Premier voyage du président Emmanuel Macron au Mali : premier impair ?

Le président français Emmanuel Macron (C) et son homolgue malien (en blanc) Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 mai 2017 à Gao au Mali, avec les troupes présentes sur la base de l'opération française Barkhane / © POOL/AFP / CHRISTOPHE PETIT TESSON

Le président français Emmanuel Macron (C) et son homolgue malien (en blanc) Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 mai 2017 à Gao au Mali, avec les troupes présentes sur la base de l’opération française Barkhane / © POOL/AFP / CHRISTOPHE PETIT TESSON

Son premier déplacement hors Europe, le plus jeune président de la cinquième République l’a réservé aux armées françaises dont il est aussi le chef suprême. Le candidat à la présidentielle avait promis lors de sa campagne que sa première visite serait réservée aux troupes françaises en opérations extérieures. Après le traditionnel voyage à Berlin de tout président français élu de ces dernières années, le choix d’Emmanuel Macron s’est porté sur les soldats de l’opération Barkhane basée à Gao, principale ville du nord du Mali.

Le respect des aînés

Pour gagner l’élection présidentielle en France, Emmanuel Macron a grillé la politesse à tous ses aînés, et pas des moindres. Personne ne connaissait son nom avant qu’il entre au cabinet de François Hollande comme conseiller en 2012. Il est ensuite devenu ministre dans le deuxième gouvernement de Manuel Valls. Avant de lancer le mouvement En Marche, dont il a été le candidat à la récente présidentielle, avec le résultat que tout le monde connaît. C’est une première sous la cinquième République. Une performance unanimement saluée, malgré la transgression évidente des règles tacites de la politique française. Cela dit, toutes les transgressions ne sont pas bonnes à prendre. Le fait que le président français ait choisi d’aller directement à Gao, sans passer par Bamako, en est une. Au-delà de la frustration  que peuvent ressentir les Maliens et Français de Bamako qui auraient apprécié que le président fraîchement élu et investi vînt goûter à leur sens de l’hospitalité, il y a aussi le fait qu’elle oblige son homologue et non moins aîné (au poste et au compteur biologique) Ibrahim Boubacar Keïta – à voyager pour le recevoir.

 

Honorer ses promesses de campagne ne peut pas être perçu comme du communautarisme. En revanche, le faire sans se préoccuper de la manière peut être assimilé à un impair. Le premier impair du Messi/messie (c’est selon) de la classe politique française.

Bamako après/comme Berlin

Si la tendance se confirme, Bamako sera en Afrique ce que Berlin est en Europe pour les présidents français en début de mandat : une destination incontournable. A une différence près, et elle est de taille. Berlin est la capitale de l’un des deux poumons de l’économie européenne. Quant à Bamako, c’est la capitale d’un vaste pays que la France essaie de sauver du péril djihadiste depuis maintenant quatre ans. Dans l’un des cas de figure l’on est dans un rapport d’égalité entre partenaires, dans l’autre il y a la main qui donne et celle qui reçoit. La main qui donne peut souvent se permettre des écarts de comportement, voire des écarts de langage, à l’instar de Nicolas Sarkozy dans son discours de Dakar.

L’autre main, dans sa posture de dominée, doit essayer de rester digne. Même quand son président est traité comme un vulgaire gouverneur général de la période coloniale. Je ne veux pas jouer les Cassandre quant à la politique d’Emmanuel Macron en Afrique, cependant je vais esquisser une proposition. Qu’il essaie de mettre la forme, sinon le fond sera pris et attaqué pour ce qu’il est (ou n’est pas) : la permanence d’une certaine arrogance française en Afrique.

La fin de la françafrique

Les Africains aimaient bien les bains de foule de François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande, pour n’en citer que trois. Pourtant ils exigeaient – et exigent toujours – la fin de la françafrique du Franc CFA, des bases militaires françaises et des accords de coopération opaques. Le temps d’un bain de foule dans leurs capitales, ils mettaient ces revendications légitimes en sourdine pour donner et recevoir de la chaleur humaine. Le président Macron a dans son équipe Sibeth Ndiaye qui a crevé l’écran lors de la diffusion du documentaire sur l’ascension du Mozart de l’Elysée. Il a un garde du corps noir. En revanche, pas de ressortissant d’Afrique subsaharienne dans le premier gouvernement d’Edouard Philippe, son Premier ministre. Le président prive les semblables de Sibeth Ndiaye et de son garde du corps à la fois de chaleur et d’estime. Son prochain voyage africain sera probablement au roi du Maroc Mohamed VI.

Auteur: Louis Keumayou

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