Tchad – Zakaria Déby : « On peut servir le pays de plusieurs manières et je suis actif dans la discrétion. »

Zakaria Déby, fils du président Tchadien Idriss Déby Itno

Zakaria Déby, fils du président Tchadien Idriss Déby Itno

Silencieux depuis plusieurs mois Zakaria Déby, fils du Président Tchadien a accordé un entretien afin de faire le point sur son parcours, ses ambitions et parler de l’avenir du Tchad.

Oeil d’Afrique: Zakaria Déby, vous semblez avoir décidé de vous effacer de la scène politique de votre pays depuis quelque temps. A quelle stratégie répond cette volonté d’effacement ?

Zakaria Déby: Je répondrai simplement à votre question en disant que, ce n’est ni une stratégie encore moins une volonté quelconque d’effacement. Je suis comme un soldat au service de ma nation, un commis de l’Etat. Je ne me suis pas effacé de la scène politique nationale, seulement, je suis un peu discret.  Je suis discret de nature, ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Au cabinet, on doit faire son travail dans la plus grande discrétion, parce que c’est la fonction qui le recommande. Comme un bon soldat, je suis en réserve. Cependant, je ne suis pas inactif comme certains le disent. On peut servir le pays de plusieurs manières et je suis actif mais dans la discrétion.

On dit de vous que vous parlez peu, vous écoutez beaucoup mais surtout que vous êtes plus un homme de réseaux qu’un homme de scène ? Quelle perception avez vous de vous-même?

C’est une question pertinente. Je crois qu’il est préférable d’être actif et réservé que passif et très visible. Je suis un homme d’action. Quand on est happé par la politique et surtout dans mon cas précis, c’est normal d’avoir des canaux, des relations un peu partout et dans tous les secteurs. Tout homme, quelque soit le secteur dans lequel il évolue, tisse  des relations, crée des réseaux, c’est la nature humaine qui veut ça. Plus on a des amis, plus on échange des idées, plus on ouvre les yeux sur l’extérieur, avoir une autre perception de la vie, du monde qui nous entoure. Je suis un homme discret, il est vrai, mais j’aime échanger, avoir de contacts, mener des réflexions sur des sujets qui touchent non seulement  mon pays, mais aussi le continent africain.

3- Monsieur Zakaria Deby, en préparant cet entretien nous avons remarqué que votre  parcours scolaire et universitaire vous a conduit du Tchad en Tunisie en passant par la France. Pouvez-vous nous retracer ce parcours qui vous a fait passer par Abéché, l’école Montaigne, lycée sacré coeur, l’ Ileri ( L’Institut libre d’étude des relations internationales à Paris) et Tunis.

C’est vrai que j’ai effectué une partie de ma scolarité à l’école Montaigne de N’Djamena jusqu’en classe de seconde mais je vais vous raconter une anecdote. Au cours d’un repas familal, notre papa ( NDLR : Idriss DEBY) nous posait des questions de culture générale sur le Tchad mais il a remarqué que certains parmi nous ne connaissaient pas assez l’histoire de notre chère patrie. C’est ainsi que, déçu, il a décidé de nous envoyer au Lycée Brahim Mahamat Itno d’Abéché pour étudier l’histoire du Tchad et sa géographie. Cela nous a beaucoup apporté je dois l’avouer en terme de connaissance de mon pays. Ensuite ce sera un bac que j’ai obtenu en étant en classe de Première au Lycée Franco-arabe d’Abéché. Sur les conseils avisés de mon père j’ai opté pour les relations internationales où j’ai commencé à étudier à l’ILERI ( L’Institut libre d’étude des relations internationales) à Paris. Mais à la suite de l’assassinat de mon frère aîné, Brahim, j’ai dû quitter la France pour poursuivre mes études à Tunis où j’ai décroché une maîtrise en Droit International des affaires privées à l’âge de 21 ans. Je garde de très bons souvenirs de toutes ces années enrichissantes.

A 22 ans après un stage de neuf mois au ministère des Affaires étrangères, je me suis retrouvé au cabinet civil, comme Directeur de cabinet civil adjoint du Chef de l’Etat.

