Il y a eu un craquement dans la nuit de Guadalajara. Et à Kinshasa, à Lubumbashi, à Goma, à Bukavu, dans chaque quartier, chaque bar, chaque salon où des millions de Congolais retenaient leur souffle depuis 52 ans, il y a eu une explosion de joie. Axel Tuanzebe, à la 100e minute de jeu, délivrait les Léopards d’un but de la cuisse sur corner. La RDC battait la Jamaïque 1-0 après prolongation et retrouvait la Coupe du monde, 52 ans après sa seule et unique participation sous le nom de Zaïre. Le dixième ticket africain pour le Mondial 2026 venait d’être composté, au terme d’une nuit d’épuisement et de folie collective.
L’Afrique sera donc en force à la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada à partir du 11 juin. Dix nations africaines prendront part à cette édition historique élargie à 48 équipes. Voici leur portrait.
L’Algérie : retour de l’ogre
Les Fennecs retrouvent le Mondial après quatre ans d’absence. Qualifiés dans le groupe D avec l’Angleterre, l’Espagne et le Panama, ils arrivent avec une génération dorée portée par Riyad Mahrez en fin de carrière et une nouvelle vague de talents issus de la double culture algéro-européenne. Le sélectionneur Vladimir Petković a réussi à donner une cohésion à un groupe longtemps divisé. L’Algérie a écrasé le Guatemala 3-0 en amical il y a trois jours, envoyant un signal clair.
Le Cap-Vert : le petit poucet
Quelle épopée pour les Requins Bleus. Première qualification de leur histoire pour une Coupe du monde. Ce petit archipel de 600 000 habitants a éliminé des mastodontes africains et s’apprête à rejoindre son groupe avec l’humilité de ceux qui n’ont rien à perdre et tout à prouver. Leur qualification est l’une des plus belles histoires de ces éliminatoires africains.
La RDC : 52 ans après
La RD Congo s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2026 en écartant la Jamaïque 1-0 après prolongation en finale de barrage intercontinental. Le match s’est déroulé dans une atmosphère verrouillée. Dès la 3e minute, Bakambu croyait ouvrir le score mais le but était refusé pour hors-jeu. Leon Bailey s’écrasait sur le poteau à la 40e minute côté jamaïcain. Puis vint Tuanzebe, à la 100e, pour inscrire dans l’histoire un but de la cuisse qui valait 52 ans d’attente. Les Léopards rejoignent le groupe K avec le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan. Leur parcours pour y arriver restera dans les annales : le Nigeria éliminé aux tirs au but, le Cameroun battu, et maintenant la Jamaïque vaincue au bout de la nuit. Le sélectionneur du Sénégal Pape Thiaw l’avait résumé avant le match : « Tout un continent africain est derrière vous. »
L’Égypte : les Pharaons et Mohamed Salah
L’Égypte arrive au Mondial dans une configuration particulière : Mohamed Salah, après son départ de Liverpool annoncé en mars, disputera sa dernière grande compétition internationale sous le maillot des Pharaons. À 34 ans, l’attaquant le plus prolifique de l’histoire des clubs anglais voudra offrir à son pays quelque chose que sa génération n’a jamais réussi à décrocher : une victoire en phase finale mondiale. Les Pharaons ont impressionné en amical, écrasant l’Arabie Saoudite 4-0 quelques jours avant la fin des qualifications.
Le Ghana : les Black Stars en reconstruction
Après un Mondial 2022 décevant au Qatar, le Ghana a reconstruit sous la houlette d’Otto Addo. Une nouvelle génération, plus équilibrée défensivement, s’est qualifiée avec sérieux. Les Black Stars restent une équipe à double visage : capable de battre n’importe qui les bons jours, capable de décevoir les mauvais. L’Allemagne battue en amical cette semaine leur a donné confiance.
La Côte d’Ivoire : les éléphants
La Côte d’Ivoire arrive au Mondial 2026 portée par une qualification solide et une génération de joueurs qui évoluent au plus haut niveau européen. Franck Kessié, Sébastien Haller de retour à pleine capacité après sa bataille contre la maladie, Simon Adingra, Nicolas Pépé — les Éléphants disposent d’un effectif complet, capable de jouer le coup à fond. Leur objectif affiché est de passer la phase de groupes et d’aller le plus loin possible dans la compétition, là où les générations précédentes ont souvent buté. Pour une nation qui a remporté la CAN 2023 à domicile et qui nourrit de grandes ambitions footballistiques, ce Mondial est une étape, pas une fin en soi.
Le Maroc : les Lions de l’Atlas veulent confirmer 2022
La demi-finale du Mondial 2022 au Qatar reste le sommet de l’histoire du football africain en Coupe du monde. Walid Regragui depuis démis de ses fonctions et ses hommes ont tout fait pour rester dans cette dynamique. Qualifiés aisément dans les éliminatoires africains, les Lions de l’Atlas arrivent parmi les favoris du continent. Le défi est de prouver que 2022 n’était pas un accident mais le début d’une ère.
Le Sénégal : les champions qui veulent le prouver sur la scène mondiale
Qu’ils soient ou non reconnus comme champions d’Afrique en titre, les Lions de la Teranga arrivent au Mondial avec une génération de talents exceptionnels. Sadio Mané, en fin de carrière internationale, Ismaïla Sarr, Nicolas Jackson et une équipe collective qui a battu le Pérou 2-0 en amical il y a trois jours au Stade de France, devant une tribune en fête. Leur groupe au Mondial les place face à la France, la Norvège et la Bolivie ou l’Irak. Un groupe ouvert où la qualification pour les huitièmes est jouable.
L’Afrique du Sud : les Bafana Bafana de retour
Première qualification des Bafana Bafana depuis 2010, année où le pays organisait le Mondial. Seize ans après avoir accueilli la planète foot chez eux, les Sud-Africains reviennent sur la scène mondiale avec une équipe jeune, athlétique et volontaire. Leur match amical contre le Panama, conclu sur un nul cette semaine, a montré à la fois leurs qualités et leurs limites défensives.
La Tunisie : discrets mais solides
Les Aigles de Carthage sont la seule nation africaine à avoir participé à toutes les grandes éditions récentes du Mondial. Discrets, efficaces, défensivement solides. La Tunisie ne fait jamais rêver avant la compétition et finit parfois par surprendre. Sa progression spectaculaire au classement militaire mondial en 2026 (+11 places) dit quelque chose d’une nation qui construit méthodiquement ses structures, footballistiques comme sécuritaires.
Pour la première fois de l’histoire, l’Afrique arrive à une Coupe du monde comme une force footballistique que personne ne peut ignorer. La RDC au groupe K, le Maroc en quête de confirmer 2022, le Sénégal et l’Égypte en pleine puissance, cet été en Amérique du Nord, le football africain écrira de nouvelles pages.