Le Congo Kinshasa vit il ses derniers moments?

Le Congo Kinshasa vit il ses derniers moments?

La dernière guerre de Goma a-t-elle été une simple erreur de casting ou un élément qui découvre un peu plus le puzzle que constitue le plan de balkanisation du Congo-Kinshasa dont les Congolais soupçonnent les occidentaux, les Américains en tête, d’être derrière ? Bien que l’idée, horrifie le peuple congolais, la seconde hypothèse semble la plus plausible. Et l’enchainement des événements depuis novembre 2012 renseigne que la partition du géant africain, 2.345 000 km2, semble avoir atteint la maturité.

 
En somme, depuis l’entrée en scène du M 23, une énième agression de la RD Congo par le Rwanda maquillée comme de coutume en rébellion, une vérité est vite apparue aux yeux des observateurs avertis : une partie du territoire congolais échappe depuis plusieurs mois au contrôle de l’armée congolaise et est administrée de facto par le Rwanda qui y a des troupes. D’ailleurs, la polémique suscitée par la présence des troupes rwandaises dans le Rutshuru en octobre 2012 avait fait grand bruit.et l’opinion congolaise s’en était vivement émue.

 
A l’accusation d’agression de leurs homologues congolais, les autorités rwandaises avaient déployé un trésor d’ingéniosité pour brouiller les pistes. Elles avaient réussi à faire avaler à la communauté internationale l’idée que le Rwanda n y était pour rien. Et, malgré la succession de rapports des experts de l’ONU indexant les troupes rwandaises dans la déstabilisation du Congo voisin, Kigali est même parvenue a l’exploit d’imposer un dialogue entre son ‘’ombre’’, le M 23, et Kinshasa. La suite? Les négociations de Kampala.

 
Ainsi, depuis donc fin novembre, des délégués du gouvernement et des représentants du M 23 ont entamé un dialogue a Kampala, dialogue dont l’issue est incertaine tant l’agenda des négociations est aussi flou qu’antagonique. Par ailleurs, ces négociations de Kampala, qui pour les analystes ont été exigées par la communauté internationale, ne servent pas a grand-chose. Car, le sort du Congo Kinshasa semble se dessiner ailleurs : a Washington et New York. Et les perspectives sont loin d’être reluisantes !

 
Depuis plusieurs jours, les signaux émis par les Etats Unis et relayés par l’ONU laissent présager le pire. D’abord, en janvier dernier, la signature d’un plan de paix de l’ONU destiné à mettre un terme a la guerre en RD Congo a été, a la dernière minute, reportée sous la demande explicite des Etats Unis. Et, comme pour donner le ton sur ce qu’allait être la suite des événements, Johnnie Carson, secrétaire d’Etat adjoint américain charge des Affaires africaines, a fait l’esquisse d’une solution a la crise congolaise qui enrage dans les rues de Kinshasa.

 
‘’Pour définitivement régler la crise congolaise, nous devons nous inspirer de l’expérience de la Yougoslavie et du Soudan’’, a dit haut et fort Johnnie Carson devant un lobby démocrate il y a trois jours. Des propos qu’il avait déjà servis à Ban Mi Moon à l’issue d’un tête-à-tête. A analyser les propos du secrétaire d’Etat adjoint américain, un message transparait : les Etats unis sont engagés dans une logique de partition du Congo Kinshasa a l’image de l’ex-Yougoslavie et du Soudan. Mais, seulement, ce que l’adjoint de John Kerry oublie : s’il y a eu partition dans les deux pays précités, c’est par la volonté de leurs propres peuples. Or, en RD Congo, les populations sont très hostiles à une telle option. Surtout celles qui sont frontalières du Rwanda.