Vous avez été à la tête de la compagnie nationale aérienne Toumaï Air. On vous a fait partir, mais après votre départ, la compagnie n’a pas survécu. Dites-nous exactement quel a été le vrai problème du décollage de ce fleuron ?

C’est un crève-coeur pour moi lorsque j’aborde ce sujet de Toumaï Air Tchad. Je sais qu’il y a eu beaucoup de rumeurs, d’intoxication à mon sujet mais il faut remettre les choses dans leur contexte. À mon arrivée à la tête de la compagnie, il y avait déjà des arriérés de salaire de cinq mois, les bureaux étaient fermés, j’ai dû aller moi-même chercher le personnel un à un, chacun a son domicile. J’ai alors présenté à l’Etat, actionnaire majoritaire, un Business Plan et sollicité un montant pour relancer la machine. Nous avons obtenu un soutien financier de l’Etat, moins de 30% de ce que mes prédécesseurs avaient obtenu avant mon arrivée à la tête de la compagnie. Malgré cela, nous avons réalisé de très bons résultats et on avait même finaliser de nouveaux partenariats pour desservir Brazzaville et le Maghreb. Mais vous savez bien que lorsque tout va bien, ça ne plait pas à tout le monde. Nous avions un taux de remplissage de plus de 86% par vol. 

Ce qui m’a profondément choqué c’est ce fameux jour où l’avion avec à son bord 117 passagers à destination de Bangui via Douala, a été refoulé de Douala sur N’Djamena parce qu’on nous a notifié sur place au Cameroun la lettre de retrait du CTA. Le CTA c’est le certificat de transporteur aérien, une autorisation qui permet à toute compagnie de commencer et de poursuivre ses opérations et c’est un document qui atteste de la capacité de la compagnie à assurer des vols en toute sécurité. C’était pour moi un véritable coup de poignard! Il a fallu en urgence se démener pour trouver d’autres avions aux passagers pour assurer la suite de leurs voyages. Ce que beaucoup ne savent pas c’est que le coût d’exploitation d’un avion est très élevé. En deux ans, nous avons reçu de l’Etat une subvention 1.600.000.000 FCFA.

Mais déjà, il faut rappeler que depuis 2004, année de la création de la compagnie, cette dernière n’avait pas ses propres avions. J’ai fais le choix de l’acquisition d’un avion tout simplement parce que le coût de l’acquisition revenait quasiment au même prix que deux ans de location d’avion. J’ai donc acquis en Jordanie un Boeing  737-300 en très bon état, bien parti pour 10 ans minimum. J’ai moi-même voyagé à bord de l’appareil pour rentrer de la Jordanie au Tchad. Mais comme l’eau était déjà dans le gaz, un beau jour l’OACI, Organisation de l’aviation civile internationale qui est là pour gérer et administrer la Convention relative à l’aviation civile internationale débarque au Tchad pour un contrôle au sein de l’ADAC, (Autorité de l’aviation civile du Tchad) pour vérifier si les CTA et CDN ( Certificat de navigabilité) étaient délivrés dans des conditions réglementaires. Puisque l’OACI ne sanctionne pas directement les compagnies aériennes. C’est ainsi que l’OACI, n’étant pas satisfaite du travail de l’ADAC, elle l’a suspendu; et relation de cause à effet, Toumaï s’est donc vu retirer son CTA CDN. L’ADAC a donc plongé et nous a tiré dans sa chute. Elle aura mis six mois pour se relever et se remettre à jour grâce à l’OACI. Mais pendant ce temps, j’avais déjà quitté la direction de la compagnie, en laissant les caisses pleines. A ce jour, il y a eu cinq dirigeants qui m’ont succédé et pourtant les avions sont cloués au sol. C’est regrettable, car j’avais de très grandes ambitions pour cette compagnie. Ceux qui ont usé de stratagèmes doivent se rendre compte qu’en voulant me faire du mal ils ont fait du mal à tout un pays.

