Depuis l’aéroport international de N’Djili jusqu’au Palais du Peuple, des kilomètres de foule, de drapeaux, de cris et de larmes. Ce dimanche 5 avril 2026, la capitale congolaise a vécu l’un de ces moments rares où tout un peuple respire ensemble.
Les Léopards avaient arraché leur qualification le 31 mars à Guadalajara, au Mexique, en battant la Jamaïque 1-0 après prolongation. Axel Tuanzebe, défenseur central, avait libéré tout un peuple à la 100e minute sur un coup de pied arrêté. La dernière participation de la RDC à une Coupe du monde remontait à 1974, sous l’appellation Zaïre. Cinquante-deux ans. Une génération entière de Congolais qui n’avait jamais connu ça.
Le trajet, un bain de foule de plusieurs heures
L’avion s’est posé à N’Djili en matinée. Là commençait le vrai défi : rejoindre le centre-ville dans un cortège qui allait devenir l’un des plus longs et des plus denses de l’histoire récente de Kinshasa. Des habitants massés dès l’aube sur les artères, certains depuis la veille au soir. Des drapeaux bleu ciel étoilé jaune partout aux fenêtres, sur les motos, tendus entre les arbres. Des enfants portés sur les épaules pour apercevoir les joueurs. Des anciens qui pleuraient sans s’en excuser.
Le cortège a avancé lentement, happé par une foule qui ne voulait pas laisser passer ses héros trop vite. Chaque arrêt donnait lieu à des scènes de liesse. De Lemba à Ngaliema, en passant par Kasa-Vubu et Masina, les rues s’étaient transformées en une immense scène de célébration. Au bout du trajet, le Palais du Peuple, siège du parlement de transition devenu, pour une journée, le cœur battant de la nation.
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Tshisekedi, les promesses et les cadeaux
Le président Félix Tshisekedi avait lui-même lancé l’appel à la mobilisation dans les jours précédents, appelant à un accueil sans précédent pour des joueurs qu’il a qualifiés de « gladiateurs modernes ». Il les attendait au Palais du Peuple, entouré des officiels et membres du gouvernement.
Face à la sélection réunie, le chef de l’État a annoncé ce que la nation offre en retour de cet exploit : une maison et une voiture pour chaque joueur et chaque membre du staff technique. Les primes habituelles s’y ajoutent. Un geste fort, à la hauteur d’un moment que Tshisekedi a décrit comme historique pour le pays tout entier.
Le président a également fixé une ambition pour la suite. Le Congo, dit-il, ne manquera plus ce grand rendez-vous qu’est la Coupe du monde. Cette génération a ouvert une voie. Il appartient désormais aux structures, fédération, académies, sélections de jeunes de la maintenir ouverte.
La parole du capitaine
Chancel Mbemba, capitaine des Léopards, a pris la parole devant la foule massée au Palais du Peuple. Sobre, ému, direct : « Grâce au chef de l’État, à la fédération et à vous tous, nous, ses enfants, avons eu l’opportunité de nous battre pour notre pays. »
Une phrase qui dit tout de ce que représente ce moment. Pas seulement une qualification sportive. Un acte collectif, accompli par des hommes qui portaient le poids de cinquante-deux ans d’absence et qui l’ont déposé, le 31 mars, sur la pelouse d’un stade mexicain.
La RDC est placée dans le groupe K de la Coupe du monde, aux côtés du Portugal, de la Colombie et de l’Ouzbékistan. Le tournoi commence en juin. D’ici là, Kinshasa a déjà gagné quelque chose que les tableaux de résultats ne mesurent pas la certitude, retrouvée après trop longtemps, que ce pays peut se dresser.