QUE VIVE L’IMPUNITÉ POUR QUE MEURE LA RD.CONGO

QUE VIVE L’IMPUNITÉ POUR QUE MEURE LA RD.CONGO

Andre Kimbuta, Gouverneur de la province ville de Kinsahsa, RDC

Andre Kimbuta, Gouverneur de la province ville de Kinsahsa, RDC

Jamais l’impunité n’avait atteint un tel niveau dans mon pays. Elle est désormais un mode de gestion de la cité selon que l’on est avec ou contre le pouvoir. Nous sommes en plein dans l’inacceptable, le sidérant, l’ahurissant, l’hallucinant ! Comment peut-on laisser un Gouverneur en poste après qu’il a dit en public, pendant un Forum en lequel tous les Congolais placent leur espoir pour la sortie de crise qui mine leur pays, qu’il avait corrompu un député avec l’argent du contribuable (40 000 USD) ! Comment peut-on interpréter le silence du Procureur général de la République qui doit normalement se saisir d’une telle affaire pour ouvrir très rapidement une enquête judiciaire pour corruption active ? Comment doit-on juger les « amis » politiques de ce « corrupteur » et de ce « corrompu » qui ne réagissent pas et font comme si tout était normal ? Quelle idée doit-on avoir de la classe politique congolaise ?

LA CORRUPTION, L’ARME FATALE DE KIMBUTA DEPUIS 2007

André Kimbuta a été élu gouverneur de la ville à l’issue d’un scrutin au suffrage indirect très controversé et investi dans ses fonctions au terme de l’Ordonnance présidentielle no 07/010 du 16 mars 2007 portant investiture du Gouverneur de la ville de Kinshasa, après confirmation de son élection par la Cour suprême de justice.

Son élection a été controversé parce que l’Assemblée provinciale, qui l’avait élu, était majoritairement de l’Opposition alors qu’il représentait la majorité. Mais Kimbuta avait le soutien de Joseph Kabila qui ne pouvait accepter que Kinshasa, capitale et siège de toutes les institutions de la République soit dirigée par l’Opposition. Louis Michel le lui avait fortement recommandé. C’était une question de survie politique. D’où la décision de tout faire pour l’emporter. Les moyens furent donc débloqués pour ce faire. Et depuis, Kimbuta a mis dans sa poche toute l’assemblée provinciale majoritairement de l’opposition. Son président, Roger Nsingi est devenu le plus fervent avocat de Kimbuta qu’il soutient plus même que son parti, le MLC de Jean-Pierre Bemba. Avec la complicité, bien entendu, des cadres du MLC qui sont servis au passage pour fermer les yeux.

Rassuré par cette manière de gérer la ville, c’est à dire corrompre à tout va pour s’assurer l’impunité afin de voler en paix, Kimbuta a excellé et perfectionné ses méthodes en élargissant l’assiette de ses obligés. Grâce à l’argent de la ville de Kinshasa, qu’il gère comme sa fortune personnelle, Kimbuta a réussi à devenir le président provincial du PPRD, le parti présidentiel et son grand financier. Aucune manifestation de ce parti ne peut se tenir à Kinshasa si elle n’est pas financé par Kimbuta himself. Devenu le coffre-fort du parti et intouchable par l’assemblée provinciale, il pouvait désormais s’adonner à cœur joie à la gestion calamiteuse de la capitale congolaise et menacer tout celui qui voulait se dresser en travers de son chemin de l’écraser avant de le raser. D’où ce passage sans transition de Kin-la-belle à Kin-la-poubelle, une ville hideuse et lugubre à l’image du pays où le faux est devenu le vrai, l’usage du faux une nature. Un pays où les antivaleurs se sont qualifiées pendant que les valeurs se liquéfiaient.

KIMBUTA, LE ROI DE LA VILLE DE KINSHASA

Gouverneur élu, André Kimbuta présente son programme quinquennal du gouvernement provincial évalué à 1,5 milliard de dollars américains. C’était le 31 mai 2007 à l’occasion de la grande plénière de l’Assemblée provinciale tenue dans la salle Cinépolis sise commune de la Gombe.

Bien avant d’entrer dans le vif du sujet, le président de cette Assemblée, Roger Nsingi avait tenu à « conscientiser » les 46 députés provinciaux présents sur l’acte translatif qu’ils étaient appelés à poser en âme et conscience, lequel allait consacrer l’entrée en fonction du Gouvernement provincial tel que prévu dans l’article 198 de la constitution. Il leur « recommanda » en outre un sens élevé de responsabilité politique et de maturité, de la vigilance pour se décider sans complaisance sur le sort des kinois. Car, dit-il, la population avait le regard braqué sur eux.

