RDC: la nomination de Vital Kamerhe au poste de Premier Ministre n’a plus d’obstacles ?

Vital Kamerhe, président de l'Union pour la Nation Congolaise (UNC)

Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC)

Qui sera le prochain Premier Ministre de la République Démocratique du Congo? Bien malin celui qui saurait y répondre avec certitude tant celui a qui appartient cette décision, nous a habitué à des surprises de dernière minutes. Mais le cas de Vital Kamerhe, co-modérateur pour l’opposition lors du dialogue national parait être associé à celui du futur Premier Ministre du gouvernement d’union nationale. 

Ce poste suscite bien entendu une vive cogitation, le tout dans un scénario surfant entre logique et surprise. Du super favori Kamerhe à l’improbable Ne Muanda Nsemi, en passant par l’énigmatique Léon Kengo wa Dondo, difficile pour l’instant de parier avec succès sur le successeur de Matata Ponyo. Tour d’horizons des potentiels candidats avec leurs forces et faiblesses.

À Kinshasa compte déjà les jours. L’accord signé à la cité de l’Union Africaine prévoit en son article 17, la nomination d’un « gouvernement d’union national dans les 21 jours de la signature du présent Accord ». Signé le 18 octobre 2016, on pouvait s’attendre à ce que la date de la nomination du nouveau gouvernement soit donc le 8 novembre 2016.

Mais, c’était alors oublié que l’accord devait en premier lieu passer par une présentation officielle au Président Joseph Kabila. Etant celui qui avait convoqué le dit dialogue. Un détail qui a conduit à refaire le calcul. Présenté au Président Kabila le 24 octobre, le gouvernement d’union national devrait voir le jour 21 jours plus tard c’est à dire le 14 novembre 2016. Le compte à rebours est lancé.

Les prétendants

Sur le bureau du Président Kabila, la liste des prétendants au poste de Premier Ministre est connue des observateurs de la vie politique congolaise.

RDC : Premier Ministre ? Un poste mais plusieurs prétendants|

RDC : Premier Ministre ? Un poste mais plusieurs prétendants|

Vital Kamerhe

Ancien président de l’assemblée nationale et actuel Président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) semble bien être celui qui remplacera Matata Mponyo dans quelques jours. En effet, monsieur Kamerhe, favorable à « un dialogue franc et sans alibi » refusait fermement l’idée de ce qu’il avait en premier qualifié de glissement. Une posture qui ne va pas l’empêcher de prendre part quelques semaines après au dialogue national comme co-modérateur de l’opposition lui fermant ainsi d’avoir une prépondérance à la validité de ce dialogue.

Pourtant, le président de l’UNC a une image bien ternie auprès de ces anciens camarades de la Majorité Présidentielle. En anecdote, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende avait porté plainte contre la directrice de communication de Vital Kamerhe pour  « faux et usage de faux », après la publication d’un tweet qualifié de mensongé par ce dernier.

Lors de la dernière réunion à la ferme de Joseph Kabila à Kingakati (banlieue de Kinshasa), Monsieur Aubin Minaku, Président de l’Assemblée National et Secrétaire Générale de la Majorité Présidentielle a fait savoir son objection à la nomination de Vital Kamerhe pour la primature. 

Ce n’est pas sans douleur nous indique une source bien introduite de la majorité présidentielle confirme l’acceptation du PAN congolais de voir un adversaire de taille revenir dans l’équipe gouvernementale. « Kamerhe sera bien Première Ministre mais nous nous laisserons pas faire » souligne notre source.

Bien qu’il ait sauvé le dialogue de la majorité boycotté par toute l’opposition, Kamerhe ne semble toujours pas convaincre son ancienne famille politique qui visiblement ne lui a pas pardonné ce qu’elle peut qualifier de trahison du siècle après avoir nié le Kabila qu’il avait lui-même crée politiquement.

Léon Kongo wa dondo,

Ancien premier ministre du maréchal Mobutu, actuel Président du Sénat, il a toujours su manœuvrer pour se retrouver dans une position confortable en cas de glissement du calendrier électoral. A la tête de la chambre basse, il est la deuxième personnalité de l’Etat et pourrait selon la constitution en cas de vacance du pouvoir succéder à Joseph Kabila. Mais, depuis qu’il a combattu en janvier 2015, le projet de loi portant sur la modification de la loi électorale du 25 juin 2011, monsieur Kengo a perdu le soutien de la majorité présidentielle qui voit d’un mauvais œil qu’il soit à la tête du sénat, un passage obligé pour un possible changement de la constitution durant la transition.

A l’exemple d’un félin, l’homme sait toujours se trouver au bon endroit et au bon moment. L’histoire se souvient encore de la fameuse 3ème voix de la très mémorable Conférence nationale souveraine, ou encore dans un passé récent les Concertations nationales tenues en 2013 où Léon Lobitch s’est fait une part belle dans le partage du gâteau qui en était sorti.

Le voir à ce poste, ne serait sans doute pas une surprise. A en croire d’autres sources proches de la Présidence de la République, la MP songerait à la carte Kengo pour la Primature, question d’empêcher l’avènement du traitre Kamerhe, et en parallèle, se battre pour le faire remplacer par She Okitundu au Sénat, de cette manière, la MP se targuerait ensuite d’avoir la mainmise sur les deux chambres du Parlement.

