RDC : Déstabilisation de l’opposition et après ?

Opposition congolaise autour d'Etienne Tshisekedi à Bruxelles.

Opposition congolaise autour d’Etienne Tshisekedi à Bruxelles.

Le rêve de la majorité présidentielle (MP) serait en voie de se réaliser. La grande famille de l’opposition congolaise a choisi la carte de l’éclatement. Le Rassemblement des forces acquises au changement et son parti leader l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) sont devenus en 48 heures des monstres à trois têtes.  

Ce qui inquiétait les observateurs de la politique congolaise va finalement avoir lieu. La disparition d’Etienne Tshisekedi en est l’élément déclencheur. Leader incontesté de l’opposition, le président de l’UDPS avait réussi à réunir derrière son parcours d’homme de valeurs, dévoué pour l’intérêt national, des personnes profondément divisées sur les questions essentielles mais alliées pour obtenir le départ du Président Joseph Kabila. Aujourd’hui le spectacle est tout autre. Les amis de circonstance se font la guerre et les munitions ne manquent pas. 

Le Rassemblement né après le conclave de Genval (Belgique) n’avait de raison d’exister qu’avec la présence d’Etienne Tshisekedi. Il s’agissait de former un groupement assez fort en poids politique pour rivaliser avec la machine électorale qu’est la majorité présidentielle constituée de 250 partis.  

L’UDPS seul, bien qu’installé dans la quasi-totalité du territoire congolais ne pouvait mener seul la bataille. Il a donc fallu imiter Noé avec son arche. Des opposants de première heure comme Martin Fayulu, Joseph Olenga Nkoyi se sont retrouvés dans Le navire avec Olivier Kamitatu, Moise Katumbi, Katebe Katoto et Kyungu wa Kumwanza des anciens membres de la MP devenus des opposants. Un mélange des genres qui ne peut que servir les intérêts d’un pouvoir en perte de légitimité. 

Les guerres de succession ont souvent conduit à des dommages irréversibles. Considérés comme des fils spirituels et héritiers du combat pour l’établissement d’un État de Droit au Congo, les lionceaux du Rassemblement se battent pour le trône. Les résultats d’une succession mal préparée sont légions. Au Togo, après la mort du Président Eyadema, son fils, Faure Gnassingbé le succède et choisi d’écarter son frère Kpatcha en le mettant en prison. De même qu’au Gabon, Ali Bongo en fait voir de toutes les couleurs à sa famille et surtout à son Jeune-frère Christian Bongo, un opposant en interne. Pis en Corée du Nord avec l’assassinat en plein aéroport de Ping Jong-Nam demi-frère du Président Ping Jong-Un, devenu trop occidentalisé et gênant pour le pouvoir de Pyongyang.  

Mais la RDC n’en est pas encore là. Pour l’heure, on parle de trahison. On s’auto-exclu. On constate, on dénonce, on interdit l’usage du Nom et des emblèmes du parti. Pourtant une chose paraît évidente. Dans le cas du Congo, il y a bien un maître du jeu qui tire les ficelles. Joseph Kabila et ses conseillers ne sont jamais très loin des opposants qui décident d’affronter publiquement leur propre famille politique.  

Un membre du Rassemblement explique : « j’ai appelé Katebe Katoto au lendemain de la déclaration de son souhait d’être Premier Ministre. Je connais les manigances de la majorité. Je lui ai fait part du piège qui lui était tendu. Mais le vieux n’avait pas voulu revenir à la raison. » Joseph Kabila s’emploie à débaucher des opposants comme l’avait institutionnalisé le Président Mobutu. Cette pâte des mobutistes entourant le Président Kabila laisse de plus en plus de trace. « Onlenga nkoyi fait parti de ceux qui n’ont jamais coupé le contact avec la Kabilie. L’épisode des concertations nationales l’avait énormément contrarié et conduit à se radicaliser. Mais, nous avons toujours su qu’il ne résistera pas à l’appel d’une promesse digne de ses ambitions cachées. » explique notre source.  

À la sortie de prison de Bruno Tshibala, une autre source d’Oeil d’Afrique expliquait qu’il était dans la remise en question de plusieurs choses. « En prison, Bruno Tshibala s’est senti abandonné. L’UDPS n’a pas eu l’attitude qu’il fallait. En plus de douter de ses amis de combat, la prison est l’endroit rêvé pour rencontre et discuter en toute discrétion. » 

Au regard de l’actualité politique en RDC, on peut facilement voir les marques d’une politique de débauchage. La nomination de Felix Tshisekedi à la tête du Rassemblement et celle de Pierre Lumbi au Conseil des sages sont contestées par une frange constituée de Joseph Olenga Nkoyi, Freddy Matungulu, Bruno Tshibala et d’autres membres de la Dynamique de l’opposition.  

Quels sont les lauriers dont peut bénéficier la majorité présidentielle ? À quoi sert cette déstabilisation de l’opposition alors que les congolais attendent avec impatience leur rendez-vous avec la démocratie? La MP ne peut se gargariser d’installer un peu partout dans le pays des cellules préparant les élections sans veiller à la bonne marche de l’enrôlement qui serait déjà entachée d’irrégularités avec la présence des frontaliers enregistrés comme des congolais. 

Aux yeux de la population, l’opposition a épuisé son crédit. Il va falloir faire preuve de courage politique pour reconquérir les âmes des congolais. Le journaliste Joel Cadet a sur sa page Facebook formulé une demande on ne peut plus claire. « Le Rassop, à mon humble avis, j’assume, doit quitter la table des négociations et abandonner toute l’idée de conquérir le pouvoir par des arrangements. Si vraiment leur souci primordial est le Peuple, qu’ils se battent pour l’organisation des élections crédibles. Que l’attention revienne sur la CENI. » 

En divisant l’opposition, Joseph Kabila s’auto fragilise. Son rendez-vous face au peuple sera bien plus complique que ce que les conseillers de minuit peuvent dire. Mobutu ayant fragilisé l’opposition s’est retrouvé face à des mouvements extérieurs et l’histoire peut en témoigner. 

Roger Musandji Nzanza  

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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