L’Afrique des classes moyennes

L’Afrique des classes moyennes

Selon un rapport publié par la Banque africaine de développement, plus d’un tiers de la population du continent africain fait aujourd’hui partie de la classe moyenne.

Autrefois, quand des économistes évoquaient l’Afrique subsaharienne, ils ne s’intéressaient qu’à un seul et unique pays: l’Afrique du Sud. Il y a dix ans, c’était le pays le plus riche, pourvu des institutions les plus solides et du marché boursier le plus développé. Mais au final, tout se résumait à ceci: l’Afrique du Sud possédait ce qui manquait à tous les autres pays subsahariens du continent: une classe moyenne conséquente.

Un groupe crucial

Comme les choses ont changé. Un rapport publié le 6 mai 2011 par la Banque africaine de développement estime que plus d’un tiers de la population du continent africain (soit 313 millions de personnes) fait à présent partie de la classe moyenne. Investisseurs, réveillez-vous:

«La classe moyenne émergente d’Afrique est à peu près équivalente à celle de l’Inde ou de la Chine.»

Ca compte —ça compte même beaucoup. Comme l’exprime crûment le rapport:

«La classe moyenne est largement envisagée comme l’avenir de l’Afrique, le groupe crucial pour le développement économique et politique du continent.»

Pour les entreprises qui cherchent à investir, les possibilités y sont dorénavant très intéressantes —l’Afrique est un réservoir de consommateurs, pas seulement une mine bien garnie de ressources naturelles. La demande de services y est très élevée et la nouvelle classe moyenne adopte rapidement nombre des luxes de la vie moderne.

La recherche de la Banque se poursuit sur l’analyse de la corrélation entre classe moyenne et une foule de choses positives: un niveau supérieur d’éducation, un meilleur accès à Internet, une meilleure infrastructure et même une réduction de la taille moyenne des familles. Ce phénomène est un serpent qui se mord la queue: le rapport attribue l’augmentation des classes moyennes à la création de nouvelles entreprises privées destinées à servir, vous l’aurez compris, la classe moyenne.

Mais les bénéfices de l’existence d’une classe moyenne ne se limitent pas au domaine de l’économie. Elle peut également s’avérer un important facteur de développement politique. Ce n’est peut-être pas un hasard si les habitants de deux des pays comptant le pourcentage le plus élevé de citoyens appartenant aux classes moyennes —la Tunisie (89,5%) et l’Égypte (79,7%)— se sont rebellés contre leurs régimes corrompus et incompétents. La jeune génération d’hommes d’affaires, d’intellectuels et de dirigeants africains ne s’accommode plus de la marche du monde; ils ont bien trop de pain sur la planche.

Une classe sociale prometteuse

Le plus prometteur dans tous ces chiffres, cependant, est ce qu’ils nous disent de la future croissance de cette classe sociale. L’étude divise la société en classe moyenne supérieure, classe moyenne inférieure et une nouvelle catégorie appelée «classe moyenne flottante».Ce dernier groupe vient à peine de s’extraire de la pauvreté, et sa consommation quotidienne varie entre 2 et 4 dollars par jour (entre 1,4 et 2,8 euros). La classe moyenne flottante est aussi le sous-groupe qui a crû le plus vite ces dernières années, passant d’à peine plus de 10% de la population en 1980 à plus de 20% aujourd’hui.

Il faut voir ces chiffres comme un moyen de mesurer un potentiel futur: cette tranche de la société est appelée à juste titre la classe moyenne «émergente» car toute l’étendue de sa puissance de consommation et de son dynamisme économique ne s’est pas encore complètement révélée. Attendez-vous à voir ce groupe grossir —et escalader l’échelle sociale— dans les prochaines années.

Une fois tous ces éléments pris en compte, la seule chose en Afrique qui ne soit pas en train d’évoluer à grande vitesse est peut-être tout simplement la perception que nous en avons. Nous avons tous à l’esprit l’image d’un enfant famélique, symbole d’un continent misérable. Si cette image a un jour reflété une vérité, voici un excellent rappel qu’aujourd’hui, ce n’est jamais qu’un instantané. C’est vrai, il y existe une grande souffrance humaine, et elle n’est pas difficile à trouver. Mais l’Afrique dans son ensemble est en train de devenir le continent de la classe moyenne.

Elizabeth Dickinson

Traduit par Bérengère Viennot

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