Jeudi 2 avril à l’Assemblée nationale et le Sénat du Cameroun se réunissent en Congrès au Palais des Verres Paul Biya de Ngoa-Ekellé, à Yaoundé. Le président de l’Assemblée nationale, Datouo Théodore, a signé ce 1er avril l’arrêté portant convocation du Parlement en Congrès, à la demande du Président de la République. Selon le document officiel, ce Congrès aura pour objectif principal la modification de certaines dispositions de la Constitution.
L’agenda officiel parle de « prorogation du mandat des conseillers municipaux » et d’ajustements électoraux. Mais au Cameroun, personne n’est dupe. La révision constitutionnelle n’est plus un secret de palais. Le cœur du projet repose sur la création d’un poste de vice-président de la République, évoquée depuis les années 2000 mais jamais concrétisée. La piste privilégiée est une nomination par le chef de l’État et non une élection cohérente avec la nature présidentialiste du régime.
Le vide juridique qui fait peur à Etoudi
Pour comprendre l’urgence de cette manœuvre, il faut regarder la réalité en face. Paul Biya, 93 ans, a entamé le 12 octobre 2025 un mandat présidentiel qui doit théoriquement s’achever en 2032. Mais l’absence de vice-président dans l’architecture institutionnelle actuelle crée un vide juridique en cas de vacance du pouvoir. La Constitution prévoit certes que le président du Sénat assure l’intérim mais ce scénario ne garantit pas aux cercles proches du pouvoir la continuité qu’ils recherchent.
Les héritiers putatifs, qui se préparaient à une transmission ordonnée, découvrent que le cadre légal actuel ne garantit pas leur maintien. La révision constitutionnelle apparaît comme la solution pour pallier cette fragilité institutionnelle. En clair : il faut placer quelqu’un avant qu’il ne soit trop tard.
Une Constitution comme outil de verrouillage
Ce n’est pas la première fois. La révision de 2008 visait à éliminer l’alternance en supprimant la limitation des mandats présidentiels. Celle de 2026, si elle aboutit, viserait à contrôler la transition. Le mécanisme est identique : utiliser l’outil constitutionnel pour neutraliser les incertitudes politiques.
Haman Mana, directeur de publication du journal camerounais Le Jour et voix respectée de l’analyse politique nationale, l’a formulé sans ambages dans un éditorial du 24 mars : la succession du chef de l’État n’est pas une affaire de personnes, mais l’aboutissement logique d’un système politique arrivé à maturité ou à épuisement. La réforme annoncée ne serait qu’un trompe-l’œil institutionnel si elle ne s’accompagne pas d’une transformation structurelle.
Le Parlement camerounais, largement dominé par le RDPC, dispose de la majorité des deux tiers nécessaire pour adopter une révision constitutionnelle. La capacité d’adoption est donc là. Ce qui ne l’est pas, c’est la légitimité démocratique d’un Parlement dont le mandat a lui-même été prorogé à deux reprises.
Le Cameroun de 2026 n’est plus celui de 1982
Avec plus de 35 millions d’habitants, une majorité de jeunes connectés et exposés aux standards démocratiques mondiaux, le maintien d’un système fondé sur l’exclusion et la captation des ressources apparaît de plus en plus déphasé. Ce qui fonctionnait dans un contexte d’accès limité à l’information ne tient plus face à une jeunesse exigeante.
La question que posent les Camerounais ce matin n’est pas technique. Elle est simple : quarante-trois ans après l’arrivée de Paul Biya au pouvoir, le Cameroun choisira-t-il enfin sa propre transition ou laissera-t-il une fois de plus un homme choisir à sa place ?
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