Le programme quinquennal était ambitieux et volontariste. Il mettait l’accent sur les actions prioritaires à impact visible et immédiat. Son objectif global, la restauration de la capitale congolaise. Quant aux objectifs sectoriels, il visait l’amélioration des conditions de vie des Kinois tout en traduisant dans les faits, la réalisation des 5 chantiers portés à bout de bras par Joseph Kabila. Partant, il ambitionnait de réaliser un taux de croissance élevé du produit intérieur brut.

André Kimbuta avait même un slogan qui ne quittait plus sa bouche : «rupture, innovation et développement », de quoi mettre du baume au cœur des Kinoises et Kinois !

Tous les domaines de la vie était concernés par le programme quinquennal de Kimbuta sauf un, la corruption qui n’était plus sa préoccupation. Pourquoi ? Ce qui est vrai c’est qu’il n’avait fait aucune mention sur la lutte contre la corruption ni réfléchi sur la création de taxes urbaines mais il s’était plutôt plus accroché au recouvrement des recettes.

RECOUVRER LES RECETTES, PREOCCUPATION MAJEURE DE KIMBUTA

Accroché au recouvrement des recettes pour vite s’enrichir, Kimbuta, une fois en fonction, se mit à créer à tour des bras des régies qui pouvaient lui permettre de recouvrer un maximum des recettes, ses revenus.

1. DGRK (La direction générale des recettes de Kinshasa)
La Direction générale des recettes de Kinshasa est créée le 22/01/2008 par l’Edit n° 0001/08, pour venir en appuis à l’entité décentralisée qui est la province de Kinshasa. Elle dépend du gouverneur provincial et les lois émanent du parlement provincial.

Dès sa création à ce jour, la DGRK est une propriété privée de Kimbuta, sa pompe à sous, qu’il gère avec un groupe d’amis très peu recommandables. Il arrive régulièrement à la DGRK, malgré la mobilisation des recettes, de ne pouvoir payer ses agents, ceux-là même qui mobilisent les recettes.

Selon nos sources la DGRK ne fait plus recettes. Elle rapportait jusqu’à 2 millions de dollars le mois. D’où le surendettement de la ville de Kinshasa à hauteur de plusieurs millions de dollars et pour faire face à certaines dépenses, Kimbuta a hypothéqué les futures recettes de la DGRK auprès de la Raw Bank (où il serait devenu associé avec les frères Rawji).

2. RIMMOKIN (Régie Immobilière de Kinshasa)
La RIMMOKIN est un Service public à caractère technique et commercial doté d’une autonomie administrative et financière.

Elle a pour mission la construction, la commercialisation et la mise à disposition des logements ; l’identification des sites de construction pour les projets immobiliers ; la conception des études de viabilisation desdits sites ; l’exécution de tous projets immobiliers de la Ville de Kinshasa ; la gestion et le suivi de ces projets ; la promotion de ces projets auprès de la population ; la recherche des financements auprès de différents partenaires ; la réussite financière et sociale de ces projets ; l’édiction de la réglementation du lotissement et la veille à son application ; l’identification et la gestion du patrimoine immobilier privé de la Ville de Kinshasa ; l’appui à la production et la promotion des matériaux locaux de construction ; l’accomplissement de toutes autres missions en rapport avec son objet.

Au cours de son existence, la RIMMOKIN avait réalisé un merveilleux travail d’identification du patrimoine immobilier privé de la Ville de Kinshasa. Et on avait découvert que le patrimoine immobilier de la ville était scandaleusement spolié, particulièrement par un Groupe auquel la deuxième république avait confié ce patrimoine. Les résultats de ce travail restèrent secrets pour des raisons évidentes. Grâce à une de ses filles qui nage dans la majorité au pouvoir, les cuisses de la république, ce groupe est intouchable. Kimbuta put récupérer ce qu’il pouvait mais le mit à son compte privé !

