Il y a quelque chose d’insupportable dans la répétition. Goma, ville meurtrie, ville occupée depuis plus d’un an par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo/M23, vient de vivre une nouvelle spirale de violence qui illustre, avec une clarté cruelle, l’impasse dans laquelle s’enfonce l’est de la République démocratique du Congo.
Dans la nuit du 10 au 11 mars, une employée française de l’UNICEF a été tuée lors d’une attaque de drone contre un bâtiment abritant des travailleurs humanitaires dans le quartier résidentiel de Himbi, au bord du lac Kivu. Karine Buisset. Un nom. Une vie au service des autres. L’attaque a également entraîné la mort de deux civils et causé des dégâts à des habitations.
Le lendemain, des milliers d’habitants de Goma ont participé à une vaste marche pacifique pour dénoncer les bombardements visant des zones civiles et appeler au respect du cessez-le-feu. Ils ont marché jusqu’au siège de la MONUSCO, mémorandum à la main, réclamant protection, enquêtes indépendantes et pression internationale. Kinshasa a pointé les forces rwandaises et le M23 comme responsables, annonçant l’ouverture d’une enquête indépendante, tandis que Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, a affirmé que ces frappes constituent une violation du cessez-le-feu et signent la mort intentionnelle du processus de paix.
Pendant ce temps, les archives judiciaires brûlent — au sens propre comme au figuré. Le dernier rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme révèle que l’occupation de Goma et Bukavu a entraîné la destruction systématique d’infrastructures judiciaires et pénitentiaires, causant la perte quasi totale d’années de travail d’enquête, notamment sur des crimes sexuels.
Ce qui se perd à Goma, ce ne sont pas seulement des vies. C’est aussi la mémoire des crimes, et avec elle, toute perspective de justice.