Politique

Algérie : L’ancien président algérien Liamine Zéroual est mort

Liamine Zéroual,

Il est mort comme il avait gouverné : sans bruit, sans exiger les honneurs, loin des projecteurs. L’ancien président algérien Liamine Zéroual a rendu l’âme dans la soirée du 28 mars 2026 à l’hôpital militaire Mohamed Seghir Nekkache à Alger, des suites d’une longue maladie, à l’âge de 84 ans. La présidence a décrété trois jours de deuil national. Ce lundi, sa dépouille a été conduite à Batna, sa ville natale, où des milliers de citoyens ont afflué pour se recueillir une dernière fois. L’Algérie pleure un homme rare. Rare parce qu’il avait le pouvoir et qu’il a choisi de le rendre.

Né dans les Aurès, forgé par la guerre

Né en 1941 à Batna, dans le nord-est algérien, Liamine Zéroual prend les armes à 16 ans pour rejoindre la lutte pour l’indépendance. Après 1962, il construit une carrière militaire rigoureuse, formé en Union soviétique, en Égypte et en France, gravissant les échelons jusqu’au grade de général. Un homme de l’institution, marqué par la discipline et le sens du devoir mais aussi par une indépendance d’esprit qui le distinguera de ses pairs.

Président d’urgence dans une Algérie en feu

C’est dans les pires années que l’histoire l’a convoqué. Il accède au pouvoir en 1994, dans un contexte de crise sécuritaire, avant d’être élu président de la République en 1995 lors de la première élection pluraliste du pays. La « décennie noire » fait alors des dizaines de milliers de morts. L’État chancelait. Les institutions étaient à genoux. Et Zéroual a dû gouverner en tenant à la fois le fusil et la main tendue.

Selon le politologue Mehdi Boukaouma, interviewé ce matin sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, « Liamine Zéroual a assumé la responsabilité de diriger un pays fragilisé par le terrorisme et l’instabilité institutionnelle. Son action s’est distinguée par une double approche, à la fois sécuritaire et politique. D’un côté, il a renforcé la lutte contre le terrorisme en s’appuyant sur l’ANP. De l’autre, il a initié un processus politique visant à restaurer le dialogue et à ouvrir la voie à une sortie de crise durable. »

Cette stratégie combinée loi de la Rahma, premières étapes de la concorde civile, réhabilitation du dialogue politique est « aujourd’hui étudiée à l’international » selon Boukaouma, qui estime que « l’Algérie est devenue un cas d’école dans la gestion du terrorisme et des crises internes, bien avant que ce phénomène ne prenne une ampleur mondiale après les attentats du début des années 2000. »

La Constitution de 1996 : son héritage le plus durable

Parmi les actes fondateurs de son mandat, la Constitution de 1996 reste peut-être son legs le plus structurant. Boukaouma rappelle que Zéroual a « œuvré à la reconstruction des institutions en organisant des élections pluralistes et en introduisant dans la Constitution de 1996 des principes fondamentaux tels que la limitation des mandats présidentiels. C’était une vision moderne et responsable du pouvoir, fondée sur l’idée de l’État et non sur celle de domination personnelle. »

Un détail qui prend aujourd’hui une résonance particulière dans un pays où son successeur Abdelaziz Bouteflika modifiera précisément cette limitation pour s’accrocher au pouvoir pendant vingt ans.

L’acte le plus rare : partir de soi-même

Ce qui distingue Zéroual de presque tous ses contemporains africains, c’est un geste que les dictionnaires politiques peinent à classer : il choisit d’écourter son propre mandat en 1998 et convoque une élection présidentielle anticipée, remportée par Abdelaziz Bouteflika en 1999. Un homme au sommet de l’État algérien qui décide, de lui-même, que le moment est venu de partir.

« C’est la preuve qu’il était un homme d’État et non un homme de pouvoir », conclut le politologue Boukaouma. Après son départ du Palais d’El Mouradia, Zéroual choisit de retourner mener une vie simple dans sa ville natale de Batna refusant toutes les sollicitations pour revenir aux affaires, se tenant à l’écart des polémiques et des luttes d’influence qui ont agité l’Algérie ces vingt dernières années.

Ce choix-là, le silence volontaire d’un homme qui avait tout le droit de parler est peut-être sa leçon la plus précieuse pour un continent où les présidents partent rarement de leur plein gré.

Batna pleure son fils

Ce lundi, c’est toute une ville qui l’a accueilli une dernière fois. Les citoyens ont afflué au siège de la wilaya de Batna pour se recueillir devant sa dépouille. Les Verts, en déplacement en Italie pour un match amical, ont observé une minute de silence en sa mémoire. Le président Tebboune a reçu des messages de condoléances du monde entier.

Liamine Zéroual laisse derrière lui une Algérie qui se souvient de lui comme d’un homme qui, dans l’adversité, a su choisir la nation plutôt que le trône.

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