3. DE TRANSKIN (Régie de transport de Kinshasa) a NEW RETRANSKIN
La TRANSKIN ne dura que quelques mois avant d’être remplacée par la New Retranskin, une arnaque car la régie n’avait aucune trace au Journal officiel ! En réalité la New Retranskin était la propriété d’un congolais expatrié en Chine à qui Kimbuta avait donné la couverture et la logistique de la ville de Kinshasa, quitte à en tirer des dividendes personnelles, tant sur le plan politique que financier. Les Bus de Transkin furent achetés avec l’argent de la ville mais la gestion fut privée et la ville n’avait aucun droit de regard sur la destination des recettes. A l’inauguration de New Retranskin avec un premier lot de 60 bus, Kimbuta affirma pourtant qu’il s’agissait d’une acquisition sur fonds propres de la ville !

De Retranskin à New Transkin, Kimbuta n’a jamais expliqué quand est-ce qu’il avait procédé à la liquidation de la première pour la remplacer par la nouvelle.

Pour couronner le tout, Kimbuta avait estampillé les bus New Transkin du logo de la ville de Kinshasa. Cet estampillage avait été monnayé à coups de plusieurs centaines de milliers de dollars parce qu’il donnait tous les avantages des sociétés publiques à une société privée.

4. RATPK (Régie d’assainissement et des travaux publics de Kinshasa).
Sentant que l’Union européenne avait un financement de quelques millions pour la collecte des ordures urbaines, Kimbuta s’empressa de créer la RATPK et la dota de quelques vieux engins ramassés dans les casses européennes ou proposés par ses « amis » vivant en Europe. Bien de ces engins n’ont jamais été fonctionnels une fois à Kinshasa mais il fallait donner l’impression de travailler. C’est la même chose avec les camions anti-incendie qu’il avait acheté pour Kinshasa. Des camions que l’on ne voit que dans les musées des sapeurs-pompiers ici en Europe et qui ne démarrent même pas. Imaginez alors quand il y a incendie dans une ville de 12 millions d’âmes où l’eau courante est plus rare aux robinets !

Curieusement, depuis que l’Union européenne a passé le relais aux Congolais, les déchets débordent partout dans la ville, faute de moyens d’évacuation.
Lors de la remise du programme Parau à l’exécutif urbain, le pouvoir central avait pourtant promis de verser mensuellement, et pendant 12 mois, une enveloppe de 600.000 dollars au bénéfice de la RATPK chargée d’exécuter les travaux. C’était à l’époque du macroéconomique Matata Pognon (détourné). Depuis, il a été remplacé par Badibanga « Ç’a mis » du temps pour comprendre sa mission à la tête du gouvernement qui ne se magne pas son cul pour résoudre la crise des immondices. Allez, circulez, nous sommes souverains, la ville pue mais il n’y a rien à signaler.

UNE GESTION CALAMITEUSE DE KINSHASA : ALLO ASSEMBLÉE PROVINCIALE

A cause de cette gestion calamiteuse, l’Hôtel de ville de Kinshasa est aujourd’hui en cessation des paiements et accuse de dettes dans quasiment toutes les banques commerciales de la place. Au bas mot, 50 millions de dollars, renseignent des sources. Officiellement, l’Hôtel de ville détient 113 comptes auprès des banques de la place. En réalité, il en détiendrait plus de 200 mais aurait résolu de ne pas déclarer plus de 80 comptes dits spéciaux, par ailleurs non accessibles aux comptables publics, pour éviter des saisies. Des banques récupèrent, en effet, leurs crédits à la moindre recette versée par l’hôtel de ville. Pis, la chaîne des dépenses du gouvernement de la capitale est parsemée de ténébreuses zones d’ombre. Les recettes relevant des industries « tabassicoles » et brassicoles ont été déjà hypothéquées pour plusieurs années.

L’état physique de la ville de Kinshasa laisse à désirer. La ville est orpheline d’une gestion orthodoxe à tous les niveaux depuis 2007, l’année de l’élection de Kimbuta, la calamité, à sa tête. Tout est désastreux : l’état de routes, l’assainissement, les tracasseries, la sécurité, l’air, etc. L’assemblée provinciale, organe de contrôle, ne joue pas son rôle et n’éclaire pas les Kinois sur la gestion chaotique de cette mégalopole. Mais on sait qu’elle ne peut rien faire parce qu’elle est dans la poche du kleptocrate Kimbuta.

