RDC : le glissement dans le glissement

Le président Kabila le 15 novembre 2016, au Parlement. RDC Politique

Le président Kabila le 15 novembre 2016, au Parlement.

« Glissement » – terme utilisé pour qualifier le dépassement de mandat du président Congolais, Joseph Kabila. Selon Vital Kamerhe, président national de l’union pour la nation congolaise (UNC), premier a en avoir parlé de « glissement » dans les médias, « le glissement n’est rien d’autre que le moyen trouvé par la majorité présidentielle (MP) afin de permettre à Kabila de s’éterniser à la tête du Congo en violation de la constitution. »

Après plusieurs mois le terme « glissement » est entré dans le langage courant de tout congolais qui voudrait gagner du temps avant de passer à l’action. Joseph Kabila en grand manitou de la politique congolaise a réussi depuis le 20 décembre 2016 date de la fin de son second et dernier mandat constitutionnel a opéré le glissement tant craint par l’opposition politique.

Un mois après le début du fameux glissement, Joseph Kabila semble bien parti pour dépasser la seconde fatidique prévue décembre 2017. Selon les accords du 18 octobre et du 31 décembre 2016, l’élection présidentielle devrait avoir lieu à la fin de cette année. Un gouvernement d’union nationale avec à sa tête un membre du Rassemblement des forces de l’opposition acquises au changement devrait être mis en place dans la foulé. Mais, pour cela, il faut réussir les négociations concernant les mesures d’application des accords en question.

Joseph Kabila a mis en place la théorie de l’absence des moyens pour organiser une élection. Avec la majorité présidentielle, il a théorisé le glissement comme solution à une crise politique. Le non-respect de la constitution est couvert par un arrêt de la cour suprême interprétant l’article 70 du texte fondateur de la République. « À la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau Président élu. » Une disposition qui permet à Joseph Kabila de rester le maître du jeu.

L’autre glissement

Un autre glissement a vu le jour le lendemain de la signature de l’accord de la saint-sylvestre. Partira, partira pas ? Telle est la question sur la situation du premier ministre Samy Badibanga, nommé après l’accord du 18 octobre. En effet, à peine intronisé par l’Assemblée Nationale un autre accord a transformé le gouvernement Badibanga en un mort-né.

Mais, le nouveau premier ministre congolais et les siens refusent l’option soulevé par l’accord de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Samy Badibanga sait que le Président Kabila ne peut le démettre de ses fonctions. Seule une démission (article 78) ou une motion de censure à l’Assemblée nationale (article 147) peut conduire le gouvernement Badibanga à démissionner. La première hypothèse est d’office rejetée par les concernés. La seconde devra attendre la prochaine session parlementaire prévu en mars 2017. Ce qui permet à Samy Badibanga de pratiquer le glissement un peu plus de trois mois.

Glisser tout en négociant

A la signature des accords de la Cenco, les observateurs de la vie politique congolaise et la communauté internationale s’étaient félicités des efforts fournis par les parties concernées. Joseph Kabila ne sera pas candidat à la prochaine élection présidentielle tel que le prévoit la constitution. Il accepte de céder la gestion du pays à l’opposition. Des élections couplées seront organisés avant décembre 2017. Le Rassemblement, mouvement réussissant les poids lourds de l’opposition a fini par rejoindre les négociations et signer l’accord.  Un succès accordé aux évêques congolais devenus les médiateurs de la dernière chance.

Cependant, entre l’acceptation des grandes lignes et les mesures d’applications, l’ombre du glissement plane au-dessus du centre interdiocésain.

Sans surprise, le débat autour du futur gouvernement empêche l’application des accords. Qui sera à la tête du gouvernement ? Combien de ministres ? Joseph Kabila peut-il garder les ministères régaliens ? Toutes ces interrogations ne pouvaient que bloquer les bonnes volontés.

 Au Rassemblement, après quelques jours de tergiversions, le nom de Felix Tshisekedi s’est imposé comme celui du prochain premier ministre. Mais avant d’y arriver il faut tomber d’accord sur le nombre de membres du gouvernement d’union nationale. De 67, les négociateurs finissent par s’accorder sur le nombre de 53 membres. Un glissement qui ne dit pas son nom.

Ce n’est pas toi, c’est moi !

Au terme de plusieurs semaines de débats, le Rassemblement a annoncé l’échec des négociations devant permettre la mise en application des accords. La raison ? La nomination du premier ministre. En effet, selon la majorité présidentielle, l’opposition doit proposer une liste de 3 noms pouvant être nommé premier ministre. « Le choix de ce dernier fait partie du pouvoir discrétionnaire du président de la République. » Affirme Lambert Mende, Ministre de la communication et porte-parole du gouvernement.

Un énième blocage qui démontre la stratégie du glissement mis en place par joseph Kabila. Tout en réussissant son glissement, Joseph Kabila réussi à mettre le rassemblement face à ces contradictions qui pourraient conduire à l’éclatement de ce regroupement de personnes qui n’ont en commun que son départ.

Roger Musandji Nzanza
©Œil d’Afrique

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


Tags assigned to this article:
dialogue nationalpolitiqueRDC

Related Articles

Au cas où l'UDPS déconne, les combattants seront-ils des collabos ?

Par Patrick Mbeko Je pense que le mouvement  »combattants » devrait être neutre » dans le jeu politique actuel. L’affiliation à un

RDC : un colonel condamné à perpétuité pour crimes contre l’humanité

Un colonel de l’armée congolaise a été condamné lundi à la réclusion criminelle à perpétuité pour des crimes contre l’humanité

RD Congo, la dérive d’un paquebot…sans capitaine?

Vous aurez sans doute remarqué que depuis la prestation de serment le 20 décembre dernier, le président Kabila ainsi récemment

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*