RDC – Albert Moleka: « Une dictature est toujours prête à partager des postes mais jamais le pouvoir. »

Albert Moleka,

Albert Moleka.

Après six années comme Directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi et un court passage à l’UDPS-Kibassa, Albert Moleka avait choisi le silence médiatique pour revenir aux choses essentielles et approfondir sa réflexion sur l’action politique en RD Congo.

Homme de conviction, en octobre 2016, il a claqué la porte du dialogue de la cité de l’OUA pour absence de transparence. Au cœur du dernier combat mené par Etienne Tshisekedi (2011), Albert Moleka a choisi Œil d’Afrique pour faire un décryptage de l’actualité congolaise. Interview.

Oeil d’Afrique : Vous avez été Directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi durant plusieurs années (octobre 2008 à février 2014). Sa disparition a été un choque pour des nombreux congolais. Comment aviez-vous reçu cette triste nouvelle ?

Albert Moleka : Avec une immense tristesse, bien sûr. D’autant plus que la majorité des congolais n’y étaient pas moralement préparée.

Quinze jours après la disparition d’Etienne Tshisekedi, sa dépouille est toujours à Bruxelles où il a perdu la vie. Comment expliquez-vous ce long délai avant son enterrement ?

L’extrême « politisation » des conditions posées pour le rapatriement de sa dépouille a compliqué une situation qui aurait pu être gérée autrement en privilégiant le besoin des congolais de rendre un hommage digne et mérité à cet exceptionnel leader dans les plus brefs délais selon nos traditions.

Selon vous Etienne Tshisekedi avait affirmé que 2011 (élection présidentielle) était son dernier combat en tant que politicien actif. Qu’est-ce qui a fait qu’il est continué ses activités politique au-delà de cette période ?

A mon avis, il a du estimer que c’était son devoir, malgré son état de santé précaire. Personnellement je le regrette, d’autant plus qu’après sa victoire aux présidentielles de 2011 et en l’absence d’un quelconque imperium, il avait l’opportunité d’exercer pleinement son rôle de patriarche pour TOUS les Congolais.

L’Après Etienne Tshisekedi pourrait poser problème autant à la tête de l’UDPS, qu’au Rassemblement et à la tête du CNSA. Quel est l’avenir de l’opposition congolaise ?

Il va de soi que l’opposition congolaise a intérêt à intérioriser le fait qu’un cycle de son histoire a pris fin et qu’un nouveau cycle historique se présente. L’opposition devrait se redéfinir rapidement face à un pouvoir autoritaire et répressif dont la nature n’a pas changé depuis la 2ème république. L’opposition en RDC est elle-même atypique car 80% de ses leaders proviennent du pouvoir c-a-d ont participé à la gestion du régime Kabila. En plus, leur positionnement dans l’opposition n’est pas la conséquence d’un différend idéologique mais plutôt souvent de disputes dans l’exercice du pouvoir résultant en une mise à l’écart.

Après l’UDPS-Tshisekedi, vous aviez intégré l’UDPS-Kibassa. Aujourd’hui, vous êtes sans parti politique. Allez-vous créer un mouvement politique ou intégrer un existant ?

Il y a 604 partis politiques en RDC. Je ne pense pas que l’on ait besoin de plus de partis politiques. De plus, les partis politiques me semblent avoir clairement démontré leurs limites dans l’exigence de transformation de la société congolaise ou « le changement », tel qu’on l’appelle.

En 2014, vous étiez un des premiers à dénoncer les dangers du « glissement » du mandat présidentiel. Pourquoi avez-vous eu du mal à faire échapper au Congo cette période d’incertitude politique ?

Déjouer la manœuvre planifiée du « glissement » requérait la conjonction de plusieurs facteurs et la volonté pro-active conjuguée de plusieurs forces et milieux politiques et financiers tant nationaux qu’internationaux. Ce qui s’est malheureusement avéré impossible.

Après deux accords (octobre et décembre 2016), la RD Congo semble incapable de sortir de la crise politique. Qu’est-ce qui a échoué dans les négociations ayant abouties aux accords ?

Je relève deux causes majeures : 1. L’absence de bonne foi due à une méfiance mutuelle ; 2. L’objectif prioritaire déclaré avant les négociations ou dialogues, à savoir l’organisation des élections, est rapidement relégué au second plan dans les faits, au profit du partage des postes. Or, partage des postes ne veut pas dire nécessairement partage du pouvoir. Une dictature est toujours prête à partager des postes mais jamais le pouvoir.

Déjà deux mois se sont écoulés depuis la signature de l’accord de la saint sylvestre. Croyez-vous encore à la tenue des élections en décembre 2017 ?

Je n’y ai jamais cru, tout comme je n’ai jamais cru à la tenue des élections en avril 2018.

En cas d’élections, seriez-vous candidat ? Si oui pour quelle élection ? Législative ? Présidentielle ?

Invité sur le plateau de vos confrères de France24 le 12 février 2015, à la question si j’étais candidat à la succession d’Etienne TSHISEKEDI (j’étais encore membre de l’UDPS-Tshisekedi à cette époque), j’ai déclaré que je n’étais pas candidat à sa succession mais que je serai candidat à de hautes fonctions dans mon pays. La fonction ciblée dépendra de la mission dont je me sentirai investi avec conviction. De nature je ne suis pas nourri ou poussé par l’ambition mais par le sens d’une mission à accomplir pour la communauté. C’est ainsi, par exemple, que je suis aumônier des prisons depuis 23 ans.

Le député Né Muana Nsemi à la tête des BDK est accusé d’outrage au chef de la république. Il est depuis recherché par la police congolaise. Ces éléments armés ont tenu tête aux forces de l’ordre durant plusieurs heures. Existe-t-il la liberté d’expression au Congo est surtout pour les représentants du peuple ?

La liberté d’expression est fermement contrôlée. Voyez seulement le nombre de vos confrères journalistes assassinés, réprimés et arrêtés par le régime au pouvoir comparé au régime du maréchal Mobutu et vous serez édifié. En RDC, toute vérité n’est pas bonne à dire. Notons aussi que la liberté d’expression s’accompagne du devoir de respect de la loi. En ce qui concerne la liberté d’expression des représentants du peuple, on remarque que la procédure de flagrance est utilisée à n’en point finir pour réduire au silence ceux qui, aux yeux du régime, dépassent les bornes.

La question ethnique semble être au centre de la tension qui minent le Congo. Comment lutter contre les idées séparatistes ?

On peut reprocher beaucoup de choses au régime du Maréchal Mobutu, mais on lui doit la consolidation de la Nation Zairo-congolaise. Mais cette richesse durement acquise a été dilapidée méthodiquement par ses remplaçants successifs. Il faut restaurer l’utilité et l’autorité de l’Etat.

Plusieurs acteurs politiques sont en prison pour des raisons variés, dénoncées par leurs partis et ONG des droits de l’homme. La case prison est-elle normal pour des leaders politique d’un pays dont le nom porte le mot « démocratie » ?

Je vous répondrai par mon constat d’aumônier des prisons. Sous Mobutu, la prison de Makala, construite par le colonisateur pour une population carcérale de 1200 âmes, ne contenait jamais plus de 1200 à 1400 détenus. Et dans ce dernier cas, le Ministre de la Justice dépêchait une mission pour libérer tous les prisonniers détenus illégalement. Actuellement la même prison compte plus de 8.000 détenus dont plus de la majorité le sont en violation de la loi. Le problème ne concerne pas seulement la détention de leaders politiques mais de tout congolais quelque soit son statut social.

Propos recueilles par Roger Musandji Nzanza

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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