Les femmes sont les pierres angulaires d’une paix durable en Afrique

femme société afrique

La multiplication des zones de conflits et de crises en Afrique ces dernières années exige une vigilance particulière de même que la participation de toutes les forces vives à la prévention comme à la résolution de ces épineux problèmes. On observe une nette recrudescence des violences faites aux femmes, aux filles et même aux bébés. Il n’y a vraisemblablement plus aucune limite à l’horreur ou aux crimes de guerre perpétués à l’endroit des femmes. Grâce au remarquable travail des reporters souvent improvisés dans ces zones et à la viralité des réseaux sociaux on a tous vu au moins une fois, une photo ou une vidéo faisant état de ces drames qui se passent régulièrement pas si loin de nous. Ce qui fait de nous tous pas seulement des observateurs impuissants mais aussi des témoins et des potentielles solutions.

Nous avons tous en mémoire, il y a bientôt deux ans, l’enlèvement de 200 lycéennes dans le nord du Nigéria et plus récemment, le même phénomène s’est installé au nord Cameroun. Régulièrement des filles de plus en plus jeunes sont utilisées comme des kamikazes et des esclaves sexuelles par des groupes terroristes comme Boko Haram pour ne citer que celui-là.

Nous sommes très loin aujourd’hui des clichés de révérence et de délicatesse que louaient le célèbre poète Léopold Sendar Senghor sur la femme africaine. Son corps est devenu un instrument de guerre, un champ de ruines. Pourtant elle ne demande qu’à aller à ses plantations, s’instruire, s’occuper de sa petite famille, vaquer à ses nobles occupations quotidiennes.

Des chiffres récents montrent que près de 90% des victimes des conflits armés sont des civiles et en majorité des femmes et des enfants. Pourtant ceux-ci n’ont pas d’armes, ne participent même pas aux conflits, mais deviennent des victimes collatérales parce que ce sont des proies plus faciles à attraper. Les exemples en République Démocratique du Congo, au Mali, au Sud Soudan, en Centrafrique, au Tchad sont malheureusement nombreux.
Et comme si cette injustice ne suffisait pas, d’après les chiffres de l’ONU, les femmes représentent moins de 10% des négociateurs de paix et à peine 3% des signataires des accords de paix dans le monde.

Comment comprendre ces chiffres ? Les femmes sont-elles si incompétentes dans le domaine de la gestion de crise ou de prévention de conflit ? Ou peut-être encore, les femmes ne maitrisent pas du tout les questions de construction et consolidation de la paix ?

Comment comprendre qu’on puisse parler des femmes, de leurs enfants, de leurs filles qui se font enlever, emmener, torturer sans les associer, sans les consulter quand il s’agit de trouver des solutions pérennes et efficaces ?

Pourtant, il apparait évident que refuser d’associer  les femmes aux  initiatives de paix et de sécurité n’est pas propice à une paix durable. Aborder des pourparlers aux enjeux aussi énormes en ignorant les besoins spécifiques des femmes aura pour effet de limiter l’efficacité des accords de paix et de sécurité ou de l’action  humanitaire. 
L’impact de ce déni appelons-le ainsi parce que c’en est un, a des conséquences graves sur la vie des femmes : plus de la moitié des décès maternels se produisent dans les zones de conflits, près de la moitié des enfants d’âge primaire non scolarisés  vivent dans des zones de conflits. Sans compter les violences sexuelles, la prévalence d’infections graves notamment le VIH.

La résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 31 octobre 2000, a reconnu d’une part le rôle décisif des femmes dans la prévention et le règlement des conflits, les négociations de paix, la participation aux opérations de maintien de la paix, à l’action  humanitaire et aux efforts de consolidation de la paix après les conflits.

D’autre part, la résolution plaide en faveur d’une pleine participation des femmes à tous les efforts  visant à maintenir la  paix et la sécurité. Elle demande aux Nations Unies de solliciter les points de vue sur la question de l’équité entre les sexes et d’en tenir compte, de façon à accroître le rôle des femmes dans toutes les activités de maintien de la paix et de la sécurité. Elle demande aussi aux parties aux conflits armés de prendre des mesures particulières pour protéger les femmes et les jeunes filles contre les actes de violence sexiste, en particulier le viol et les autres formes de sévices sexuels. 

Malgré ces dispositions volontaristes, la participation des femmes dans les processus de paix n’a même jamais atteint 10% depuis l’adoption de ladite résolution.

Pourtant plusieurs pays africains ont adopté la résolution 1325 et 16 États ont mis en place des plans d’actions  nationaux. L’Union africaine a, elle aussi, fait des efforts notables pour intégrer des engagements relatifs aux femmes, à la paix et à la sécurité dans ses propres mesures de sécurité et de protection des droits de l’homme, et dans ses stratégies de réponse aux crises et de consolidation de la paix. L’UA forme les femmes à des postes comme ceux de médiateur de paix, d’observateur électoral ou de conseiller pour  l’égalité des sexes.
En janvier 2014, l’UA a pour la première fois nommé une Envoyée spéciale pour les femmes, la paix et la sécurité. Madame Bineta Diop, militante des droits des femmes et fondatrice de l’ONG Femmes Africa Solidarité a donc été chargé de coordonner les efforts de mise en œuvre de la résolution 1325 sur le continent. Depuis sa nomination, la sénégalaise a travaillé en étroite collaboration avec les Nations Unies et s’est rendue dans plusieurs zones de conflit en Afrique.

Dans le même temps, l’UA et les Nations Unies ont augmenté le nombre de soldats et agents de police féminins dans les opérations de maintien de la paix. Cette mesure a permis, entre autres, d’améliorer la déclaration à la police des agressions sexuelles.

Malgré ces efforts louables constatés sur le  terrain, les défis à relever en ce qui concerne les femmes, la paix et la sécurité restent nombreux pour le continent. En République Démocratique du Congo, des centaines de femmes ont connues les pires violences sexuelles et cela continue.

La gente féminine paie le prix le plus lourd dans les conflits, c’est pourquoi on ne devrait plus parler des femmes sans les femmes. C’est une question de justice et même de morale. Les gouvernements doivent s’engager pleinement dans ce processus d’implication des groupes de femmes et non mettre en priorité les élites politiques et militaires essentiellement masculines comme c’est souvent le cas.

La paix s’obtient rarement par les armes et la violence. Pour une Afrique sans guerre, ni conflit, on ne va rien inventer de mieux que le respect, l’amour et la tolérance, autant de valeurs qui sont mieux portées par les femmes.

Mélissa BENDOME,
Directrice de publication African Ladies Magazine,
Coordinatrice de la plateforme régionale, Femmes Éditrices Pour la Paix et la Sécurité en Afrique Centrale (FEPPSAC).


Related Articles

Lumumba sur la question de la femme: le dilemme du héros national, de l’époux et de l’amant

Les idées de Patrice Emery Lumumba au lendemain d’un Congo qu’il pensait libéré du joug colonial n’étaient nullement dissociées d’une

Parole d’ancienne fille

Ami lecteur ces mots viennent de loin.Dictés par mes expériences et celles d’autres, comme moi femmes et noires. Et je

Et si la femme se taisait…

Personne ne parlera à sa place. L’injustice persistera. Et si la femme se taisait… Des milliers des femmes victimes de

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*