RDC- Emmanuel Ilunga : Je ne suis pas un traître et je n’ai jamais trahi.

 

Emmanuel Ilunga

Emmanuel Ilunga. Capture d’écran Youtube

Le 20 décembre 2016, le Premier ministre Samy Badibanga a publié son gouvernement de transition dans lequel vous êtes membre en qualité de vice-ministre en charge des Congolais de l’étranger. La trahison a le goût de miel pour vous, n’est-ce pas ?

Emmanuel Ilunga : Je vois où vous voulez en venir. Je ne suis pas un traître et je n’ai jamais trahi. Je signale que je suis Président d’un parti politique, ARP, qui avait librement adhéré au Rassemblement. J’ai été officiellement reçu, au vu et au su de tous, par Edem Kodjo quand il se battait pour la convocation du dialogue dit du camp Tshatshi. J’ai battu campagne pour ce dialogue parce que j’y croyais foncièrement comme moyen idéal pour sortir le pays de la crise. Le moment venu, j’y ai été invité mais j’avais officiellement décliné l’invitation parce que j’estimai que nos revendications légitimes, dans le cadre du Rassemblement, n’étaient pas prises en compte par les organisateurs. Si j’étais à la recherche des avantages, comme je l’entends ici et là, je serai à la cité de l’UA depuis le début. Je ne suis pas du genre à me dégonfler quand je suis engagé dans une voie. Mais il est arrivé un moment où il fallait faire le choix entre les intérêts des individus et l’intérêt supérieur de la Nation. J’ai choisi l’intérêt supérieur du Congo. Cela ne s’appelle pas trahison mais patriotisme.

Vous voilà donc, grâce à votre « patriotisme », Vice-ministre des Congolais de l’étranger. Quelle est votre mission ?

Emmanuel Ilunga : La mission que m’a confiée le Premier Ministre Samy Badibanga est celle de rassurer l’ensemble des Congolais de la diaspora et de leur apporter assistance et protection, où qu’ils soient et de défendre leurs intérêts et causes au Gouvernement parce qu’ils ont toute leur place dans notre pays. Nul n’ignore leur contribution au bien-être de nos compatriotes restés au pays. Je reconnais que c’est une lourde mission quant on sait que l’on retrouve les compatriotes aux quatre coins du monde.

Une fois installé, quelle a été votre première action ?

Emmanuel Ilunga : Moins d’une semaine après mon installation, trois étudiants originaires de la RDC, deux femmes et un homme, ont été agressés par un homme armé d’un couteau dans le centre-ville de Tunis. Dieu merci, leurs vies n’étaient pas en danger. Devant cette situation inadmissible, j’ai convoqué l’ambassadeur de Tunisie à Kinshasa pour lui exprimer la colère du Gouvernement et des Congolais parce qu’ici chez nous, nous assurons la sécurité de tous les étrangers. Une action qui a été saluée par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, que je remercie pour la confiance placée en moi, et l’ensemble du gouvernement de transition. Surtout par les Congolais de la Diaspora qui ont vu, à travers cette action déterminée, une nouvelle lueur d’espoir dans la défense de leurs droits.

Pensez-vous avoir les capacités et les moyens de votre politique ?

Emmanuel Ilunga : Je suis de la diaspora congolaise depuis des décennies. C’est en France que j’ai étudié et fondé foyer. Tous mes enfants y sont nés et c’est là que j’ai créé ma première entreprise après mes études universitaires. Tout ceci pour vous dire que je suis au fait de la vie des Congolais de l’étranger pour l’avoir vécue personnellement. Etudiant, je travaillais après les cours pour payer mes études et mon loyer. J’ai travaillé dur même en hiver sous des températures négatives. Cela a été la meilleure école qui a forgé mon caractère. Voilà pourquoi, à la fin de mes études, je m’étais lancé un défi, celui d’être patron, jamais ouvrier. C’est comme ça que j’ai fourbi mes armes avant de me lancer dans les affaires. Avec un tel cursus, je pense avoir non seulement les capacités intellectuelles mais aussi les qualités requises et la détermination pour occuper cette fonction et satisfaire les attentes de mes compatriotes de la diaspora.

Et maintenant, la suite c’est quoi en direction de la diaspora congolaise ?

Emmanuel Ilunga : Je viens de vous dire que je vivais en France jusqu’à ma nomination au Gouvernement. Ma famille est toujours installée en France. Les préoccupations des Congolais de la diaspora sont donc miennes. C’est à cela que je consacre la priorité de mon action parce qu’il faut que mes compatriotes, qui ont la chance d’avoir l’un des leurs à la tête de notre ministère, se sentent à nouveau fiers d’être congolais.

J’ai déjà proposé quelques actions concrètes au Gouvernement notamment le lancement de la Carte OKAPI comme réponse temporaire à la question de la double nationalité qui dérange bien des Congolais de la diaspora. Grâce à cette carte, nos compatriotes vivant à l’étranger et qui ont acquis d’autres nationalités peuvent voyager sans limite au pays sans se tracasser du problème des visas. Il leur suffira d’acheter cette carte qui va remplacer le visa pour une certaine période, au choix du demandeur.

Il y a aussi notre combat pour obtenir un quota à l’Assemblée nationale. Voilà une question que j’ai abordée avec la CENI mais qui n’intéresse pas les politiques qui viennent parader dans la diaspora sans réellement se préoccuper de notre sort. Selon les chiffres que j’ai aujourd’hui, il y a plus ou moins 12 millions des Congolais dans la diaspora, un peu comme la population de la ville de Kinshasa. Nous demandons donc que soit attribué à la diaspora 12 sièges des députés nationaux qui siégeront à l’Assemblée nationale dès la prochaine législature. Nous sommes dans les normes parce que c’est la même population que la ville de Kinshasa. De cette façon, nous serons nous-mêmes là où se prennent les décisions et pourront ainsi défendre nos intérêts particuliers en même temps que les intérêts de notre pays. Voilà la bonne façon de peser politiquement.