Vous êtes resté longtemps aux côtés de votre père, dans la position de Directeur adjoint au cabinet civil. De façon concrète quel était votre rôle à ses côtés ? Que vous ont apporté ces nombreuses années à ce poste de responsabilité très stratégique ?

 C’est vrai que je cumule pas moins de 08 ans au cabinet civil à la Présidence de la république. Je suis resté longtemps aux côtés de mon père, c’est le terme que vous avez utilisé, mais moi je rectifie en disant que c’est aux côtés du Chef de l’Etat que j’ai travaillé pendant toutes ces années. De façon concrète, notre rôle c’est l’organisation et la gestion du cabinet civil à travers plusieurs directions qui étaient sous notre coupe qui vont de la communication, des finances, de l’intendance et des conseillers chargés de mission ainsi que les ambassadeurs itinérants. Nous avons aussi d’autres mission beaucoup plus importantes, celles d’organiser les agendas intérieurs et extérieurs du Chef de l’Etat mais aussi les audiences, les voyages intérieurs et extérieurs, les participations aux sommets et conférences internationaux. Le cabinet est presque la cheville ouvrière de la Présidence de la république. C’est un honneur et un grand privilège de travailler à ses côtés. On apprend beaucoup à son contact. Ce poste m’a permis d’avoir une vue d’ensemble de la gestion de la situation socio-économique du pays. Mon passage au cabinet est un moule qui m’a vraiment forgé, qui a fait de moi l’homme que je suis actuellement. J’ai géré des dossiers chauds, difficiles et sensibles. Croyez-moi, cela forme. Mais laissez- moi aussi vous dire que ce n’est pas du tout facile de jouer ce rôle quand on est vu sous un prisme un peu borné. Il est vrai que je suis son fils, mais la fonction appelle à un sens de responsabilité et à une discrétion sans faille. Je n’ai pas été copté parce que je suis le fils de….mais sur la base de certains critères dont la discrétion relève du Chef de l’Etat. Nos relations sont celles d’un Chef d’Etat avec l’un de ses plus proches collaborateurs, faites de confiance et de considération. C’était une mission exaltante et pleine de défis que j’estime humblement avoir assuré avec beaucoup de tact.

Le 13 avril prochain, cela fera 11 ans qu’il y a eu la première incursion des rebelles à N’Djamena, la seconde le 2 Février 2008 ( 9 ans déjà) ce fut un moment assez particulier. Comment les avez-vous vécu personnellement et aussi aux côtés du Président Idriss Deby?

Moment particulier, l’expression est assez faible à mon avis. Je n’étais qu’un jeune étudiant à l’époque. Mais ce que vous ne savez peut être pas, je suis aussi dans l’armée et c’est pour cela que je suis rentré combattre aux côtés des fils et filles de notre pays lors de cette incursion des rebelles. Je suis aujourd’hui un Colonel par décret. J’ai été marqué par cet événement sur plusieurs plans, j’ai d’abord perdu des frères d’armes, amis, connaissances etc… ce fut très difficile. Le président a lui même conduit les opérations depuis la présidence et sur le terrain. J’ai perdu mon cousin avec qui j’ai grandi, étudié, Dillo Youssouff Boy en 2006 mais aussi le fils de Hassan Djamouss en 2008 lors de la seconde incursion. En tous les cas, ce fut l’une des pages les plus tristes de notre histoire que nous essayons d’oublier même s’il faut de temps à autre s’en rappeler pour mieux cimenter la paix et la concorde nationale. On n’était pas passé loin du KO. Dieu merci, grâce à la foi et à la témérité du Chef de l’Etat, un fin stratège militaire, il faut le souligner, mais aussi à la bravoure de nos forces de défense et de sécurité, nous avons su épargner au pays les affres de la guerre civile. Si seulement le pays a été abandonné aux mains de ces mercenaires, je vous assure que le Tchad serait parti en lambeau et nous vivrons des cauchemars indescriptibles. A cette époque, il y avait une multitude des factions rebelles, toutes voulaient accéder au trône et ne s’entendaient guère. Imaginez aujourd’hui ce que sera N’Djaména, livrée qu’elle est, à ces vautours manipulés et instrumentalisés. C’était une page qu’on tente d’oublier, on essaye de recoller les morceaux, parce que le Tchad est un pays fragile et qui a besoin de la solidarité de ses fils pour continuer à réaliser le rêve d’atteindre l’émergence d’ici 2030. C’est plus qu’une volonté politique, c’est une ambition et un défi que s’est fixé le Président de la République mais aussi le gouvernement tchadien. Je suis confiant qu’avec cette paix retrouvée, nous pouvons vaincre le signe indien et redonner au pays la place qu’il mérite sur l’échiquier continental et international. La preuve on récolte aujourd’hui les prémices de dividendes de la paix. Le Tchad est un pays qui est respecté aujourd’hui à travers le monde et sa voix est une valeur ajoutée à toute initiative de paix. Je tiens aussi à saluer l’enthousiasme des populations qui sont sorties massivement féliciter les forces de l’ordre et remercier le Chef de l’Etat après l’échec de ces deux incursions. La paix dont nous jouissons aujourd’hui, sans oublier les réalisations et les acquis démocratiques sont dus aux sacrifices consentis par ces vaillants soldats qui sont morts pour notre patrie et ça, jamais on ne l’oubliera.

