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    Angola : Luanda et Benguela sous les eaux, au moins 39 morts et plus de 50 000 sinistrés

    Angola, indondations, luanda
    Inondations en Angola
    La pluie est tombée dans la nuit du samedi 5 avril sur les côtes angolaises. Elle n’a pas cessé de sitôt. Et quand elle s’est arrêtée, les rues de Benguela et de Luanda ressemblaient à des rivières. Les maisons en briques légères des quartiers populaires avaient disparu sous la boue. Les corps de ceux qui n’avaient pas eu le temps de fuir attendaient les secours.

    Les provinces de Luanda et de Benguela sont les plus touchées. À Luanda, au moins 13 décès ont été enregistrés, tandis que cinq personnes restent portées disparues. À Benguela, 26 morts ont été recensés, accompagnés de quatre disparitions. Le bilan continue d’évoluer. Les équipes de secours travaillent encore dans les zones les plus enclavées, où la boue rend l’accès difficile.

    Plus de 34 000 personnes et près de 7 000 foyers ont été touchés par l’épisode de pluies torrentielles. Des milliers d’habitants ont été contraints de fuir leur domicile pour se mettre à l’abri, beaucoup ayant tout perdu dans les inondations.

    Plus de 6 700 maisons ont été submergées et environ 200 se sont effondrées sous la pression des eaux à Benguela. Des ponts ont été fragilisés, des postes électriques sont hors d’usage et les réseaux de télécommunications subissent de fortes perturbations. Les municipalités de Mulenvos, Camama et Cacuaco sont sous haute surveillance, les équipes d’intervention tentant d’évacuer les familles prises au piège.

    La circulation routière est interdite jusqu’au Cubal sur la route nationale 260, en raison de dommages graves affectant les piliers d’un pont. Sur le littoral, les eaux pluviales ont contraint les automobilistes à circuler à moins de 40 km/h sur près de 30 kilomètres de la Route nationale 100. Dans certaines zones, des piétons ont marché en file indienne, pieds nus, en raison de la rareté des taxis.

    Cette dernière image dit tout. Des pieds nus dans la boue, en file indienne, sur une nationale. Ce n’est pas seulement une catastrophe climatique. C’est le portrait d’une ville qui n’a pas les moyens de se protéger de ce qu’elle savait venir.

    « Ma maison est devenue une piscine »

    Dans les quartiers populaires de Luanda, les témoignages se ressemblent. « Ma maison est devenue une piscine », témoigne une résidente de Luanda, évoquant une situation de grande détresse. À Benguela, dans les quartiers Esperança et Bela Vista Baixa, des familles ont regardé l’eau monter dans leurs pièces sans pouvoir faire grand-chose. Certaines avaient placé leurs meubles sur des chaises. D’autres avaient grimpé sur les toits.

    Francisco, habitant de Cacuaco, quartier nord de Luanda, a raconté à notre correspondant avoir passé la nuit debout, à surveiller le niveau de l’eau dans sa cour. « On savait qu’il allait pleuvoir. Mais pas comme ça. Pas si vite. » À l’aube, sa maison était inhabitable. Sa famille a rejoint des cousins dans un quartier en hauteur. Il ne sait pas combien de temps ils resteront.

    Ana, vendeuse de rue à Benguela, a perdu sa marchandise, ses économies stockées sous son lit et ses papiers d’identité emportés par le courant. « Je dois tout recommencer. Mais avec quoi ? » Elle dit ça sans larmes, avec la résignation calme de quelqu’un qui a déjà traversé plusieurs catastrophes de ce type.

    L’État face à l’urgence

    Le président João Lourenço a déclaré que le pays fait face à « une course contre la montre » pour trouver, secourir et prodiguer des soins médicaux aux personnes affectées. Les équipes de la protection civile ont été déployées en priorité dans les zones les plus touchées. Les autorités appellent la population à faire preuve de la plus grande vigilance, alors que de nouvelles intempéries menacent le pays.

    David Candele, porte-parole du Service de Protection Civile et des Sapeurs-Pompiers, fait état des moyens déployés sans cacher l’ampleur du défi. Les équipes sont mobilisées, mais les zones inondées sont vastes, les routes coupées compliquent les interventions, et les besoins en nourriture, en eau potable, en abris temporaires dépassent les capacités immédiates des services d’urgence.

    Ce que les autorités ne disent pas dans leurs communiqués, c’est que cette catastrophe n’est pas une surprise totale. Elle est la matérialisation brutale d’une vulnérabilité connue, documentée, et insuffisamment adressée.

    Le manque d’infrastructures

    Dans les villes côtières de l’Angola, l’intensité et la variabilité des événements climatiques tels que les tempêtes de pluie et les inondations ont plus que doublé au cours des dernières décennies. Ce chiffre, produit par Development Workshop Angola dans le cadre de recherches menées avec le Centre de recherches pour le développement international, n’a pas suffi à déclencher les investissements nécessaires dans les infrastructures d’assainissement et de drainage.

    Des millions de personnes ont fui les zones rurales angolaises pour s’établir dans les villes côtières au cours des 27 années de guerre civile. La plupart se sont installées sur des terres écologiquement fragiles en périphérie des villes : terres côtières basses, plaines inondables et ravins escarpés vulnérables aux inondations et aux glissements de terrain. Aujourd’hui, plus de la moitié des 31 millions d’habitants de l’Angola vivent dans des zones côtières urbaines vulnérables aux événements climatiques.

    Le manque d’infrastructures au niveau des égouts, des ordures ménagères, de la distribution d’eau et l’imperméabilité du sol entraînent régulièrement des inondations à Luanda et dans d’autres grandes villes, ce qui aggrave la situation des musseques, les bidonvilles qui ceinturent la capitale.

    Les musseques de Luanda concentrent plusieurs millions d’habitants dans des habitations précaires, sans réseau d’assainissement digne de ce nom, sur des terrains qui ne devraient jamais avoir été construits. Chaque saison des pluies est un test. Certaines années, le test est moins violent. Le 5 avril 2026, il a été fatal.

    Une catastrophe africaine dans un monde qui se réchauffe

    L’Angola émet moins de 0,21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce chiffre mérite d’être mis en regard des images de Benguela sous les eaux. Un pays qui contribue de façon marginale au dérèglement climatique mondial paie aujourd’hui un prix parmi les plus lourds de ses conséquences.

    Ce paradoxe n’est pas propre à l’Angola. Il est au cœur de la condition africaine face au changement climatique. Le continent représente moins de 4 % des émissions mondiales mais concentre une part disproportionnée des vulnérabilités — des côtes qui s’érodent, des saisons des pluies qui deviennent imprévisibles, des infrastructures qui ne sont pas conçues pour des événements d’une telle intensité.

    Emeka Okereke, chercheur nigérian spécialisé dans les risques climatiques urbains en Afrique subsaharienne, résume le problème avec une précision désabusée : « Ce que nous voyons en Angola n’est pas exceptionnel. C’est ce qui arrive quand vous construisez des villes sur des plaines inondables, sans drainage, sans planification, et que le climat décide de faire son travail. La question n’est pas de savoir si ça va arriver. C’est de savoir si on sera prêts quand ça arrivera. »

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