Vos compatriotes voudraient aussi voir la mesure qui interdit l’importation des véhicules de plus de dix ans abrogée.

Emmanuel Ilunga : Je suis au courant parce qu’il s’agit d’une question que nous abordions souvent avec des amis à Paris. Mais  je dois dire que je ne peux pas faire abroger cette mesure parce qu’il s’agit d’une mesure liée à la protection de l’environnement. C’est une mesure globale qui concerne plusieurs pays et pas que la diaspora congolaise. Je pense que nos compatriotes vivant à l’étranger sont mieux placés pour comprendre et approuver cette mesure quant on considère ce qui se fait partout pour protéger l’environnement. Ce que nous faisons actuellement, c’est de faire adopter des mesures d’accompagnement notamment des allègements fiscaux pour encourager nos compatriotes à poursuivre leurs activités d’importation des véhicules parce qu’ils contribuent à l’essor économique du pays.

Et à propos des visas et passeports qui sont non seulement les plus chers du monde mais aussi les plus incertains à obtenir même quand on a payé !

Emmanuel Ilunga : C’est une vraie question et je vais être direct. Il est vrai qu’il y avait une certaine lenteur dans l’établissement des passeports et visas. Mais, c’est nous Congolais de la diaspora qui avons aggravé la situation aujourd’hui. Parce que nous avions décidé que le monde allait s’arrêter le 19 décembre 2016, nous avions fait le choix de tout casser. Il y a des ambassades de la RDC qui ont été pillé et qui ont tout perdu. Cela va aggraver la situation dans certaines zones. Nous faisons le nécessaire pour que la situation redevienne normale partout. Et j’en profite pour demander à mes compatriotes d’être plus responsables parce que nos casses font nos faiblesses. Qui souffrent plus aujourd’hui des retombées de nos actions coups de poing ?

On a ouï dire que vous aviez aussi un grand projet de création d’une banque. De quoi s’agit-il ?

Emmanuel Ilunga : Vous fouinez trop. Oui, il y a ce projet de la BCE (Banque des Congolais de l’Etranger) sur lequel nous travaillons intensément parce que pour nous, la vocation d’une diaspora est le retour au pays pour contribuer à sa reconstruction. Nous avons déjà pris langue avec le Gouverneur de la banque centrale à ce propos et le dossier avance bien. Rentrer au pays, c’est bien mais cela doit se préparer. C’est à la préparation de ce retour que nous travaillons. Les chiffres parlent. La diaspora congolaise transfert plusieurs milliards de dollars par an aux familles. Malheureusement, ces milliards ne sont affectés qu’à la consommation et non à l’investissement. Voilà pourquoi, bien que reconnus comme soupape de sûreté sociale, la diaspora n’a pas l’impact économique qui lui sied. Nous voulons changer la donne. Grâce à la BCE, il y aura la possibilité de canaliser les milliards transférés vers les investissements et la diaspora retrouvera la place qui est la sienne au sein de la société congolaise. Elle doit peser économiquement et trouver des avantages à avoir sa banque d’investissement, un partenaire fiable et viable pour ses ambitions économiques.

Considérant l’actualité politique congolaise, on voit que votre gouvernement est condamné à la démission imminente. Aurez-vous le temps de travailler à fond sur tous ces dossiers ?

Emmanuel Ilunga : J’ai pour principes l’efficience, l’efficacité et les résultats. Sachant qu’il n’existe nulle part au monde un gouvernement éternel, je me suis dit que chaque minute, chaque jour, chaque semaine que je passerai au gouvernement compte et que cela doit-être utile pour le pays. Je ne vise pas la durée au gouvernement mais les résultats. L’imminence d’une quelconque démission de notre gouvernement n’a aucun impact sur mon calendrier de travail. Je fais ce que je peux dans le temps que j’y serai.

Vous avez beaucoup milité dans l’opposition et aujourd’hui vous travaillez avec la majorité. Que pensez-vous de Joseph Kabila ?

Emmanuel Ilunga : Je précise que je suis toujours président de l’ARP, mon parti qui est dans l’opposition, et je travaille avec la majorité dans le cadre du gouvernement d’union nationale afin de résorber la crise qui mine notre pays. Dans ce cadre, donc, j’ai été reçu trois fois par le Président Joseph Kabila et j’ai eu à aborder bien des sujets préoccupants du pays. J’avoue que, de loin, j’avais une autre idée de lui mais après l’avoir rencontré et échangé, je pense que je ne me trompe pas, l’homme a une vision et de très grandes ambitions pour notre pays. Ce n’est pas facile pour lui dans cet océan d’hostilité mais il se bat pour faire mieux pour notre pays.

Que dites-vous à ceux qui vous ont sali dans les réseaux sociaux ?

Que voulez-vous que je leur dise ! J’ai répondu à vos questions et apporter la vérité. J’espère qu’elle va triompher sur les montagnes des mensonges. Mon souhait est que ceux qui m’ont vilipendé me lisent et qu’ils découvrent enfin la vérité. Pour le reste, je demande que les gens grandissent et qu’ils mettent leurs énergies et intelligences au service de la vérité. C’est la meilleure chose que nous puissions faire pour sortir notre pays de la crise où il végète.

Propos recueillis le 25 janvier 2016 par Blaise Kapampy pour Afronews Magazine et Œil d’Afrique

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