Pendant que l’Europe ralentit et que les États-Unis reculent, l’Afrique accélère. Selon le rapport African Solar PV Market Outlook publié par le Global Solar Council, l’Afrique a installé environ 4,5 gigawatts de nouvelles capacités solaires en 2025, contre 2,9 gigawatts en 2024, une progression de 54 % en un an, établissant un nouveau record pour le continent.
Pour mesurer ce que cela signifie concrètement : un gigawatt, c’est la capacité d’alimenter environ 750 000 foyers. En un an, l’Afrique a produit de quoi éclairer plus de trois millions de maisons supplémentaires. Dans un continent où près de 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, ce n’est pas une statistique. C’est une question de vie quotidienne.
Qui mène ?
L’Afrique du Sud domine largement avec 1,6 gigawatt de nouvelles installations en 2025, suivie du Nigeria avec 803 mégawatts, de l’Égypte avec 500 mégawatts et de l’Algérie avec 400 mégawatts. Ces quatre pays réunissent les trois quarts des nouvelles capacités installées sur le continent.
Mais la carte s’élargit. Huit pays africains ont dépassé le seuil des 100 mégawatts installés en 2025, contre seulement quatre l’année précédente. Le Maroc, la Zambie, la Tunisie, le Botswana et le Ghana rejoignent le mouvement. La révolution solaire africaine cesse d’être l’affaire de quelques nations pionnières pour devenir un phénomène continental.
Le paradoxe au cœur du boom
Il existe pourtant une réalité que les chiffres de croissance ne dissimulent pas. Le solaire ne représente encore que 3 % de la production électrique africaine, bien que le continent abrite 60 % des meilleures ressources solaires de la planète.
Un continent gorgé de soleil qui produit à peine 3 % de son électricité via cette source. L’explication tient en un mot : financement. « Le coût du capital pour investir en Afrique reste trois ou quatre fois plus élevé qu’en Europe », explique Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine. « Ce sont des projets qui s’amortissent sur 20 à 25 ans. Quand on vend l’électricité à la société nationale, on prend le risque sur un client unique étatique, sur des durées très longues. »
L’énergie solaire est la technologie la moins chère à produire. Mais la plus chère à financer en Afrique. Ce paradoxe résume à lui seul des décennies de rapport déséquilibré entre le continent et les marchés financiers internationaux.
Alors que les investissements dans les énergies propres ont doublé pour atteindre 40 milliards de dollars en 2024, l’Afrique ne représente encore que 3 % des investissements mondiaux dans l’énergie loin des 200 milliards de dollars par an nécessaires pour atteindre ses objectifs d’accès universel à l’énergie.
Ce qui change malgré tout
Un facteur redistribue les cartes en profondeur : l’effondrement du prix des panneaux solaires chinois. Bon marché, disponibles, faciles à installer, ils permettent à des milliers de familles et d’entreprises africaines de court-circuiter les réseaux électriques défaillants sans attendre les grands projets d’État. Des panneaux sur les toits, des mini-réseaux communautaires, des kits solaires domestiques dans des villages jamais raccordés cette révolution par le bas progresse à un rythme que les statistiques officielles peinent encore à capturer.
Plus de 10 gigawatts supplémentaires sont actuellement en construction sur le continent, répartis sur près de 40 000 projets à différents stades de développement. Les projets à grande échelle représentent 70 % de ce volume en construction signe que les États commencent à prendre la mesure de l’enjeu.
Le Global Solar Council prévoit que les capacités solaires installées en Afrique atteindront plus de 33 gigawatts d’ici 2029 — soit plus de six fois la capacité enregistrée en 2025. Si cette trajectoire se confirme, l’énergie solaire cessera d’être une promesse africaine pour devenir une réalité structurante.
Oeil d’Afrique — 21 mars 2026
