Ce n’est pas la Une des grands journaux. Pourtant, c’est exactement le genre de décision qui change la vie de millions de personnes dans des zones que personne ne filme. La Banque Ouest Africaine de Développement a approuvé, lors de sa session des 25 et 26 mars 2026, un financement de 29,7 milliards de FCFA en faveur du Projet de Développement Intégré du Wassoulou, destiné à renforcer la sécurité alimentaire et à faciliter les échanges transfrontaliers entre la Côte d’Ivoire, le Mali et la Guinée.
Le Wassoulou est une région à cheval sur trois frontières, dans le nord-ouest ivoirien. Une zone frontalière où les activités agricoles et pastorales constituent l’essentiel de l’économie des populations, exposée aux aléas climatiques et aux variations hydriques qui rendent les récoltes aléatoires d’une saison à l’autre. Le dispositif financier soutient la construction de deux barrages collinaires et l’aménagement d’environ 800 hectares de périmètres irrigués. Deux barrages. Huit cents hectares irrigués. Ce sont des familles qui pourront semer même quand la pluie ne vient pas.
La BOAD, outil de souveraineté économique régionale
Ce financement n’est pas anodin dans son contexte. Il intervient au moment où le Mali, l’un des trois pays bénéficiaires, traverse une période de tensions diplomatiques intenses avec ses voisins de la CEDEAO. Le fait que la BOAD, institution commune aux pays de l’UEMOA — continue de financer des projets transfrontaliers impliquant le Mali dit quelque chose d’important : les institutions économiques régionales peuvent maintenir des ponts là où les institutions politiques les ont coupés.
C’est précisément la vocation de la BOAD depuis sa création : financer le développement intégré de l’Afrique de l’Ouest, par-delà les turbulences politiques. Ce projet Wassoulou en est une illustration concrète, trois pays, une vallée, un projet commun, un financement africain.
Dans un continent où la dépendance aux financements extérieurs reste un sujet de débat permanent, chaque milliard de FCFA mobilisé par une institution africaine pour financer l’Afrique est un pas de plus vers la souveraineté économique que réclament les peuples du continent.