RDC : Dans un pays normal

Le président Joseph Kabila lors du sommet États-Unis – Afrique en juin 2014. © Jim Watson/AFP

Dans un pays normal, on combat ses adversaires politiques devant le peuple souverain. C’est le débat des idées. Arguments contre arguments, on fait la démonstration de ses qualités et invite la population à vous rejoindre pour la réalisation du projet politique que vous leur avez présenté. 

Mais, au Congo, la seule question qui prévaut est la mise à l’écart avant même que la bataille dans les urnes n’ai eu lieu. Les cas d’adversaires politiques mis hors jeu sont légion en RDC. La case prison pour les uns, l’exile pour les autres. L’essentiel est qu’ils ne soient plus sur la ligne de départ. 

Les exemples de Moise Katumbi et Diomi Ndongala démontrent à suffisance le désir d’écarter un adversaire trop encombrant. Monsieur Katumbi, ex-gouverneur du Katanga, réussi à avoir des coupeurs de têtes dans son propre camps, crée de toutes pièces, pour l’aider à conquérir le pouvoir. Comme souvent en Afrique les grands hommes politique ont toujours un dossier mal ficelé qui permet de les faire trembler. C’est ainsi que Katumbi a été condamné sans trop de difficulté à trois années de prison dans une affaire d’expropriation. Il vit depuis plusieurs mois en exile entre Paris, Bruxelles et Londres.

Le cas de Moise Katumbi semble retenir l’attention du dialogue politique entre là majorité présidentielle et l’opposition. Selon les évêques de la CENCO, 95% de l’accord seraient déjà conclus. Reste les fameux 5% dont les indiscrétions parlent du cas de l’ex-gourvenur. Une source participant à ces rencontres au centre inter-diocésain à Kinshasa explique à nos confrères de Jeune Afrique que « Beaucoup aujourd’hui brassent de l’air pour lui [Katumbi] montrer qu’ils sont en train de le défendre mais, en réalité, que ce soit à la MP, à l’UNC, au MLC, voire au Rassemblement, la disqualification de Katumbi […] ferait les affaires de leurs leaders. Un adversaire de moins, c’est toujours ça de gagné ! »

Tout comme Katumbi, Diomi Ndongala reste un homme populaire dans le Congo-central, une province ayant également une forte population à Kinshasa, la capitale de la RDC. Une source d’électeurs qui compte en cas d’élections libres et transparentes. Depuis son incarcération, Diomi a laissé une place qui a très vite été occupée par ceux qui souffraient d’une existence dans l’ombre du Président de la Démocratie Chrétienne. Aujourd’hui, ils profitent de son absence pour occuper le devant de la scène.

Dans un pays normal, les propos tenus par l’ex-facilitateur au dialogue congolais, Edem Kodjo, dans une interview au magazine Jeune Afrique devraient faire couler beaucoup d’encres et occuper toute l’espace politico-médiatique tant ces propos sont graves pour l’ensemble des acteurs politiques de ce pays. Mais au Congo, on balaie d’un revers de la main puisque les personnes visées ne daignent pas réagir. Aucune interrogation sur le silence assourdissant d’Etienne Tshisekedi, Président du comité des sages du Rassemblement. Edem Kodjo renvoie Tshisekedi dans les cordes et lui rappelle le non respect des accords signés. Kodjo accuse à son tour le Président de l’UDPS d’être un « traitre ». Kodjo dénonce les propos d’un membre du G7, groupe d’anciens kabilistes réunis pour servir Katumbi, qui aurait affirmé que « le Congo est une chasse gardée des USA ». Toujours dans la même interview l’ex-premier ministre Togolais soutient que les propositions du Rassemblement venaient tout droit des officines américaines représentées par Tom Perriello. Des propos scandaleux. Autant les personnes incriminées, peuvent dénoncer ces affirmations, Autant le Congo devrait demander des explications tant à Edem Kodjo qu’à l’Union Africaine qui l’avait choisi comme médiateur de la crise congolaise. Kinshasa devrait également questionner son opposition Politique qui semble selon les affirmations de monsieur Kodjo travailler dans le sens contraire aux intérêts de la nation congolaise. 

Dans un pays normal, un dialogue devant aboutir à une sortie de crise ne devrait pas faire place à un combat de positionnement. Après plus d’un mois de négociations conclues par accords du 18 octobre, la classe Politique congolais a su via la CENCO mettre de côté ses divergences et tenter d’aboutir à un accord global et inclusif. Une lueur d’espoir dans ce Congo marqué par tant d’anomalies politiques.

Roger Musandji
Oeil d’Afrique

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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1 commentaire

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  1. RDC
    RDC 28 décembre, 2016, 22:10

    J’ai beaucoup d’estime pour vous OEIL D’AFRIQUE mais il y a une chose que vous devez comprendre. Moise katumbi est reellement coupable meme si je dois reconnaitre des faim politique dans ca. Il a d’ailleurs plus que ca comme dossier pour lequel il peut etre poursuivi. Il n’est pas moins pire que ceux qui sont dans la majorité, ni encore saint juste parce que il est opposant maintenant. Si il s’ai servis du Katanga pour s’enrichir et donner l’omonne aux pauvres( la population). Il n’a jamais promu une politique permettant aux katangais de s’epanouire. Tout c’est qu’il a fait n’etait que concurrencer sa propre population. De la meme maniere je demande l’alternance du pouvoir dans Mon pays, je dis aussi tout haut ce Moise là n’est pas l’ange dont le congo à besoin…

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