Témoignage: constat d’harcèlement dans le milieu du journalisme

journaliste témoignage harcelementNous sommes en 2017, comme tout le monde le sait, et l’égalité des droits entre les hommes et les femmes est toujours actualité.Je pourrai vous raconter tellement d’anecdotes que j’ai vécu lors de mes missions en tant que journaliste reporter d’images, que les 1000 mots imposés par la rédaction d’Œil d’Afrique, pour cet article ne seront point suffisants.

Ma condition de femme et (non de journaliste) m’est revenue en pleine figure, lors d’une interview d’un très grand sélectionneur de football de passage à Paris. Mon équipe et moi sommes invités à son hôtel parisien super huppé, il nous accueille bien chaleureusement, et vient la fin de l’interview, il nous remercie, nous le quittons. 10 minutes plus tard, mon téléphone sonne, c’est le sélectionneur en question qui m’appelle. Il se met à me draguer, de manière grossière. Je lui ai dit gentiment que je n’étais pas intéressée. Et une phrase dans sa démarche m’a interpellé « les petites négresses comme toi au pays, j’en ai à la pelle ». Je me suis mise à poser plusieurs questions dont celles-ci : est-ce quelque chose de mon attitude lui a parlé dans ce sens ? Est-ce un homme aurait eu le droit à ce traitement de « défaveur »? Réponse : non.

Vous savez on vit une situation paradoxale : les filles réussissent très bien, elles sont au premier rang et obtiennent les meilleures notes. Sur 100 bacheliers, 70 sont des filles. Malheureusement, quand on dépasse l’université la donne change, et je ne vous parle pas ce qui se passe dans le milieu du travail. On est moins bien payée, on met des années pour s’assurer de la confiance de notre hiérarchie, et quand on fait bien notre métier, et là, je parle du journalisme, nous subissons : un harcèlement moral, qui n’est pas forcement vécu dans la rédaction proche, mais à l’extérieur, une fois en tournage. L’anecdote, dont je vous ai parlé précédemment a duré trois mois, jusqu’à ce que je bloque, le numéro du fameux sélectionneur de mon téléphone.

Je suis fière de voir que ma profession se féminise. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans toutes les rédactions, que cela soit dans le domaine économique, politique, les questions internationales, le sport, on est sur tous les fronts, en même sur les terrains de guerres et ça c’est cool. Force est de constater, qu’elles font bouger les lignes.

Ni naïves ni caricaturales, nous savons que notre métier implique de construire une proximité et un lien de confiance avec nos sources. Mais force est de constater que nous ne le faisons pas tout à fait comme nos camarades masculins, intégrant les contraintes du sexisme ambiant : pas de tête-à-tête ou le moins possible, des tenues passe-partout (jeans et baskets pour ma part), maquillage léger et une vigilance permanente pour conserver le vouvoiement afin de maintenir ainsi la bonne distance entre un journaliste et son sujet. Être jeune, femme, et exercer le métier de rubricarde politique vous confronte parfois à des situations… étonnantes. Il y’a quelque temps j’étais dans un pays d’Afrique de l’ouest, pour couvrir un sommet panafricain. En pleine interview avec un ministre africain, celui-ci s’arrête de parler et me pose une question : « Vous ai-je déjà parlé de mon fils… il est célibataire ». Je réfléchis et me dit « où est le rapport avec mon interview », cependant je réponds poliment que « Non ». Le ministre hurle le nom de son fils, qui rentre en jacassant telle une pie dans la salle, chemise tachée de son déjeuner. En répondant « oui, papa » comme un gamin de 8 ans alors qu’il en avait trente de plus. Eh Dieu.  Certaines situations sont tellement hilarantes. Le ministre me fait bien comprendre qu’il aimerait que son fils se marie (que cela va de la survie de l’avenir politique familiale, car ils sont politiciens de père en fils) Bref, je fais comprendre au ministre que je ne suis pas libre. Résultat : ce dernier ordonne que mon interview ne soit pas publiée.

J’ai aussi conscience que je fais mon travail dans des conditions extrêmement privilégiées par rapport à la majorité des femmes, qui peuvent perdre leur emploi ou leur santé parce qu’elles sont harcelées. Et par rapport à nos collègues, beaucoup plus isolées, dans les médias sur le continent africain. Mais le fait que ces pratiques, qui sont le décalque de ce qui se passe tous les jours dans la rue, les usines ou les bureaux. Mais l’apparence ne suffit pas à gommer les préjugés. Certains comportements ont la peau dure. Nombre de mes consœurs pointent du doigt une forme de paternalisme, parfois même de condescendance, exprimée à leur égard par ces mâles dominants. Version aimable de cette supériorité un brin macho. Ce type d’expérience, nombreuses sont celles qui admettent l’avoir vécu mais préfèrent ne pas s’étendre sur le sujet. Pas moi.

Mais, pour rien au monde je ne choisirai un autre métier. C’est vrai, et je ne vous mens pas c’est un dur métier pour une femme. Vous savez le taux de célibat est beaucoup plus important pour les femmes qui évoluent, travaillent et réussissent. Celles-là, soit se marient tard, soit ne se marient pas. Parce que soi-disant, elles font peur. Oh, elles ne sont pas dociles, oh elles se posent trop questions, oh elles sont trop souvent absentes. Ce qui n’est pas faux, mais aussi pas vrai. Car bon nombre de mes consœurs (et moi-même) avons réussi à trouver cet équilibre. Entre la vie privée, la vie familiale, les amis, le temps pour nous.

Pour venir vers ce métier, il faut être bien armée et avoir des idéaux forts. Une chose est sûre, c’est quand 2017, à défaut de prétendre encore et encore à l’égalité avec nos collègues masculins, la femme a le droit de TOUT choisir, être une épouse, une mère, et une journaliste tout à la fois et rien que ça, c’est vachement bien.

Cynthia Nzetia, journaliste reporter d’images


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