La guerre contre Boko Haram au Nigeria et les organisations djihadistes au Mali ont fait régner la terreur au sein des populations. Que pensez-vous de cette lutte contre le terrorisme dans laquelle le Tchad est fortement engagé?

 La guerre contre la secte Boko Haram nous a été imposée par le phénomène métastasique du terrorisme dans le sahel. C’est une lutte qui s’impose, car, le terrorisme est tentaculaire. Notre intervention au Mali répond à cette volonté du Chef de l’Etat de sécuriser aussi notre pays de ce fléau. Le Mali n’est pas loin bien que c’est un pays de l’Afrique de l’Ouest. Les visées des terroristes restent partout les mêmes : annexer un à un les pays qui sont dans leur point de mire. Le Mali n’est que la première pièce du puzzle des djihadistes. Le Tchad est à cheval entre l’Afrique de l’est, de l’ouest et le Maghreb. Si le Mali est conquis, les terroristes voudraient certainement attaquer le Niger et si le Niger est attaqué, le prochain c’est le Tchad. Donc, les plus hautes autorités ont vu le danger venir et ont répondu à l’appel du Mali et de la France pour contenir l’hydre avant que ses tentacules ne puissent irriguer toute la sous-région.

La guerre contre la secte Boko Haram répond aussi à cet impératif. Nous avons bien fait d’aider le Nigéria et le Cameroun dans cette guerre asymétrique contre Boko Haram. Je voulais saluer la mémoire de nos soldats morts sous les balles des terroristes au Mali, au Cameroun, au Nigeria, à N’Djaména et dans le Lac Tchad. Ils avaient sacrifié leurs vies pour sauver d’autres vies. Je voudrais aussi saluer la mémoire des forces nigériennes, maliennes et camerounaises qui ont péri dans cette guerre.

La chute du prix du pétrole a mis à mal les finances publiques dans plusieurs pays du continent. Comment vivez-vous cette situation ? 

 La chute du baril du pétrole est venue à un moment où on ne l’entendait pas. C’était brusque et brutal. Le pays était mis sur une rampe de développement où tous les signaux étaient au vert. Mais cette chute violente a causé beaucoup de tort à l’ambition qu’affichait le gouvernement tchadien pour sortir le pays du sous-développement. C’est trop dur, mais le pays saura trouver les ressources nécessaires pour faire face à la crise qui le frappe actuellement de plein fouet. Moi, je dirais même que cette crise est peut-être une bonne chose, car, elle pourra nous amener à réfléchir sur comment faire pour diversifier notre économie. Nous nous sommes trop reposés sur le pétrole, alors qu’elle est une ressource tarissable. Le Tchad est extrêmement riche. On a un sous-sol qui renferme une merveille de richesses où il regorge de l’or, de diamant, de manganèse, des gaz, du pétrole,etc. On peut aussi exploiter notre potentiel touristique. Le pays possède des sites extraordinaires où certains comme le massif de l’Ennedi et les lacs d’Ounianga sont même devenus des patrimoines mondiaux de l’UNESCO. Le Tchad c’est aussi le berceau de l’humanité avec la découverte de Toumaï. Nous avons un pays que Dieu a doté de toutes les richesses, halieutiques,  agro-pastorales, minières et touristiques. Nous devons travailler dans le sens de diversifier notre économie pour que le pays ne puisse pas seulement se contenter des ressources tarissables comme le pétrole.

