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G7 d’Évian : Trump obtient l’expulsion de l’Afrique du Sud

L'entretien du président sud-africain Cyril Ramaphosa avec son homologue Donald Trump, mercredi dans le bureau ovale à la Maison Blanche à Washington, a donné lieu à un échange tendu. REUTERS/Kevin Lamarque/File Photo

nesburg, en novembre dernier, le président français avait tendu la main à Cyril Ramaphosa et lui avait dit : venez à Évian en juin. C’était une invitation personnelle, un geste de solidarité affiché entre deux chefs d’État. Cinq mois plus tard, cette invitation a été retirée. Et l’Afrique du Sud sait pourquoi.

La présidence sud-africaine a annoncé que le président Cyril Ramaphosa n’était plus invité par la France à participer au sommet du G7 prévu en juin à Évian, en raison de pressions américaines. « On nous dit que les Américains ont menacé de boycotter le sommet du G7 si l’Afrique du Sud était invitée »  a déclaré le porte-parole Vincent Magwenya.

La France entre deux feux

Paris s’est empressé de nier. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a assuré que son pays n’avait « cédé à aucune pression » mais avait fait le choix d’un « G7 resserré », invitant à la place le Kenya pour préparer le sommet Africa Forward prévu en mai à Nairobi. Un responsable américain a également démenti toute pression sur Paris.

Mais la chronologie ne ment pas. C’est Macron qui avait invité Ramaphosa. C’est la France qui a retiré l’invitation. Et c’est dans le même mouvement que les États-Unis, présidents tournants du G7 cette année, ont exclu l’Afrique du Sud de leurs travaux de groupe. Donald Trump avait déjà boycotté le sommet du G20 organisé à Johannesburg en novembre dernier. Le scénario se répète, avec une régularité qui dit tout sur la nature de ces pressions.

Pretoria, de son côté, a choisi la retenue. Le porte-parole de la présidence s’est rétracté quelques heures après ses premières déclarations, affirmant qu’« à sa connaissance » il n’y avait eu de « pressions d’aucun pays ». Une reculade diplomatique qui en dit autant que les premières déclarations : quand on dépend autant du commerce international et des relations avec les grandes puissances, on ne peut pas se permettre de nommer l’ennemi trop longtemps.

Une Afrique du Sud méthodiquement mise au ban

Ce n’est pas un incident isolé. C’est une stratégie. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, l’Afrique du Sud fait l’objet d’une campagne d’isolation internationale systématique. Washington accuse Pretoria d’une prétendue persécution des fermiers blancs et lui reproche sa plainte pour des actes de génocide visant Israël dans sa guerre à Gaza, déposée devant la Cour internationale de Justice.

Les représailles ont été concrètes et multiples. L’administration américaine avait expulsé en mars 2025 l’ambassadeur sud-africain à Washington, Ebrahim Rasool, qui n’a toujours pas été remplacé. Des droits de douane de 30 %  les plus élevés d’Afrique subsaharienne  avaient été imposés sur la majorité des exportations sud-africaines, avant d’être retoqués par la Cour suprême américaine. Et maintenant, l’exclusion du G7.

L’Afrique du Sud avait manifesté par milliers il y a une semaine à peine, au son du slogan « On ne va pas se laisser marcher dessus ». La réponse de Washington est sans ambiguïté : si.

Le Kenya à la place de Pretoria — un message dans un message

Le choix du Kenya comme invité de remplacement au G7 n’est pas neutre. Nairobi entretient des relations nettement plus accommodantes avec Washington, et son président William Ruto a cultivé une image de partenaire fiable pour les investisseurs américains et européens. En substituant le Kenya à l’Afrique du Sud, Paris envoie un signal aux gouvernements africains : la souveraineté a un prix, et ce prix se paie dans les salons diplomatiques des grandes puissances.

Pretoria l’a compris. « La relation diplomatique entre les États-Unis et l’Afrique du Sud existait avant l’administration Trump, et survivra au mandat actuel de la Maison Blanche » a déclaré le porte-parole. Une phrase digne. Mais qui n’efface pas le fait que la première économie du continent africain vient, une fois de plus, d’être exclue de la table où se décide l’ordre du monde.

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