RD Congo – Sœur Maria : toute sa vie au service de la vie

RD Congo – Sœur Maria : toute sa vie au service de la vie
Maria Concetta

La religieuse italienne Maria Concetta, 81 ans, parle avec des mères dans l’hôpital de Zongo, en RDC le 21 juin 2015|AFP

« Il faut la laisser, c’est elle qui accouche nos femmes » c’est ainsi qu’un militaire a sauvé la vie à Sœur Maria, lors de la première guerre du Congo (1996-1997).

Petite et frêle, lunettes sur le nez, sœur Maria qui fêtera ses 81 ans le 18 juillet prochain, déclare avoir aidé 34 600 enfants à venir au monde. Originaire de la Sardaigne, Sœur Maria Concetta Esu a posé ses bagages à Zongo, dans la province d’Equateur, en République Démocratique du Congo en 1959, un an avant l’indépendance et, depuis, elle sillonne d’un pas toujours énergique la maternité de la mission des filles de Saint Joseph de Genoni, son ordre.

« Le service d’accoucheuse, ça me donne beaucoup de joie parce que Dieu donne la vie mais, il n’accouche pas » déclare-d’elle auprès de l’AFP. Aussi, lorsqu’elle a rencontré le Pape François, elle lui a demandé de bénir ses mains car celles-ci « touchent les enfants. » A Zongo, une quarantaine de bébés naissent chaque mois à la maternité de Zongo dont les équipements de santé, fournis essentiellement par la coopération italienne, sont plus modernes que ceux des autres établissements de plusieurs grandes villes.  Certains de ces enfants portent le nom de Sœur Maria.

Formée en Italie au métier d’infirmière, elle a suivi une formation en Médecine tropicale en Belgique. Maitrisant parfaitement le lingala qui est la langue la plus répandue dans la province, Sœur Maria a été témoin des grandes crises que le pays a traversées. Et, certains événements l’ont plus marqué que d’autres tels que les édifices chrétiens saccagés lors de la mise en place de la politique du retour à l’Authenticité sous le régime de Mobutu (1965-1997), car ils étaient considérés comme étant une importation de l’Occident. Elle se souvient également, de l’interdiction de baptiser son enfant avec un nom chrétien.

Elle évoque également l’entrée de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) durant la première guerre du Congo (1996-1997) et raconte : « Dans notre mission, ils sont entrés et ont tout volé. Avec une des mes consœurs, nous sommes allées à la maternité avec les malades, croyant qu’on allait respecter cet endroit, mais ils ont tout détruit et on m’a enfermée dans une chambre avec un orphelin de trois mois. ». Et, elle se rappelle qu’un militaire l’a protégée d’un autre qui voulait la tuer : « il lui a dit : il faut la laisser, c’est elle qui accouche nos femmes. »

Après cet épisode, elle s’est réfugiée, pendant un mois, à Bangui, la capitale centrafricaine, juste en face de Zongo. Elle poursuit, alors son récit avec la deuxième guerre du Congo (1998-2003) et dit que pendant cette période, la mission n’a subi aucun pillage des rebelles de Jean-Pierre Bemba, ancien vice président congolais, jugé par la Cour Pénale Internationale pour des crimes que ses troupes auraient commis en Centrafrique au début des années 2000.

Malgré toutes les violences, Sœur Maria n’envisage pas de s’enfuir : « Moi, je veux rester ici, je ne veux pas être déserteur.» En mars 2013, lors de la guerre centrafricaine entre la Séléka et les milices anti-balaka, la mission a accueilli et soigné les blessés.

Alors que la RD Congo s’chemine vers un cycle d’élections qui vont s’achever avec les présidentielle de novembre 2016, Sœur Maria qui craint de nouveau les troubles, déclare avec forces et convictions : « J’ai donné ma vie ici, je donnerai aussi mes os. »

Safi Fele

© OEIL D’AFRIQUE

 

Safi Fele

Safi Fele

Journaliste basée à Paris.



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