Le président tchadien, votre père, a une position très souverainiste dans le débat sur l’avenir du FCFA. Avez-vous un avis personnel sur cette question ?

Ecoutez, la question du F CFA préoccupe aujourd’hui la majorité de l’élite africaine. Je ne parlerai pas en terme de souveraineté. J’estime que nous devons analyser tous les contours liés à cette question pour décider quoi que ce soit. C’est un sujet éminemment important qui concerne la vie de plusieurs millions de personnes. Mais ce qui est sûr, tant que le CFA sera arrimé à une autre monnaie, nous subirons le diktat de cette monnaie. Le Chef de l’Etat tchadien avait raison en évoquant cette question ouvertement. Certains pensaient tout bas, il faut quelqu’un pour le dire tout haut pour que les autres comprennent que l’Afrique a peut-être besoin d’avoir sa propre monnaie.

Quel regard portez-vous sur des débats d’intérêt public comme le retrait des Etats africains de la CPI ?

Je suis entièrement d’accord sur la position de nos Chefs d’Etat sur la question du retrait de nos pays de la CPI. Regardez-vous même, depuis la création de cette cour, il n’y a que des africains, qui sont jugés. On en vient à penser que n’est plus une Cour pénale internationale, mais c’est une Cour pénale africaine. Des crimes on en voit tous les jours sous d’autres cieux et des plus horribles, mais la CPI ne réagit pas en conséquence. Je m’aligne humblement sur la position de l’Union Africaine sur cette question là. Mais je dois dire, pour éviter toute confusion, que cela ne doit pas signifier que sur notre continent les crimes commis doivent rester impunis. La justice doit faire son travail et tout pouvoir doit y veiller. 

La justice doit faire son travail dites-vous, cela nous emmène à vous demander ce que vous pensez du procès Hissène Habré ?    

Avant toute chose, l’implication du chef de l’état dans ce dossier est à saluer. Dès son accession au pouvoir il a souhaite que justice soit rendues aux nombreuses familles de tchadiens qui ont perdu la vie ou ont été victime de la barbarie de Hissene Habré.

C’est d’abord un ouf de soulagement pour tout tchadien aujourd’hui. Il faut saluer le travail de la justice tchadienne et africaine. Je dois aussi remercier le président sénégalais Macky Sall pour son implication dans ce dossier pour que le procès ait pu enfin se tenir. Je dois vous avouer que le dossier Habré me touche particulièrement puisque ma mère, Anda Ali Bouyé, a été emprisonnée durant 9 mois sous le régime Habré. Elle allaitait mon frère Hassan lorsqu’elle a été jetée en prison parce qu’elle était l’épouse de Idriss Deby. Cette procédure a démarré en 1994, donc 26 ans d’un long combat judiciaire, il faut saluer l’abnégation du Chef de l’Etat et son sens de la justice, ce qui a permis désormais aux familles de faire le deuil pour leurs proches et parents disparus.

Vous incarnez la jeunesse du parti au pouvoir (le MPS) dont vous êtes le parrain. Comment se passe cette mission et quel rapport avez-vous avec les cadres du parti ?  

