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Namibie recale Starlink, Musk perd encore en Afrique

Elon Musk - Starlink

Elon Musk voulait connecter l’Afrique. L’Afrique lui répond : pas à ces conditions. Le 23 mars, l’Autorité de régulation des communications de Namibie a rejeté la demande de licence de Starlink Internet Services Namibia, filiale locale de la société d’Elon Musk. Un camouflet net, expliqué sans détour lors d’une conférence de presse tenue le lendemain par la ministre des TIC Emma Theofelus et la présidente du régulateur Tulimevava Mufeti.

Ce n’est pas la première friction. En novembre 2024, la CRAN avait déjà ordonné l’arrêt des activités de Starlink et procédé à la saisie de terminaux l’entreprise opérant alors sur le territoire namibien sans aucune autorisation. La demande de licence déposée en juin 2024 visait précisément à régulariser cette situation. Elle vient d’être fermement rejetée.

Un dossier qui ne coche pas les cases

La demande a été évaluée selon six critères statutaires : concurrence, capacité technique et financière, disponibilité du spectre, propriété et contrôle, sécurité nationale et historique de conformité réglementaire. Starlink n’en a satisfait que trois sur six.

Le blocage principal est limpide. La présidente du régulateur a précisé que la filiale namibienne ne respectait pas l’exigence selon laquelle au moins 51 % du capital de tout opérateur de télécommunications doit être détenu par des citoyens ou entités namibiennes. « L’entité est entièrement détenue par des capitaux étrangers et ne répond donc pas aux exigences de propriété prescrites » a-t-elle déclaré sans ambages.

À cela s’ajoutent des préoccupations de sécurité nationale et des questions sur la capacité de faire respecter les obligations de conformité — un passif aggravé par les opérations illégales de 2024.

Un bras de fer qui dépasse la Namibie

Ce refus s’inscrit dans un rapport de force plus large entre les États africains et les géants technologiques américains. Le cas namibien rappelle la situation en Afrique du Sud, où Musk refuse de céder 30 % du capital à des groupes historiquement défavorisés, comme l’exige la législation locale. Sa réponse avait été d’une brutalité inhabituelle pour un chef d’entreprise : il avait qualifié ces règles de « racistes », affirmant sur X qu’il était bloqué parce qu’il n’était pas noir.

En Namibie, le contexte politique ajoute une couche supplémentaire. La décision intervient dans une région où les tensions entre Pretoria et Washington ont atteint un niveau inédit depuis des mois manifestations contre Trump, convocation de l’ambassadeur américain, désaccords sur les programmes de discrimination positive. Refuser Starlink dans ce climat, c’est aussi envoyer un signal politique.

La connectivité ne rachète pas tout

Starlink avait pourtant mis en avant des arguments solides. L’entreprise affirme pouvoir connecter les 65 % d’écoles namibiennes sans accès fiable à Internet, les 80 % d’établissements de santé limités à la 3G et plus d’un million de Namibiens hors ligne, notamment en zone rurale. Des chiffres réels, dans un pays où l’enclavement numérique reste une réalité quotidienne.

Mais Windhoek a tranché : la promesse technologique ne suffit pas à contourner la règle de souveraineté économique. Starlink dispose de 90 jours pour demander un réexamen de son dossier. L’issue dépendra de la volonté de Musk de faire ce qu’il a jusqu’ici refusé de faire en Afrique du Sud : ouvrir son capital aux acteurs locaux.

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