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    RDC : « Tshisekedi, l’homme qui avait tout pour réussir, et qui a déçu » Hénoс Manoka Tezo

    Felix Tshisekedi, président de la RDC
    Felix Tshisekedi, président de la RDC

    L’avocat Hénoс Manoka Tezo, auteur de La Constitution congolaise du 18 février 2006 à la croisée des chemins, dresse un réquisitoire implacable contre le bilan de Félix Tshisekedi. Non par animosité personnelle, dit-il, mais précisément parce qu’il attendait beaucoup et qu’il a été déçu.

    Il y a des jugements qui font plus mal parce qu’ils viennent de ceux qui vous admiraient. Hénoс Manoka Tezo, avocat congolais et fin observateur de la vie constitutionnelle de son pays, ne cache pas que Félix Tshisekedi était, à ses yeux, le président que le Congo attendait depuis son indépendance. Mais aujourd’hui, il parle de « déception totale ». Et les raisons qu’il avance méritent d’être entendues avec attention, parce qu’elles ne sont pas celles des ennemis politiques habituels, elles sont celles d’un homme qui croyait.

    Le Congo le mieux hérité de son histoire

    Pour comprendre la déception, il faut d’abord comprendre l’argument central de Maître Manoka Tezo : Félix Tshisekedi est, selon lui, le chef d’État congolais qui a trouvé les meilleures conditions de gouvernance depuis l’indépendance. Et c’est précisément pour cela qu’il ne peut pas s’exonérer de ses résultats.

    L’avocat dresse le tableau des héritages difficiles de ses prédécesseurs avec une rigueur historique désarmante. Joseph Kasavubu a trouvé un Congo encore tenu par les Belges, une armée gérée par des étrangers, des insurrections de la Force publique, une souveraineté formelle mais pas réelle. « On lui avait remis une nourriture empoisonnée », dit-il. Mobutu hérite d’un pays fracturé par les sécessions du Kasaï et du Katanga, et passe des décennies à tenter de l’unifier. Laurent-Désiré Kabila arrive dans un État exsangue plus d’argent dans les caisses, pas d’institutions, une classe politique en exil, tout est à reconstruire. Joseph Kabila, lui, doit faire face aux Mobutistes et aux séquelles de deux guerres continentales qui ont transformé l’est du pays en champ de ruines.

    Tshisekedi, lui ? Il a trouvé des institutions en place. Une monnaie. Une armée certes imparfaite dans sa structuration interne, mais une armée congolaise. Un État qui fonctionnait. Et surtout, une histoire personnelle et familiale qui lui donnait une longueur d’avance considérable sur tous ceux qui l’avaient précédé.

    Un homme préparé comme aucun autre

    L’argument de Manoka Tezo sur la biographie de Tshisekedi est au cœur de sa déception. « Félix Tshisekedi a vécu dans la marmite du pouvoir », dit-il. Son père, Étienne Tshisekedi, a été Premier ministre, ministre, ambassadeur. Il a dirigé l’UDPS pendant des décennies de lutte, affrontant Mobutu, puis les Kabila. Félix a grandi en observant de l’intérieur ce que peu de politiciens congolais ont jamais pu voir : la politique non pas à la télévision, mais à la table familiale. « Ce que nous avons appris par l’effort et la compréhension des événements, lui, il l’a appris parce que son père en parlait chez lui. »

    Il a vécu en Europe, non pas pour se la couler douce, précise l’avocat, mais contraint par l’exil politique. Cette expérience lui a donné une vision du monde, une connaissance des démocraties réelles, un recul que ni Kasavubu, ni Mobutu, ni Laurent-Désiré Kabila n’avaient eu. Il connaissait l’agression rwandaise depuis l’enfance, parce que son père en parlait à la maison avant même que la grande presse n’en fasse un sujet.

    Trente ans d’opposition. Une famille qui incarne la résistance démocratique. Un pays mieux équipé institutionnellement qu’il ne l’avait jamais été. Et un adversaire , Joseph Kabila, qu’il a su neutraliser politiquement en faisant quelque chose d’inédit dans l’histoire congolaise : une alliance, plutôt qu’une guerre d’élimination. « C’est le seul président qui a pu débarquer au pouvoir sans avoir à faire face à ceux qui étaient là avant lui. »

    Et pourtant. La déception.

    C’est là que Manoka Tezo devient le plus sévère. Avec toutes ces cartes en main, la légitimité historique, la formation politique familiale, les institutions en place, l’expérience de l’exil, Tshisekedi a reproduit exactement les travers qu’il était censé corriger.

    « Lorsque Kabila débarque, il fait débarquer tous les Mobutistes. Lorsque Tshisekedi débarque, il ramène tous les Kabilistes. » Le schéma de la prédation se répète : les proches du pouvoir s’enrichissent, les anciens adversaires sont absorbés plutôt qu’écartés, et la diaspora revenue d’Europe occupe des positions de force dans un pays qu’elle a quitté depuis des années. « On parle de gens qui étaient à peine vendeurs de pizzas en Europe et qui deviennent aujourd’hui de grands acteurs politiques dans notre pays. »

    Pour l’avocat, le vrai crime n’est pas d’avoir échoué dans des conditions impossibles, c’est d’avoir échoué alors que les conditions étaient réunies. « Il pouvait nous faire rêver. Il n’avait aucune raison de nous ramener le Congo tel qu’on le trouve aujourd’hui. Il n’avait aucune raison qu’on parle aujourd’hui encore de l’agression rwandaise. »

    Aimer, c’est aussi exiger

    Maître Manoka Tezo conclut avec une formule qui dit tout sur sa posture : « On dit souvent : qui aime bien châtie bien. Ce n’est pas parce qu’on l’aime qu’on ne doit pas le critiquer. C’est précisément parce qu’on l’aime qu’on doit le critiquer. »

    C’est le jugement le plus dur qui soit dans la vie politique non pas celui de l’ennemi, mais celui de celui qui croyait. Et qui n’a pas vu venir ce qu’il aurait dû voir venir : un homme qui avait tous les outils pour changer l’histoire de son pays, et qui a choisi de reproduire celle de ses prédécesseurs.

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