Société

RDC : Tshisekedi érige la cité Kimbanguiste de Nkamba en Ville Sainte

Le président Felix Tshisekedi au Temple kimbanguiste de Nkamba
Ce lundi 6 avril 2026, le président Félix Tshisekedi s’est rendu à Nkamba, dans la province du Kongo Central, pour les commémorations annuelles du prophète Simon Kimbangu. Face aux fidèles kimbanguistes rassemblés pour l’occasion, il a pris une décision dont l’écho dépassera largement la journée : « Je viens de prendre une nouvelle décision : celle de donner un statut spécial à la cité de Nkamba. Elle devient désormais Ville Sainte. »

Une annonce symboliquement puissante, adressée à l’une des communautés religieuses les plus importantes de la RDC, le lendemain du retour triomphal des Léopards à Kinshasa.

Nkamba, berceau d’un prophète et d’une Afrique debout

Temple kimbanguiste de Nkamba

Temple kimbanguiste de Nkamba

Pour comprendre le poids de cette décision, il faut revenir à ce que représente Nkamba dans la mémoire congolaise. Né le 12 septembre 1887 dans cette cité du Bas-Congo, Simon Kimbangu est un prophète qui s’est battu pour la restauration du grand empire Kongo. Le 6 avril 1921 — date exactement choisie pour ces commémorations, il se déclare investi d’une mission divine après avoir accompli ce que ses fidèles considèrent comme une guérison miraculeuse sur une femme abandonnée par la médecine.

La popularité dont il jouissait auprès des Congolais ne pouvait plaire aux missionnaires catholiques et protestants qui voyaient leurs églises se vider au profit du village de Nkamba, devenu « la Jérusalem noire ». Il s’attaquait aux missionnaires blancs qui utilisaient l’évangile avec le fouet pour asseoir leur domination, contrairement au message évangélique qui préconise la charité et l’égalité entre les hommes.

La réponse coloniale fut brutale. Pour six mois d’activité prophétique, d’avril à septembre 1921, Kimbangu souffrira trente ans de martyre. Il s’éteint en prison en 1951. Son corps ne sera rendu à ses proches qu’après l’indépendance congolaise, en 1960. La répression n’a pas étouffé le mouvement , elle l’a répandu. En procédant à la déportation des adeptes, l’autorité coloniale a, à son insu, contribué à l’implantation du kimbanguisme à travers le Congo-Kinshasa, le Congo-Brazzaville et l’Angola.

Une église africaine, une force spirituelle continentale

En 1969, l’Église kimbanguiste est officiellement reconnue et entre au Conseil Œcuménique des Églises, aux côtés des grandes confessions chrétiennes. Elle est à ce jour la première Église africaine à avoir accédé à cette instance mondiale. Son nom officiel complet est « Église de Jésus-Christ sur la Terre par son envoyé spécial papa Simon Kimbangu », en sigle EJCSK. Elle compte plusieurs millions de fidèles, principalement en RDC, mais aussi dans la diaspora africaine et en Europe.

L’Église prône l’amour du prochain, l’obéissance aux lois divines et la pratique des bonnes œuvres traduits par la devise « Bolingo – Mibeko – Misala ». Elle prône également l’allégeance aux pouvoirs en place, son premier précepte étant de « respecter l’autorité de l’État ». Une doctrine qui explique en partie pourquoi l’institution a traversé les régimes congolais sans rupture de Mobutu à Kabila père, de Kabila fils à Tshisekedi.

Une promesse de plus dans un agenda de promesses

Le président Felix Tshisekedi avait la veille distribué maisons et voitures aux Léopards au Palais du Peuple. Ce lundi, il distribue un statut à Nkamba. Le geste est différent dans sa nature, c’est une décision administrative, pas une récompense financière mais il s’inscrit dans un style de gouvernance que les Congolais ont appris à lire : chaque déplacement présidentiel produit une annonce, chaque annonce produit une promesse.

La question n’est pas de savoir si Nkamba mérite ce statut. Historiquement, culturellement, spirituellement, la cité occupe une place que peu d’endroits en RDC peuvent revendiquer. La question est de savoir ce que « Ville Sainte » signifiera concrètement : quels investissements, quelles infrastructures, quel calendrier de mise en oeuvre. L’annonce a été faite devant une foule de fidèles en liesse. Les textes, eux, se rédigent après.

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