Le Trésor américain a désigné ce 30 avril 2026 l’ancien président congolais Joseph Kabila sur la liste des ressortissants spécialement désignés (SDN) de l’OFAC, pour financement de l’Alliance Fleuve Congo et encouragement à la désertion au sein des FARDC. C’est la sanction individuelle la plus haute depuis le début du cycle de pression américain sur les acteurs du conflit à l’est.
Joseph Kabila vit depuis 2025 à Goma, sous protection du M23. Selon le communiqué de l’OFAC, il a fourni un appui financier à l’AFC, incité des soldats des Forces armées de la RDC à rejoindre les rangs rebelles, et tenté d’organiser des attaques contre les FARDC depuis l’extérieur du pays. Cette dernière tentative aurait échoué. Il aurait également cherché à positionner un candidat contre Tshisekedi pour reconquérir une influence sur Kinshasa.
La mesure s’inscrit dans une séquence. Le 2 mars 2026, l’OFAC avait frappé les Forces de défense du Rwanda dans leur ensemble, une première contre une armée nationale. Avant cela, James Kabarebe, proche de Paul Kagame, avait été sanctionné le 20 février pour son rôle de coordinateur logistique entre Kigali et le M23. Corneille Nangaa, chef politique de l’AFC, était lui sous sanctions américaines depuis juillet 2024, après une première désignation en 2019 pour avoir retardé les élections congolaises.
Les accords de Washington, signés le 27 juin 2025, prévoyaient un retrait des troupes rwandaises de l’est de la RDC dans les 90 jours et la fin du soutien au M23. Le calendrier n’a pas été respecté. En mars 2026, une réunion tripartite à Washington entre la RDC, le Rwanda et les États-Unis a produit un nouveau calendrier visant à relancer l’accord, dont la mise en œuvre reste incertaine.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré que «ceux qui continuent à semer l’instabilité seront tenus responsables», rattachant explicitement la sanction contre Kabila au respect des accords de Washington. La décision gèle tous les avoirs de l’ancien président sur le territoire américain et interdit aux personnes américaines toute transaction avec lui ou ses entités affiliées.
Kabila avait qualifié ces mêmes accords de «théâtre diplomatique» en raison de l’absence du M23 dans les négociations. Sa désignation par Washington referme un arc ouvert depuis janvier 2025, quand son invitation à l’investiture de Trump avait laissé planer un doute sur la position de l’administration américaine à son égard.