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RDC : Kabila sort du silence : « Il faut balayer ce système »

Joseph Kabila

Il avait disparu de la scène médiatique depuis sa passation de pouvoir en 2019. Sept ans de silence. C’est la gravité de la crise que traverse la République démocratique du Congo qui a convaincu Joseph Kabila de reprendre la parole. Le président honoraire a reçu La Libre Belgique le 20 mars à Goma, dans la maison qu’il y possède depuis 1999. Un entretien sans détour, où l’ancien chef de l’État,  condamné à mort par contumace par la justice congolaise  s’en prend frontalement au régime de Félix Tshisekedi, plaide pour la négociation, et agite le spectre d’une « soudanisation » du pays.

Une cible, une maison, un message

Le 11 mars dernier, une frappe de drone tuait une employée française de l’UNICEF et deux civils congolais à Goma, à proximité immédiate de la résidence de Kabila. Beaucoup d’observateurs y ont vu une tentative d’assassinat ciblée. L’intéressé reste prudent sur la question  « des enquêtes sont en cours »  mais ne nie pas avoir été visé. « On a toujours été visé par le régime de Kinshasa », dit-il simplement, ajoutant qu’il « garde le moral ».

Sa sérénité affichée tranche avec la sévérité du diagnostic qu’il pose sur son pays. Kabila parle de « soudanisation » de la crise  un mot lourd de sens, qui évoque l’implosion d’un État, la partition rampante, le chaos durable. « Je ne pense pas qu’il y aura une scission Est-Ouest, dit-il, mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. »

Tshisekedi : dictature, tyrannie, Constitution foulée aux pieds

Le ton monte rapidement lorsqu’il évoque le chef de l’État actuel. Pour Kabila, ce qui se passe à Kinshasa depuis 2019 ne relève plus du simple désaccord politique : « Il faut mettre fin à cette dictature, cette tyrannie qui vient de s’installer. » Il va plus loin, appelant les Congolais à s’appuyer sur l’article 64 de la Constitution celui qui donne à chaque citoyen l’obligation de faire échec à quiconque prendrait ou exercerait le pouvoir en violation de la loi fondamentale.

Sur la Constitution justement, Kabila est catégorique. L’idée d’une révision constitutionnelle portée par Kinshasa ? Une manœuvre de survie d’un clan acculé. « Quelle Constitution ? Pour Kinshasa, elle n’existe pas. Elle est ignorée depuis 2019. » Et d’ajouter : « Cette tentation, c’est propre aux régimes qui ont complètement failli. »

La leçon de 2001

Contre la guerre, Kabila oppose un argument d’expérience. En 2001, il héritait d’un pays en lambeaux — plusieurs armées étrangères sur le territoire, des mouvements rebelles aux quatre coins du pays, un chaos apparemment sans issue. Il avait choisi la paix. Accord de Sun City, dialogue inclusif, gouvernement de transition : un cheminement qui avait permis, dit-il, de « laisser ce pays uni, réconcilié ». « On était peut-être très jeunes, mais je pense qu’on était plus sages que la plupart des vieux d’aujourd’hui. »

Aujourd’hui, il constate l’inverse : « Il n’y a plus la même sagesse. On a plutôt des va-t-en-guerre au pouvoir. » Il dit avoir conseillé dès le départ à Tshisekedi d’opter pour la négociation. « La réponse a toujours été « on va faire la guerre ». Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre. »

La multiplication des processus de paix, signe d’un échec

Doha, Washington, Luanda, Lomé, Union africaine les initiatives de paix prolifèrent. Kabila n’y voit pas un signe d’espoir mais la preuve d’un désordre diplomatique. « Le fait qu’il y ait une multiplication d’initiatives démontre qu’il n’y a pas eu d’harmonisation. » Ce qui manque, selon lui, est plus fondamental : « Une vraie volonté politique à Kinshasa. »

Goma, la Belgique, et l’avenir

Sa présence à Goma — contrôlée par l’AFC/M23 ne le dérange pas. « Goma, c’est chez moi », dit-il. Il se revendique le droit de parler avec tous les Congolais, quel que soit leur camp, au nom de la cohésion nationale. Quant à la Belgique, jadis interlocuteur incontournable du Congo, il lui envoie un message d’avertissement : « À l’allure où vont les choses, je pense que la Belgique est en train de se disqualifier. Sa capacité à accompagner l’actuel régime étonne. » Il salue toutefois la justice belge qui s’intéresse, dit-il, « au rôle néfaste de nombreux citoyens belges au Congo ».

Sur son propre avenir, il est bref. Ce n’est pas de lui qu’il s’agit. « Je ne pense pas à demain, je pense à aujourd’hui. » Et aujourd’hui, la priorité est claire : « Il faut balayer ce système. »

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