du Rebranding Africa Forum s’honore donc de la présence du président Roch Marc Christian Kaboré à cet important rendez-vous. Le président de la République du Bénin honorera également de sa présence cette édition.

L’Afrique va continuer à croître démographiquement d’une façon remarquable. Mais elle ne représente qu’environ 3% des échanges mondiaux. Comment expliquez-vous ce retard ?

L’Afrique affiche en effet, depuis quelques années, des taux de croissance économique parmi les plus élevés du monde, mais ces gains de croissance sont fatalement absorbés par l’explosion démographique — les perspectives moyennes des Nations unies indiquent que la population africaine pourrait quadrupler d’ici la fin du siècle, passant de un milliard actuellement à 4,2 milliards en 2100 —, dont la gestion requiert des ressources infiniment plus importantes.

Pour que cette croissance économique devienne inclusive, il faudra répondre aux besoins et aspirations de cette population. Réponses que nous avons essayé d’esquisser dans le Guide « L’Emergence de l’Afrique en 50 idées clés », résultat des réflexions de l’édition 2014. Dans ce guide, nous avons les 50 idées qui permettront de déclencher une dynamique endogène de l’émergence du continent. Il en ressort notamment que l’Afrique n’exploite pas assez son énorme potentiel naturel et humain, de manière à se donner proportionnellement les moyens de nourrir sa population galopante, de l’éduquer, de la former, de la soigner, de créer suffisamment d’emplois, ou encore de produire assez d’énergie pour répondre à ses besoins et attentes multiformes.

Comment réussir l’industrialisation de l’Afrique quand on connait les barrières existantes à plus d’industrialisation. Entre autres, l’administration, la réglementation, les infrastructures, la faiblesse du marché intérieur ?

C’est ici qu’apparaît, plus que jamais, l’urgence de mener des réflexions pertinentes et de proposer des solutions susceptibles de conduire à « relever le défi de l’industrialisation de l’Afrique ». Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, affirmait l’année dernière que « l’Afrique doit investir dans la formation et l’éducation des femmes et des jeunes pour s’industrialiser, développer son secteur privé et parvenir au développement durable ». Il est de ce fait indispensable de construire, ici et maintenant, une synergie d’actions pour sortir de la fatalité.

Pourtant, le 20 novembre de chaque année, la communauté internationale et plus particulièrement les pays africains célèbrent la journée de l’industrialisation de l’Afrique…

Justement ! En appelant, un mois avant la célébration de la Journée pour l’industrialisation de l’Afrique, à une large concertation sur le défi de l’industrialisation de notre continent, le Rebranding Africa Forum invite aussi à une réflexion plus profonde sur les faiblesses de cet important socle de son développement. Les participants au troisième du RAF auront donc à cœur de prendre à leur compte le constat plein de bon sens de l’institution onusienne : « L’industrie crée des emplois, accroît les revenus, augmente la valeur des produits agricoles, favorise le progrès technologique, ouvre des perspectives économiques aux femmes et produit des recettes qui permettent aux gouvernements de réduire et d’éliminer la pauvreté. »

Nous vous donnons donc rendez-vous les 13 et 14 octobre à Bruxelles !

Propos recceuillis par Roger Musandji
© OEIL D’AFRIQUE

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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