Chaque 22 mars, la Journée mondiale de l’eau oblige les États africains à regarder leurs chiffres en face. Cette année, le Togo avait de bonnes raisons de le faire sans détourner les yeux.
De 60 % en 2020, le taux national d’accès à l’eau potable a atteint 72 % en 2025 avec une performance encore plus notable en milieu rural, où la desserte culmine à 77 %. Ce sont les chiffres qu’a présentés Séna Alipui, ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau 2026, célébrée cette année sous le thème « L’eau et le genre : eau, source d’égalité ».
Douze points en cinq ans. Sur un continent où l’accès à l’eau potable stagne dans de nombreux pays, la trajectoire togolaise mérite d’être examinée de près.
Le solaire au cœur de la stratégie rurale
La clé de la percée en zone rurale tient en grande partie à une prise de décision technologique : le déploiement de postes d’eau autonomes alimentés par l’énergie solaire dans les zones rurales, combiné à la réalisation d’infrastructures d’alimentation en eau potable et à la modernisation des systèmes de production et de distribution urbains.
L’équation est simple mais souvent négligée : là où le réseau électrique est absent ou défaillant, les pompes solaires permettent d’atteindre des villages reculés sans attendre le branchement au réseau national. Le Togo l’a compris et appliqué à grande échelle.
Un fonds pour durer
Les infrastructures ne valent que si elles sont entretenues. C’est là que beaucoup de pays africains buttent : les forages construits avec l’aide internationale tombent en panne, et personne ne les répare. Pour consolider ces acquis, le Togo a opérationnalisé le Fonds pour la gestion intégrée des ressources en eau, un instrument destiné à assurer un financement durable des actions de protection et de mobilisation de l’eau, tout en renforçant la résilience face aux changements climatiques.
C’est un signal politique important : la priorité n’est plus seulement de construire, mais de pérenniser.
Les défis qui restent
28 % de la population togolaise n’a toujours pas accès à l’eau potable. Et un stress hydrique localisé est observé dans certaines régions du pays qui rappelle que la progression quantitative ne règle pas tout. La pression climatique sécheresses plus longues, nappes phréatiques en baisse viendra tester la solidité des infrastructures installées.
Le ministre Alipui l’a dit clairement lors de la journée : l’eau est désormais pensée comme « un levier de justice sociale ». En Afrique subsaharienne, où des millions de femmes et d’enfants passent encore des heures chaque jour à aller chercher de l’eau, cette formule n’est pas un slogan. C’est un programme.