Reste à savoir s’il le veut réellement d’autant plus que son silence laisse songeur et perplexe.

Florentin Mokonda Bonza

Dans la hiérarchie des Primaturables, il était en bonne place. A un certain moment, il a même fait figure de favori lorsqu’il fallait privilégier une piste autre que celle de Kamerhe.

Eminent professeur des plusieurs universités du pays, ce fin économiste n’est plus vraiment à présenter même si sa discrétion et sa tendance à s’effacer pour jouer le héros dans l’ombre ont justement pris le dessus sur sa personne.

Ceux qui connaissent très bien la 2ème République jusqu’aux menus détails savent pertinemment de qui il s’agit. Ancien Directeur du cabinet du feu le Maréchal Mobutu, ce stratège politique était à la base de plusieurs idées mises en place par celui-ci. Il était un des concepteurs du fameux discours du 24 avril 1990 qui a vu Mobutu proclamer en sanglot la fin du monopartisme consacrant l’avènement de la démocratie au Zaïre à l’époque.

Mokonda Bonza

Est-ce vraiment un profil convaincant ? Pour certains, oui. Pourquoi ? Eh ben parce que le Sénateur, chevronné de la politique du pays a largement les épaules pour cette fonction même si le manque criant de charisme pourtant grand atout pour ce poste lui fait défaut.

Du reste, pour plusieurs observateurs, il ferait un excellent Premier Ministre d’autant plus qu’il ne suscite pas de la controverse. Mais aussi et surtout parce qu’il est un des rares à avoir fait douter l’actuel Premier Ministre Matata Ponyo cette année à l’occasion d’une question orale où il avait étalé noir sur blanc les limites de la gestion du Gouvernement Matata.

En coulisse, il bénéficierait également du soutien de son compère Léon Kengo ainsi que de certains nostalgiques des périodes Mobutiennes qui ne verront pas d’un mauvais œil le retour d’un cacique de l’ère Mobutu

Jean-Lucien Bussa 

I ne cache pas son désir d’occuper la fonction institutionnelle. Répondant à jeune Afrique 14 octobre 2016, il affirme « Il n’existe pas d’hommes politiques sans ambition, mais au-delà des ambitions personnelles, l’essentiel demeure de garantir au peuple la première alternance démocratique à la tête de l’État ». On peut s’interroger si monsieur Bussa incarne une alternative pour le peuple congolais. Ancien cadre du MLC de Jean-Pierre Bemba qu’il a quitté en grande pompe pour créer un nouveau mouvement, prônant à chaque interview son penchant pour libéralisme.

De plus, c’est une piste moins plausible au regard à la fois du poids léger en politique  et de la force d’autres concurrents à ce poste. En outre, Jean-Lucien Busa risque d’être englouti par un poste de Premier Ministre à fortes exigences dans un contexte politique assez particulier entre fin mouvementé du second et dernier mandat de Kabila et une transition vivement attendue avec comme point d’orgue l’organisation des élections les plus attendues de toutes. En a-t-il l’étoffe ? Rien ne l’assure.

Azarias Ruberwa,

C’est le dernier nom qui s’est ajouté sur la liste. Rien qu’à l’évocation de son nom, c’est une pluie des réactions passives qui ‘est abattue sur le ciel politique congolais. Ancien vice-président de la RDC chargé de la Commission politique, défense et sécurité de juin 2003 à décembre 2006. Il est depuis 2003 le président du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Un mouvement qui avait fait le choix des armés avant de donner une coloration politique en créant son parti. Pour lequel, on retient sa monté au créneau pour la défense des populations Banayarwanda sans pour dire un mot pour les autochtones qui vivent un enfer dans le nord et sud Kivu. Ce lourd passif, risque de lui barrer la route de la Primature.

Ne Muanda Nsemi

Le virevoltant chef du mouvement mystico religieux Bundu Dia ya Mala ne convient certes pas à ce poste. Mais il a mis en exergue une idée qui pourrait peut-être faire réfléchir deux fois le Président de la République dans le choix de son Chef du Gouvernement. Pour lui, c’est bien clair, le choix du futur Premier Ministre doit obéir à l’équilibre géographique Est-Ouest. Ce qui veut concrètement dire, puisque le Président est un fils de l’Est du pays, son Premier Ministre doit provenir de la partie Ouest du pays, allusion fait aux provinces du Kongo Central, de l’ex Bandundu ou encore de quelques parties de l’Equateur.

Outre ces noms, d’autres encore sont cités : sur la liste non exhaustive reviennent ceux de Samy Badibanga, José Makila, Justin Bitakwira, Steve Mbikayi….)

S’ils ne peuvent certainement pas prétendre au poste, il sera à coup sûr question de leur trouver des portefeuilles, question de récompenser leur courage de rejoindre une initiative que la grande majorité de l’opposition constituée dans le Rassemblement a botté en brèche.

Roger Musandji et Freddy Mulumba
© OEIL D’AFRIQUE

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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