La gestion de la ville de Kinshasa est devenue le fait divers le mieux relaté dans les conversations des Kinoises et Kinois. Pas un jour ne passe sans un reportage à la télévision, à la radio ou dans les journaux pour montrer la dégradation des infrastructures de la ville de Kinshasa ou sur l’inaction des autorités. Outre le traitement dans les médias, les Kinois ne cachent plus leur ras-le-bol sur les réseaux sociaux, dans le transport en commun ou lors des discussions occasionnelles. Les Kinois regrettent que, malgré les multiples interpellations, le gouvernement provincial fait la sourde oreille. Aucun feed-back ne vient des autorités de la ville. Toutes les doléances des Kinois butent contre un mur de silence sinon de l’inaction du gouverneur et de ses ministres provinciaux.

KINSHASA SENT LA POUBELLE MAIS KIMBUTA NE RESSENT RIEN !

Depuis le départ, mi-2016, de l’Union européenne du projet Parau, qui s’occupait de la gestion des immondices dans quelques communes de la ville, les Kinois redécouvrent les montagnes d’immondices qu’ils avaient oubliées pendant près de sept ans d’exécution de ce programme d’assainissement. Depuis que cette charge est revenue à l’hôtel de ville de Kinshasa, les points de collecte d’immondices, éparpillés dans les neuf communes de Kinshasa, ne sont pas évacués avec toutes les conséquences néfastes sur la santé. Les odeurs pestilentielles infestent des quartiers entiers.

Le ridicule ne tue pas en RDC. Il vous souviendra que le 15 février 2012, André Kimbuta avait suspendu de leurs fonctions les bourgmestres des communes de Barumbu, Bumbu et Lemba pour l’état jugé insalubre de leurs communes ! Deux autres bourgmestres, ceux de Mont-Ngafula et Kalamu, avaient aussi été blâmés. Le gouverneur de la ville de Kinshasa s’était dit, à l’époque, déçu du comportement des bourgmestres sanctionnés, les qualifiant de « simples figurants qui ne l’épaulaient pas dans les travaux d’assainissement » de la ville.

De même, plusieurs mesures prises par l’Hôtel de ville de Kinshasa dans le cadre non seulement de l’esthétique de la ville mais aussi dans le cadre réglementaire, pour éviter les désordres, souffrent d’application sinon de suivi. C’est le cas de la couleur des véhicules de transport en commun. Selon les arrêtés pris par le gouverneur, tous les véhicules de transport en commun devaient être peints aux couleurs nationales (rouge, jaune, bleu ciel). Cette mesure semble jetée dans la poubelle puisque même certains bus de transport de l’Hôtel de ville ne sont pas aux couleurs nationales. Une cacophonie tolérée par l’Hôtel de ville.

Tout se passe comme si la ville n’est pas gouvernée. Alors qu’il y a un gouvernement en place depuis 10 ans.

LE CHIEN ABOIE, LA CARAVANE BENIE PAR LE RAÏS PASSE

Les peuples n’ont que les gouvernements qu’ils méritent, dit-on. Et s’il y a un infime doute sur cette sentence historique, la gestion calamiteuse de Kimbuta sous le silence incompréhensible des Kinois et de sa famille politique lève définitivement le voile sur cet imbroglio. En effet, cette gestion étaie la thèse selon laquelle le gouvernement est à l’image de son peuple. Dans notre cas, les Kinois, qui ont courbé l’échine depuis des décennies pour mieux danser Mokongo ya koba, ne peuvent avoir à sa tête qu’un gouverneur de l’acabit de Kimbuta, monsieur fumette. Entre les deux, il y a bien sûr une relation de symbiose. Cette relation est entre le régime et sa clientèle. Mais, pourquoi les Kinois, si virulents sur des sujets veules comme la sape, le football, les fesses et autres, ne sont-ils pas capables de revendiquer leurs droits et d’exiger la démission de ce « monsieur joint » très peu recommandable qu’est Kimbuta ? La raison est simple. A Kinshasa, il n’existe aucun contre-pouvoir. Bien que Kimbuta et son parti claironnent qu’ils gouvernent au nom du peuple, force est de reconnaître que ce dernier est étranger à ce qui se trame contre lui. Sinon comment comprendre que douze millions de Kinois, sinon plus, assistent, comme des moutons, à la gestion calamiteuse de leur ville et en subissent les retombées négatives sans broncher ?

Un fin limier me rassure, enfin. Tant que Kimbuta sera protégé par Joseph Kabila, qui veille à ses intérêts que Kimbuta protège, rien ne pourra lui arriver et personne ne pourra l’inquiéter.

VOILA LES GENS QUI VEULENT CONTINUER A GERER LE PAYS !

Blaise Kapampy
Directeur des publications du magazine Afro News


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