Société

RDC : « Et nous ? », la jeunesse de Kinshasa interpelle Tshisekedi en pleine fête des Léopards

La jeunesse kinoise celebre les leopards
La célébration était parfaite. Trop parfaite peut-être pour rester dans son cadre. Ce dimanche au Palais du Peuple, à peine le président Félix Tshisekedi avait-il achevé d’égrener les récompenses promises aux Léopards : une maison, une voiture, les primes que la foule a changé de registre. Sans transition, sans signal, comme si la question attendait depuis trop longtemps pour se taire encore. Des milliers de voix ont fusionné en un seul mot d’ordre : « Et nous ? ». Kinshasa venait de transformer une célébration sportive en interpellation politique. En direct. Devant les caméras. Devant le président.

L’échange qui dit tout

Le président congolais Felix Tshisekedi a tenté de retourner la pression. « Vous avez demandé la baisse du dollar, c’est chose faite ou pas ? » La réponse de la foule n’a pas hésité une seconde : « Non. Nous voulons du travail. »

Alors le président a sorti la formule. Celle que les Congolais connaissent par cœur, celle qui accompagne ce mandat depuis ses débuts, depuis la campagne de 2018, depuis les discours de 2019, de 2021, de 2023 : « Le travail arrive. »

Sept ans. Le travail arrive toujours.

Une jeunesse qui a cessé d’attendre en silence

La RDC est le pays le plus jeune du monde par la structure de sa population. Plus de 60 % des Congolais ont moins de 25 ans. Cette jeunesse a grandi avec Tshisekedi au pouvoir. Elle n’a pas connu autre chose depuis qu’elle est en âge de voter, de travailler, de construire quelque chose.

Ce qu’elle a connu, c’est le chômage structurel d’une économie qui peine à transformer ses ressources en emplois. Une inflation qui érode le pouvoir d’achat des ménages et dont les effets se font sentir jusque dans les marchés de Kinshasa. Des promesses de diversification économique dont les fruits tardent à descendre jusqu’aux quartiers populaires : Lemba, Masina, Ndjili, Kasa-Vubu, ces mêmes quartiers qui avaient vibré quelques heures plus tôt pour les Léopards.

La joie était réelle. La colère aussi. Les deux coexistent depuis longtemps dans cette ville. Ce dimanche, pour une fois, la deuxième a osé interrompre la première.

Le paradoxe de la célébration

Il y a quelque chose de révélateur dans ce moment. La foule n’a pas boudé le retour des Léopards. Elle a célébré, crié, chanté, pleuré. Elle était là. Elle a fait le chemin depuis N’Djili jusqu’au Palais du Peuple dans la chaleur et la bousculade. Elle a offert aux joueurs ce bain de foule qui restera dans les mémoires.

Mais quand le président a commencé à distribuer les maisons et les voitures, quelque chose s’est déclenché. Peut-être la comparaison entre ce que l’État peut offrir quand il le décide, et ce qu’il ne parvient pas à offrir au quotidien. Peut-être la conscience que la générosité présidentielle a ses priorités et que la jeunesse de Kinshasa n’en fait pas toujours partie.

« Et nous ? » Ce n’est pas une question contre les Léopards. C’est une question sur le contrat social. Sur ce que l’État doit à ceux qui ne marquent pas de but mais qui existent quand même, qui ont faim quand même, qui cherchent du travail quand même.

Sept ans et la patience demandée

Felix Tshisekedi dirige le Congo depuis 2019. Il a été réélu en 2023. Ses partisans soulignent des avancées réelles :  la gratuité de l’école primaire, des investissements en infrastructure, la qualification historique des Léopards comme symbole d’un pays qui reprend confiance. Ses détracteurs pointent une économie qui ne descend pas, un franc congolais sous pression, un chômage de masse qui ne recule pas.

Ce qui est certain, c’est que la formule « le travail arrive » a une date de péremption. Pas une date calendaire. Une date de tolérance sociale. Et ce dimanche au Palais du Peuple, devant les Léopards et les caméras, la foule kinoise a envoyé un signal : cette date se rapproche.

Les joueurs ont eu leur fête, méritée, magnifique. La RDC sera au Mondial 2026. C’est acquis, c’est historique, c’est réel.

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