 
Pendant ce temps, a Kinshasa, la classe politique semble figée. Aucune réactivité face à l’activisme débordant des Américains. ‘’La classe politique congolaise est plus préoccupée par le dialogue promis par Kabila au lieu de battre la mobilisation pour barrer la route au projet américain de balkanisation de notre pays’’, déplore Jeancy Mitanu, ancien intendant de l’UDPS. Même la perspective de la signature d’un accord sur la RDCongo porté par Carson et qui risque de déboucher sur la partition du pays ne fait pas bouger.

 
Un projet dangereux

 

Au moment où la France et l’Afrique sont a la rescousse du Mali pour sauver ce pays d’une partition qui s’était matérialisée de fait avec l’occupation du Nord par les rebelles du MNLA ainsi que Anser Edine et les groupes extrémistes musulmans, il est impensable que les Etats Unis puissent, même un instant, songer que le dépècement du Congo-Kinshasa serait une solution pour le retour de la paix. Au contraire, au regard de l’histoire particulière du pays, ce projet porte en lui les germes d’une crise plus grave qui mettrait le Grands Lacs a feu et a sang comme dans les années 60.

 
Le Congo-Kinshasa n’est pas le Soudan, moins encore l’ex-Yougoslavie. D’abord, au sein de ses populations, la volonté d’être ensemble n’a jamais aussi été forte depuis que les troupes rwandaises occupent une partie du territoire congolaise. L’idée de la partition horrifie surtout les populations de l’Est du pays qui craignent que celle-ci ne permette au Rwanda de profiter pour annexer leur province. ‘’Nous sommes prêts a tout sauf a l’annexion de notre pays par le Rwanda et même de toute domination par ce pays’’, chantent en chœur les Kivutiens. Une position nourrie surtout par la crainte des conflits ethniques encore plus inextricables qui en résulteraient.

 
Car, entre de nombreuses ethnies du Kivu et l’ethnie au pouvoir au Rwanda les relations ont toujours été très tendues. Bien des Congolais, qui n’apprécient guère qu’après avoir accueilli les Banyarwanda -Tutsi rwandais qui se sont refugiés au Congo-Kinshasa par vagues successives- que ceux-ci veulent leur prendre la terre de leurs ancêtres. C’est serait donc un bon prétexte pour les groupes Mai Mai, très actifs dans la province, de se déchainer. Une situation qui ne ferait qu’exacerber des passions déjà trop aiguisées.

 
Mais, ce qui est grave dans l’idée de partition du Congo-Kinshasa, qui a été réunifié au bout d’une guerre de sécession qui avait duré plusieurs années et transformé le pays en une boucherie a ciel ouvert, c’est la pensée effroyable de la tentation séparatiste qui pourrait s’emparer des toutes les provinces du pays a l’instar du Katanga qui ne cache jamais son défi de se détacher du Congo si jamais les circonstances s y prêtent. Les Américains ont-ils vraiment réfléchi aux conséquences qu’aurait une partition non consentie par le peuple congolais ?

 
Alors, si l’on ne veut pas mettre un terme a la déstabilisation du Congo-Kinshasa dont est comptable l’administration américaine -c’est sous la présidence Clinton qu’elle a été déclenchée- que l’on laisse le peuple congolais décider souverainement de son sort. En ex-Yougoslavie, les différents groupes qui la composaient n’avaient pas un dénominateur commun comme les Congolais : l’appartenance à un groupe commun qui quadrille le pays et le brassage ethnique. Le Soudan, lui, avait toujours été miné par la religion : le Nord musulman contre le Sud chrétien.

 

 

Par Mohamed Mboyo Ey’ekula
Pour ODA


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1 commentaire

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  1. @jbbat
    @jbbat 28 février, 2013, 14:47

    Salut!
    Heureux de decouvrir ce beau site, il est bien interessant. Je vous propose humblement de lire mon 1er blog sur la question epineuse et qui nous tient tous a coeur , la balkanization du grand Congo, la patrie de Lumumba et des martyrs du Kivu dont on n’a pas encore fait le deuil.

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