La RDC produit aujourd’hui en quantité industrielle un type d’individus devenu presque normal : les « Nouveaux mendiants », qu’on appelle aussi les « djalelistes » . Leur spécialité ? Le djalelo : l’art de glorifier le puissant du moment, de le porter aux nues, de le sanctifier… en échange d’une faveur : argent, poste, promotion, protection, voyage, marché, invitation, visibilité. Ailleurs, on appelle ça simplement la courtisanerie. En RDC, le phénomène a pris une ampleur telle qu’il ressemble à une norme : la mendicité s’est faite culture, puis réflexe, puis institution. On ne valorise plus la compétence, on récompense l’éloge ; on ne respecte plus la vérité, on applaudit le mensonge utile ; on ne défend plus la dignité, on négocie l’humiliation.
Le plus grave, c’est que ces « Nouveaux mendiants » ne viennent pas d’un seul milieu. Ils sont partout, tels des fourmis : politiciens, pasteurs, professeurs, fonctionnaires, étudiants, sentinelles, artisans… jeunes et vieux, hommes et femmes. Le pays finit par ressembler à un marché de louanges, où la parole se vend au plus offrant. Dans ce système, qui s’est considérablement renforcé sous le régime de Félix Tshisekedi, la vérité devient à géométrie variable : aujourd’hui on encense, demain on renie, après-demain on accuse… selon la direction du vent et la taille de l’enveloppe. Certains appellent cela de « l’intelligence », l’art de négocier sa survie dans un océan de précarité. Moi j’y vois surtout une crise de dignité.
On ne reconstruira pas la RDC avec des hymnes à la gloire des individus. On la reconstruira avec le respect de la vérité, la compétence et le courage de dire NON. Question simple avant de conclure : à quel moment a-t-on décidé que la flatterie valait plus que l’honneur ?
Par Patrick Mbeko