Niger: abandon des poursuites dans l’affaire du trafic de bébés

Niger: abandon des poursuites dans l’affaire du trafic de bébés
L'épouse de Hama Amadou (g), ancien Premier ministre du Niger, sort le 2 janvier 2015 du tribunal correctionnel de Niamey en compagnie de l'avocat de son mari, Me Mossi Boubacar (d)|AFP

L’épouse de Hama Amadou (g), ancien Premier ministre du Niger, sort le 2 janvier 2015 du tribunal correctionnel de Niamey en compagnie de l’avocat de son mari, Me Mossi Boubacar (d)|AFP

La justice nigérienne a abandonné vendredi les poursuites contre une vingtaine de personnes accusées d’avoir participé à un trafic international de bébés, dont l’ex-président du parlement et opposant Hama Amadou, une affaire délicate dans l’optique de la présidentielle de 2016.

« Le tribunal (correctionnel de Niamey) se déclare incompétent » dans ce dossier, a déclaré le juge.

Aucune juridiction civile ne s’est jusqu’ici prononcée sur la filiation des bébés concernés par ce procès pour « supposition d’enfants », un délit constituant à attribuer la maternité d’un enfant à une femme qui ne l’a pas mis au monde, a justifié le magistrat.

La décision a provoqué des cris de joie parmi les accusés et leurs familles. L’ex-ministre de l’Agriculture Abdou Labo, un proche du président Mahamoudou Issoufou qui faisait parti des accusés, a étreint en souriant les avocats de la défense.

« Le tribunal a déclaré l’action du procureur irrecevable. Le juge s’est déclaré incompétent. Il n’y a plus de poursuite contre (les accusés) ou contre qui que se soit », s’est félicité Boubacar Mossi, l’un des avocats.

L’accusation, qui assure disposer d' »indices » démontrant que les « infractions sont établies », a 10 jours pour faire appel.

« La décision concerne tous les individus, y compris M. Hama Amadou », a précisé un autre avocat, Nassirou Laouali.

L’ancien président du Parlement Hama Amadou, principal opposant politique du président Issoufou, était inculpé avec une vingtaine de personnes, dont l’une de ses épouses prénommée Hadiza, dans cette affaire retentissante qui avait éclaté en juin dernier.

Un « réseau », composé surtout de « femmes ou de leurs époux qui n’arrivent pas à avoir d’enfants », aurait ainsi eu recours à des « trafiquants », en mèche avec des « usines à bébé » basées au Nigeria, pour faire venir des enfants au Niger, d’après l’accusation.

Des structures de ce type, sortes de cliniques privées accueillant des femmes enceintes avant de vendre leurs nouveaux-nés, sont régulièrement démantelées au Nigeria, grand voisin au sud du Niger.

Une trentaine de nouveaux-nés, dont de nombreux jumeaux, auraient ainsi été conçus par des mères anonymes nigérianes, avant de transiter par le Bénin pour être finalement amenés au Niger, avait expliqué une source judiciaire avant le procès.

– ‘Complot’ et ‘acharnement’ –

Hama Amadou, que ses partisans présentent comme le principal adversaire du chef de l’Etat Mahamadou Issoufou pour la présidentielle de 2016, a toujours clamé que les poursuites lancées contre lui étaient politiques.

Lui qui avait permis l’accession au pouvoir du président Issoufou en avril 2011 était passé dans l’opposition en août 2013, contribuant à tendre fortement le climat politique au Niger.

« Qu’est-ce qu’on n’a pas raconté sur cette affaire? Au finish, on se rend compte que ce n’est rien qu’un montage pour déshonorer des personnalités et les disqualifier lors des prochaines élections », a réagi vendredi Amadou Salah, député du Mouvement démocratique nigérien (Moden), le parti de M. Amadou.

« Nous n’avons eu cesse de crier au complot et à l’acharnement politique. Cette décision de justice nous conforte dans ce sens », s’est réjoui Soumana Sanda, ex-ministre de la Santé, un autre proche de Hama Amadou.

L’ancien patron du Parlement avait précipitamment quitté le Niger fin août, après l’autorisation par les députés de son audition par la justice dans cette affaire.

Un mandat d’arrêt a ensuite été émis en septembre à son encontre. Le Parlement a nommé deux mois plus tard un ex-opposant, Amadou Salifou, pour remplacer M. Amadou.

« Du moment où rien ne le retient plus, Hama Amadou va pouvoir incessamment rentrer au Niger et se présenter à la présidentielle de 2016 », a affirmé Soumana Sanda.

Les autorités avaient de leur côté fermement défendu le bien-fondé de la procédure. « Fermer les yeux, c’est ça qui aurait été politique », avait commenté le ministre de la Justice Marou Amadou, évoquant un « dossier de droit commun » et « donc pas politique ».

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