Le MPS est un mouvement de masse. Plus de 55% de cette masse est jeune. C’est un honneur d’être le président d’honneur de cet organe de masse sur lequel le parti se repose. Les jeunes sont réellement impliqués dans la vie du parti. Ils se mobilisent avec une promptitude extraordinaire à chaque fois que le MPS fait appel à eux. Ils sont le moteur de notre parti et je suis fier d’en faire partie. Je travaille beaucoup ces derniers temps avec les cadres jeunes de notre parti. On réfléchit sur les stratégies et comment arriver à responsabiliser les jeunes dans les structures étatiques et paraétatiques. Le Président de la République, Président fondateur de notre mouvement est conscient de la situation des jeunes et ne manque jamais une occasion pour les inviter à oser, à entreprendre et à croire en l’avenir. Aujourd’hui, à tous les niveaux, les jeunes sont responsabilisés.

Lors des élections présidentielles de 2011 et 2016, vous étiez successivement en charge de l’emploi des jeunes auprès du secrétariat à la jeunesse, et des finances et de la planification. Comment les avez-vous vécu de près? Et comment sort-on de ce genre d’expérience ?

C’est une riche expérience, une grande mission pour un événement exceptionnel. C’était palpitant, c’était harassant aussi mais c’était une belle expérience à vivre.

Un message à l’endroit des jeunes du MPS ?

Je n’ai pas un message particulier à adresser aux militants  jeunes du MPS. Mais je souhaite que la dynamique actuelle soit maintenue. Ils sont la force, la cheville ouvrière et le pilier du parti. La population tchadienne dans son ensemble est jeune. Nous disons sans risque de se tromper que les 50% de cette jeunesse est acquise au MPS. La dernière élection présidentielle a dégagé cette tendance où les jeunes ont porté aux cimes de la victoire notre parti. Qu’ils restent toujours vigilants, toujours au service de ce MPS qu’ils veulent toujours grand et toujours fort.

Un message à l’endroit  des jeunes africains et tchadiens en particulier ?

Aujourd’hui l’avenir de notre continent repose sur sa jeunesse. La population africaine est jeune et valide. C’est à elle de savoir ce qu’elle veut pour son avenir, pour le devenir du continent. Nous devons savoir que personne ne réalisera à notre place notre rêve, celui de voir nos pays prendre leur envol dans tous les secteurs de la vie socio-économique. Nous devons certes aborder sans tabou tous les sujets liés à nos préoccupations, nos interrogations, notre avenir, mais sans sacrifier la paix sociale. Le plus dangereux pour nous, c’est de se laisser entrainer par des courants destructeurs qui allument le feu et viennent jouer ensuite aux pompiers. Il nous faut une jeunesse consciente qui sait prendre en main son destin.

Comment entrevoyez- vous votre avenir en  politique ?

 Je n’aime pas trop parler de cela. Il suffit d’un mot pour créer ou nourrir tous les fantasmes sur ce genre de question. J’ai ma jeunesse pour moi, je continue d’apprendre, de faire mon chemin et d’aller étape par étape.Vous savez, la politique est une mare à caïmans comme le disait quelqu’un, j’essaye de nager en évitant de me faire dévorer par ses alligators (rires). Je suis tchadien comme tous les fils de ce pays. J’ai des droits mais aussi des devoirs. Je peux me présenter aux différentes élections, locales, municipales ou législatives. Le fait d’être le fils du président de la République ne me retire pas ce droit, je suis tchadien. Mais pour l’instant je me sens bien là où je suis.


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  1. Kamni Bichara Mahamat Kouba
    Kamni Bichara Mahamat Kouba 11 avril, 2017, 03:19

    Des belles questions de la part du journaliste et des réponses convaincantes de la part de l’interviewer. Certains diront que se sont que des paroles des politiques ou encore de la vantardise ou quoi je ne sais pas mais moi particulièrement, il me semble sincère et honnête ce monsieur mais bon on dit souvent que l’apparence est souvent trompeuse.
    Mais y a quelque chose qui me préoccupe, dans la partie d’un message à l’endroit des jeunes africains et tchadiens en particulier où il met en question quelque chose en disant « Le plus dangereux pour nous, c’est de se laisser entraîner par des courants destructeurs qui allument le feu et viennent jouer ensuite aux pompiers », doute-t-il de quelque chose ?

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