Bayern Munich 4-3 Real Madrid. Sur le papier, ça ressemble à un match fou, une soirée de football total, le genre de rencontre qu’on raconte longtemps. Mais ce qui s’est passé à l’Allianz Arena mercredi soir, c’est d’abord l’histoire d’un remplaçant qui est entré sur le terrain et a fait imploser son équipe en moins d’une heure de jeu. Eduardo Camavinga. Il mérite qu’on s’attarde sur son cas.
La première mi-temps avait pourtant été spectaculaire. Cinq buts en quarante-deux minutes, un récital offensif des deux côtés, avec les deux stars de la rencontre au centre de tout. Kylian Mbappé et Harry Kane s’étaient déjà signalés, portant chacun leur équipe dans un premier acte électrique où les défenses n’avaient quasiment rien contrôlé. Au coup de sifflet de la mi-temps, le score affichait Bayern 2 – Real Madrid 3. Et sur l’ensemble des deux matchs, le Real était devant 5 à 4 au cumulé, un but d’avance, qualifié, en vie.
Il suffisait de tenir.
Le Real Madrid disputait ce retour sans Tchouaméni, suspendu. Un match à l’élimination directe, avec un avantage à gérer, face à un Bayern qui avait déjà montré à l’aller qu’il était capable de faire mal, en s’imposant 2-1 à Bernabéu. Dans ce contexte, le choix de ne pas titulariser Camavinga ne surprenait personne. Mais Camavinga, qui peine déjà à s’imposer comme indiscutable dans un milieu de terrain où les hiérarchies bougent peu, avait une mission claire en entrant à la 61e : tenir le ballon, défendre sérieusement, ne pas faire de bêtise.

Il a raté les trois.
Les données sont sans appel : le Real a terminé le match avec deux cartons jaune-rouge et cinq avertissements au total, contre un seul jaune pour le Bayern. La physionomie du match le dit aussi brutalement : 67% de possession pour Munich, 33% pour Madrid. Une équipe qui subissait, qui serrait les dents, qui avait besoin que chacun de ses joueurs soit irréprochable dans l’engagement et la discipline.
Camavinga a pris un premier jaune. Puis un deuxième, à quelques minutes de la prolongation, bêtement, pour gain de temps. Expulsion. Dix contre onze. Et ce qui était encore jouable est devenu ingérable.
Ce qui rend la faute encore plus difficile à défendre, c’est qu’il récidive. Les journalistes espagnols l’ont rappelé sans ménagement dans la foulée du match : il y a exactement un an, en quart de finale aller contre Arsenal à l’Emirates, une défaite 3-0, Camavinga avait déjà pris un premier jaune à la 69e minute, avant d’en prendre un deuxième dans le temps additionnel pour avoir dégagé le ballon en touche de colère. Une expulsion identique, pour la même raison, dans le même tour de la même compétition. Ce n’est plus une erreur. C’est un trait de caractère.
À la 89e minute, le Bayern égalisait 3-3. Quelques secondes après, il marquait à nouveau. 4-3. Le Real était dehors.
Camavinga
La réaction en zone mixte a été à la hauteur de la frustration. On a vu Kylian Mbappé, à la fin du match, les yeux rivés vers l’arbitre. Sur les lèvres, le même mot, plusieurs fois : « L’arbitre a tué le match. » Jude Bellingham et Antonio Rüdiger, eux, se sont plus ou moins contenus. Pas Dani Carvajal. Les caméras de Movistar+ ont filmé le défenseur merengue, qui n’avait pas joué, s’acharner sur l’arbitre en le pointant du doigt et lui criant : « C’est de ta faute, c’est de ta putain de faute. »
Sur le fond de la polémique arbitrale, Thierry Henry a tranché dans des propos rapportés par AS, avec la netteté qui le caractérise : « Les supporters du Real Madrid vont inonder les réseaux sociaux de protestations contre l’arbitre. Ils diront que le deuxième carton jaune infligé à Camavinga était scandaleux et que les arbitres étaient partiaux. Mais il faut comprendre : quand on joue à l’extérieur, à l’Allianz Arena, on ne laisse aucune chance à l’arbitre de prendre une telle décision. Il faut être plus malin que ça.«
Henry a raison. L’arbitre peut être discutable à quelques minutes d’une prolongation qui se dessinait, sortir un deuxième jaune dans ce moment précis a changé la physionomie de tout ce qui a suivi. Mais Camavinga lui a offert la décision sur un plateau. Deux fois en deux ans, dans la même situation, avec les mêmes conséquences. À un moment, la responsabilité individuelle prime sur tout le reste.
La question qui se pose maintenant est celle de son avenir au club. Camavinga a le talent tout le monde le sait, et le Real l’a payé assez cher pour que personne n’en doute. Mais le talent sans la maîtrise de soi, sans la capacité à être décisif dans les instants qui comptent, vaut de moins en moins à mesure que les saisons passent. Il ne sera plus champion d’Europe cette saison à cause d’une minute d’impulsivité. Et à Madrid, ce genre de nuit ne s’efface pas d’une conférence de presse. Son aventure sous la Camiseta Blanca n’est pas terminée. Mais elle est désormais écrite à l’encre qui s’efface.
Oeil d’Afrique