Il y a des déclarations qui laissent sans voix. Celle de Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président Yoweri Museveni, en est une. Dans un message publié le 27 mars sur ses réseaux sociaux, le général a affirmé être prêt à mener une offensive terrestre contre l’Iran aux côtés d’Israël — et s’est même permis d’évaluer le temps qu’il lui faudrait pour capturer la capitale iranienne.
« J’ai entendu dire que nos amis en Israël cherchaient une division pour s’emparer de Téhéran. Personnellement, je pense qu’une division, c’est trop. Une brigade de l’UPDF ferait le travail rapidement », a-t-il déclaré, en référence à l’armée de défense populaire ougandaise. Et d’ajouter, avec une assurance déconcertante : « La prise de Téhéran ne devrait pas nous prendre plus de deux semaines. »
Une surenchère verbale dans un conflit réel
Le contexte dans lequel ces déclarations ont été faites n’est pas anodin. La guerre entre Israël et l’Iran, déclenchée fin février après des frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, a transformé le Moyen-Orient en zone de haute tension. Les missiles s’échangent. Les infrastructures pétrolières brûlent. Le détroit d’Ormuz est partiellement bloqué. Dans ce contexte explosive, sortir ce genre de déclaration n’est pas simplement provocateur — c’est potentiellement dangereux diplomatiquement pour l’Ouganda.
Muhoozi Kainerugaba n’en est pas à sa première sortie tonitruante sur les réseaux sociaux. Ce général de 51 ans, dauphin désigné de son père au pouvoir depuis 1986, a l’habitude d’utiliser X comme tribune pour des prises de position fracassantes — souvent à la limite du grotesque, parfois à celle de l’incident diplomatique. Il avait déjà menacé publiquement l’opposition ougandaise, évoqué des opérations militaires contre des pays voisins, et tenu des propos sur Bobi Wine qui avaient contraint Kampala à présenter des excuses officielles.
L’Ouganda et Israël : une alliance assumée
Derrière la fanfaronnade, il y a une réalité géopolitique. L’Ouganda entretient des liens historiquement solides avec Israël — coopération militaire, renseignement, formation des forces spéciales. Muhoozi ne parle pas dans le vide : il affiche une solidarité qui reflète le positionnement officiel de Kampala, même si la forme choisie dépasse largement le cadre de la diplomatie ordinaire.
Mais affirmer qu’une brigade ougandaise suffirait à « prendre Téhéran en deux semaines » — capitale d’un pays de 90 millions d’habitants doté de l’une des armées les plus aguerries de la région, qui vient d’abattre des chasseurs F-16 — relève d’une déconnexion avec la réalité militaire que même ses partisans les plus fervents auront du mal à défendre sérieusement.
Kampala dans l’embarras
Ces déclarations mettent le gouvernement ougandais dans une position délicate. L’Iran est un partenaire commercial et diplomatique de plusieurs pays africains. La Ligue arabe, l’Union africaine, et nombre de gouvernements du continent ont exprimé leurs réserves sur l’escalade militaire au Moyen-Orient. Que le fils et chef de l’armée du président ougandais propose publiquement d’envahir Téhéran — fût-ce sur X — est le genre de déclaration qui ne passe pas inaperçue dans les chancelleries.
Pour l’heure, ni la présidence ougandaise ni le ministère des Affaires étrangères n’ont commenté les propos de Muhoozi Kainerugaba. Le silence officiel est lui aussi une forme de réponse.