L’importance pour un peuple d’avoir des modèles

Militants de l’opposition congolaise brandissant un portrait du chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Etienne Tshisekedi, dans les rues de Kinshasa. (Reuters/Jonny Hogg)

En analysant le comportent de nos compatriotes qui soutiennent des leaders politiques irresponsables, inconscients et sans vision, à commencer par les Tshisekedistes et autres adeptes du RASSOP, j’en suis venu à la conclusion qu’il ne faudrait pas leur en tenir rigueur. Car au-delà de nos divergences, il y a un problème plus profond qui est celui du modèle à suivre, pour ne pas dire référence.

En effet, chaque peuple a son (ses) modèle(s) qui sont des sources d’inspiration et des moteurs qui les aident à progresser. Ce n’est pas pour rien qu’en «périodes creuses», les Français en appellent souvent à Charles de Gaulles, les Américains aux Pères fondateurs, les sud-africains à Nelson Mandela, les Burkinabés à Thomas Sankara, les latino-américains à Simón Bolívar, les Québécois à René Lévesque etc. Bref. À chaque fois qu’un peuple fait face à l’adversité, il a tendance à faire appel à ses « ancêtres » qui sont ses modèles et ses repères, ceux qui représentent à ses yeux un certain idéal, un symbole : symbole de résistance face à l’oppression, symbole de dignité, d’égalité des peuples, etc. L’histoire nous apprend qu’on peut aussi s’inspirer du (des) modèle(s) des autres. De nombreux Africains (non Congolais) et non Africains s’inspirent du combat de Patrice Lumumba, tout comme de nombreux Congolais s’inspirent du combat de de Gaulle contre l’occupation de son pays par l’Allemagne nazi. C’est dire l’importance que revêt la conscience historique— qui est en relation d’influence avec le modèle — dans la vie d’un peuple.

Or en République Démocratique du Congo, il y a des gens qui n’ont pour modèle qu’Étienne Tshisekedi. D’autres n’en ont même pas! Dès lors, comment ne pas comprendre leur attitude face à l’occupation de nos terres? Comment ne pas comprendre leur propension à vouloir à tout prix devenir premier ministre de Joseph Kabila? Comment ne pas comprendre leur complaisance — pour ne pas dire complicité — dans certains dossiers sensibles concernant le pays ? Pourquoi nous étonnions-nous quand ils font appel aux oppresseurs pour trouver des solutions aux problèmes des oppressés que nous sommes? Etienne Tshisekedi, leur modèle, ne faisait-il pas constamment appel à la mal nommée «communauté internationale »?

Le comportement de ces compatriotes est tout à fait normal. Ceux qui sont dans la même condition psychique qu’eux agissent de la même manière. Un peuple qui n’a pas de modèle marche vers le néant. Certains compatriotes imposteurs brandissent le nom de Lumumba, sans comprendre le véritable sens de son combat. L’avenir d’un peuple sans modèle ou ayant de mauvais modèles est aussi sombre que les profondeurs de l’enfer.

Une certaine jeunesse congolaise a eu comme modèles Papa Wemba et Wenge musica. Résultat : un concentré d’abrutis privilégiant la sape et le paraître. Dans notre communauté, il y a des cornichons qui se sentent « importants » seulement quand ils sont habillés en Yoji, Versace, Comme des garçons et j’en passe. Ils ont tendance à regarder ceux qui ne sont pas habillés comme eux de haut. C’est le triomphe des antivaleurs et de la bêtise. La seule communauté où un idiot ne sachant ni lire ni écrire ou incapable de comprendre un simple post sur Facebook peut se permettre d’insulter un homme des lettres ou un intellectuel sérieux, en le faisant passer pour le pire des demeurés, tout en recevant les éloges et les acclamations de certains. Tout ça, parce nous n’avons presque plus de modèles ou avons carrément choisi comme modèles la médiocrité et la petitesse. Tant sur le plan politique qu’intellectuel, culturel et spirituel.

Au pays, ce sont des politiciens parvenus et corrompus, des pasteurs et des musiciens sans culture qui sont devenus des modèles, des références. Résultat : on a plus de 700 partis politiques, des milliers d’«églises de réveil» à la capacité d’endormissement effrayante et des jeunes qui s’abandonnent à une musique qui fait la promotion des antivaleurs. Avec un tel concentré d’inconscience, comment ne pas comprendre la situation catastrophique dans laquelle nage notre chère République à démocratiser ? Le pays a besoin d’une véritable éducation citoyenne. C’est URGENT!

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.


Tags assigned to this article:
analysepatrick mbekopolitiqueRDC

Related Articles

Franklin Nyamsi: Chaque jour qui passe, le Cameroun me hante

Chaque jour qui passe, on se demande comment le Grand Cameroun, pays de Roger Milla et de Samuel Eto’o, de

Comment les «noirs» sont devenus «blancs»

L’évolution de la couleur de peau au fil des générations en Europe n’a rien à voir avec la «race». N’en

Congo-Brazzaville : des veillées mortuaires transformées en foire ?

  Un spectre hideux hante la société congolaise dans sa globalité. Ce spectre, c’est la transformation des veillées mortuaires en

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*