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« Je me sens inutile » : quand Steve Mandanda met des mots sur l’enfer de l’après-carrière

Steve Mandanda
Steve Mandanda a posé des mots sur quelque chose que le milieu du football évite soigneusement. Dans son livre Les jours d’après, le gardien français d’origine congolaise décrit les premières semaines après sa retraite sportive : « Je suis chômeur, je n’aime rien de ma vie, là, maintenant. Je me sens inutile. » Des journées sans rythme, plus de vestiaire, plus de brassard. « Je n’ai plus de repère. Je n’ai plus mes deux poteaux ni le jeu devant moi. »

Ce témoignage est rare parce qu’il est honnête. Un joueur de son niveau qui dit publiquement s’être allongé sur un canapé sans savoir ce qu’il attendait, avoir pris du poids, s’être isolé pour que personne ne le voie dans cet état. La parole de Steve Mandanda ouvre une fenêtre sur une réalité que le football africain gère de façon très inégale.

D’un côté, une génération d’anciens joueurs qui ont réussi à prolonger leur influence bien au-delà du dernier coup de sifflet. George Weah est président du Liberia depuis 2018. Samuel Eto’o dirige la Fédération camerounaise de football depuis 2021, en parallèle d’investissements dans les télécoms et les académies. Aliou Cissé a mené le Sénégal à la CAN 2022. Rigobert Song a assumé le rôle de sélectionneur du Cameroun. Kalusha Bwalya a présidé la fédération zambienne. Michael Essien, Kolo Touré et Yaya Touré ont tous suivi des formations UEFA pour intégrer des staffs techniques européens.

En RDC, le mouvement est visible. Herita Ilunga est depuis Directeur du Football au sein de la Fédération Congolaise de Football Association (FECOFA). Shabani Nonda est candidat à la présidence de la dite fédération. Trésоr Lualua préside la LINAFJ. Des anciens joueurs qui reprennent progressivement les rênes du football congolais, après des années où ces postes étaient occupés par des administrateurs sans passé sur un terrain.

Didier Drogba cumule les deux registres : candidature malheureux à la fédération ivoirienne, et reconversions dans l’immobilier, les mines et la santé. Jay-Jay Okocha a suivi une trajectoire entrepreneuriale similaire. El Hadji Diouf et Lamine Diatta ont intégré le staff de l’équipe nationale sénégalaise.

Ces trajectoires ont une chose en commun : elles prolongent l’identité footballistique plutôt que de la remplacer. L’ancien joueur reste dans le périmètre de ce qu’il connaît, avec une légitimité que le terrain lui a construite.

steve mandanda

Steve Mandanda

Mais ce panorama ne doit pas faire illusion. Pour chaque Weah ou Eto’o, il y a des dizaines de joueurs qui disparaissent des radars sans bruit. Emmanuel Eboué, international ivoirien passé par Arsenal et Galatasaray, a traversé de graves difficultés financières après sa retraite, perdant une grande partie de ce qu’il avait accumulé. Taribo West, ancien défenseur nigérian, s’est reconverti dans le pastorat. Saliou Lassissi, figure du football ivoirien, fait partie de ces noms que l’on cite quand on parle de joueurs disparus du paysage public sans qu’on sache exactement ce qu’ils sont devenus.

Claude Makelele, français d’origine congolaise comme Mandanda, illustre une troisième voie, ni ascension visible ni chute documentée. Quelques expériences d’entraîneur, puis une disparition progressive des radars du football international. Pas de fédération, pas de poste visible. Un génie du milieu défensif qui n’a pas encore traduit ce qu’il savait faire en quelque chose de transmissible.

La question que pose Mandanda dans son livre est précisément celle-là : « Je sais faire quoi, moi, au bout du bout, après vingt-cinq ans de carrière au plus haut niveau ? » La réponse n’est pas évidente, même pour ceux qui ont tout gagné. Les joueurs qui s’en sortent sont souvent ceux qui ont anticipé, ou eu la chance de croiser la bonne personne au bon moment.

La grande majorité des footballeurs africains n’a ni le profil de Weah ni la notoriété de Drogba. Ils finissent leur carrière sans retraite structurée, sans suivi psychologique, dans des ligues où ces dispositifs n’existent pas. Les programmes de la CAF pour les anciens joueurs existent sur le papier. Leur impact réel reste difficile à mesurer.

Mandanda, lui, dit aller mieux un an après. Il avait ce que beaucoup n’ont pas : une notoriété suffisante pour ouvrir des portes, un entourage solide, et la capacité de mettre des mots sur ce qu’il traversait. Ce livre est aussi un service rendu : dire à voix haute que la fin d’une carrière peut ressembler à une chute, même quand tout le monde autour de toi pense que tu as tout réussi.

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