La CEDEAO et la crise malienne : La drôle de guerre des états-majors

La CEDEAO et la crise malienne : La drôle de guerre des états-majors

Aéroport de Bamako, le 7 avril 2012. Le président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré.

Le compte à rebours a commencé. C’est dans une semaine que l’intérim assuré par le président Diocounda Traoré va expirer sans qu’on ne sache ce qu’il en adviendra. Les acteurs ne semblent pas convaincus de la gravité de la situation, eux qui se livrent à des querelles byzantines alors que tout est évident à la lumière de la Constitution. En effet, le président de l’Assemblée assumant la haute charge en cas de vacance du pouvoir, peut-on trouver mieux que lui pour gérer les affaires du pays jusqu’aux prochaines élections sans faire entorse à la loi fondamentale ? La réponse est assurément non.

Les médiateurs de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont échoué après d’intenses négociations avec le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo. Ce dernier l’a du reste reconnu lors d’une conférence de presse, hier, au cours de laquelle il a réaffirmé son refus de laisser le président intérimaire poursuivre sa mission et a appelé ses compatriotes à s’investir pour une solution « à la malienne ».

Celle-ci devrait être trouvée à travers une convention réunissant les forces vives, lesquelles désigneront, selon le chef des putschistes, celui ou celle qui conduira la transition. Ainsi ce n’est ni plus ni moins qu’un deuxième coup d’Etat qui est en préparation. C’est dans ce contexte que les chefs d’état-major de la sous-région se sont réunis lundi à Abuja, la capitale nigériane, afin « d’envisager les modalités de déploiement des troupes » au Mali et en Guinée-Bissau. Dans le pays lusophone, les choses devraient aller très rapidement, étant donné que les autorités militaires et la CEDEAO sont sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la transition et le déploiement des troupes pour la sécuriser. L’arrivée du premier contingent est prévue avant ce vendredi.

En revanche, sur les rives du Djoliba, c’est le blocage, d’autant que les bérets verts de Kati s’opposent au débarquement des forces ouest-africcaines. C’est pourquoi les choses patinent, avec des conseils de guerre qui se succèdent sans concrétisation de l’action militaire, agitée depuis comme un épouvantail.

Abidjan, Dakar et maintenant Abuja, la haute hiérarchie militaire trace et retrace les plans, mais que peut-elle si les moyens logistiques, humains et financiers ne sont pas réunis ? On assiste, on ne peut plus, à une drôle de guerre avec des déclarations sans effet. Et même si les problèmes d’organisation sont résolus, il faut absolument que le feu vert des politiques, notamment les chefs d’Etat, soit donné aux hommes en tenue, qui ne sont que des exécutants.

Des deux crises, celle du pays de Soundiata Kéita est sans conteste la plus complexe, et la semaine qui commence sera décisive dans sa résolution, peut-être même qu’elle laissera poindre une lueur d’espoir. Au regard du drame humanitaire qui se profile à l’horizon et de la terreur que sèment les groupes rebelles, l’instance sous-régionale se doit d’être ferme à l’égard de ceux qui veulent sacrifier l’avenir de tout un peuple sur l’autel de leurs ambitions personnelles.

Les hésitations, la lenteur, voire l’inertie de la CEDEAO, ne peuvent que compliquer davantage le problème et donner une longueur d’avance à ceux qui ont morcelé à leur guise l’ancien Soudan.

Abdou Karim Sawadogo

 

 

 

Bona

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