« Kasala », le griot, et la mort, avant tout et d’abord la culture

by OEIL D'AFRIQUE | 3 février 2017 13 01 43 02432

Danseuses traditionnelles. Image d’archives. SOURCE: DR

Beaucoup parmi nous ont l’habitude, et je le dis pour ceux qui en sont conscients, même si un grand nombre en oublie souvent, de parler du fait d’être congolais. Et nous parlons généralement de l’Autre, de sa présence, plutôt de son omniprésence qui se manifeste de plusieurs manières, soit par une domination de sa langue, soit de sa culture, soit de toute autre possibilité à sa disposition pour s’immiscer dans l’exercice de notre être. Mais quand l’occasion se présente pour que l’on manifestât une partie de notre âme congolaise, de ce qui peut faire de nous ce que nous pensons que nous sommes, beaucoup bottent en touche.

Il y a un mort. Et c’est quoi l’idée de la mort chez nous ? Comment nous pouvons la concevoir. Ou comment les anciens l’ont conçue ? Pour Birago Diop, dont le poème s’intitule « Souffles », nous notons ces vers, notamment :

« Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres. »,
(Extraits de « Souffles », de Birago Diop, (1961), Leurres et Lueurs, Présence Africaine).

Mais comment ça se passe chez nous ? Voilà que notre désir est de bâtir une nation dont nous n’avons pas la science, la conscience, la connaissance et la culture. Comment parle-t-on de nos morts ? Et surtout comment transmettre ces valeurs qui doivent faire de nous ce que nous sommes en réalité aux générations qui viennent en vue de ne plus ressembler à cet enfant pauvre en tout et qui ne sait comment s’y prendre quand son heure sonne pour assumer ses anciens et son âme. Et nous sommes les premiers à être surpris quand l’Autre, et n’importe qui, nous domine.

Dans la culture de mes défunts parents, ma mère Muauke et mon père Ntambue, jamais on ne pleure un esprit qui par sa mort passe pour devenir un ancêtre commun. Je parle et mets l’accent sur la culture justement pour marquer ma congolité, notre âme. Chez nous, on ne se présente jamais des condoléances. C’est à l’aube, quand le jour s’annonce dans le calme de sa naissance et de oiseaux, les premiers qui chantent, et avant même qu’ils ne puissent entonner leur chant pour annoncer la matinée que le griot, « Kasala » dans la langue de mes parents, prend la parole, il chante le mort. 

Contrairement aux griots maliens, « Kasala » ne vante pas une personne, mais établit une personne dans une filiation, ou une contrée dans une lignée. Pendant que ceux qui l’écoutent sont ému, le ou les griot, « Kasala » chante. On est ému en comprenant comment le griot fonctionne. Jamais, il ne fonctionne sur les émotions, mais sur les images que le conteur suscite en toi. Les représentations d’un passé, du présent, du futur. Moi, je vous parle de vous et de notre devenir.

N’est-ce pas que c’est en devenant ce que nous sommes que nous sauverons le Congo, que nous gagnerons demain qui frappe à l’horizon. Il n’y aura pas de révolution au Congo avant que l’on sache qui nous sommes, nous réconcilier avec nous-même. Demain n’est pas incertain. Mais il est dans l’ordre du possible.

Mufoncol Tshiyoyo

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